UNE MAITRESSE DE LANGUES
Yiêlé-Grifrin, celui-ci en toute hâte, l'enfant du Gard avec ironie.
Chansons du ventripotent Chabrier, le Falstaf du Wagnerisme, et de Georges Vanor, le Massenet ae la littérature symboliste ; sonnet tarabiscoté de Charles Morice, littérateur de demain, dont la calvitie précoce luit au milieu d'une ébouriffée couronne capillaire, saugrenue. Vers dits par le mince du Plessis, rebondissant et frêle, avec, sous chaque semelle, un ressorc de sommier Tucker, Lemble-t-il ; Clovis Hugues, tout petit, tout hirsute, tout agité, débonde des strophes à l'ail. Le professeur Lintilhac, discourt, hélas! L'adorable Anatole France ne discourt pas, hélas! Henri Lavedan, sourit, narquois. Alfred Vallette rêve et ses lèvres murmurent le nom de Babylas.
Mais, comme on ne mange toujours point, les symbolistes parlent de poursuivre ce restaurateur virtuel, pour les av oir, par manque de nourritures animales ou végétales, incités au cannibalisme le plus radeaudelamédusien.
6 FÉVRIER. — Tu t'en vas et tu nous quittes, ô Dercmbourg, tu t'en vas !
Avïnt de passer la main à M. Lagoanère, le directeur des Menus-Plaisirs nous a voulu, une dernière fois, réunir dans son immeuble — c'est ainsi au'en partant il nous fait ses adieux — pour ouïr L ne Maîtresse de langues (rien de la marquise Auguste de BeauVache), comédie-(?)-vaudeville de l'aimable Carcenac, additionnée par M. Crisafulli — place aux jeunes ! — de mots qui ont fait beaucoup rire, vers 1840.
Sans rancune, je déclare que certaines plaisanteries de cette chose ont fait long feu qui, d'autres soirs, auraient pu, sans endolorir aucune esthétique, susciter des enthousiasmes bien parisiens. Pourquoi les spectateurs des Menus-Plaisirs sontils restés réfractaires comme des briques? Je
l'ignore. Habent sua fata les vaudevillistes. Au fond, je m'en fiche !
L'originalité de la Maîtresse de ce que vous savez, c'est que tous les personnages portent des noms de stations : Vernon, Pontarlier, etc. On ne peut les appeler sans crier gare !
Une scène drôlette : pour récupérer le Théodore qui l'a plaquée, la verticale Vernou s'enferme avec ce ponte béant de stupéfaction dans une chambre dont les murs assourdissent les sanglots, étouffent la plainte. Elle arrache son corsage, elle bouscule le mobilier, elle se décoiffe comme Jean Rameau, elle crie au viol !
L'àme ravagée par cette folie amoureuse, son partenaire, qui a lu Catulle Mendès, s'humanise:
Querelleuse, va! j'aime encor Ton regard quand il se courrouce, Car dans tes yeux d'email et d'or La colère elle-même est douce.
Dès qu'il veut d'elle, elle ne veut plus de lui ! Elle entend rester maîtresse de langues, mais pas de Théodore, et, v'ian ! elle le jette aux bras d'une Espagnole de tra los Montmartros, tandis qu'ellemême réintégrera le domicile conjugal avec le prétendu mari de ladite, en lequel elle reconnaît — ô coup du sort ! — son légitime époux : Pontarlier (vingt minutes d'arrêt, excellent buffet, marchande de journaux grande, brune, fort aimable, ma foi !).
Dans quelques jours, M. Lagoanère va nous ramener les jeux et les ris, et l'opérette, et Denise Peyral à la voix de fauvette.
14 FÉVRIER. — On rit aux Folies-Dramatiques, des Mousquetaires au couvent, une contrefaçon du Comte Ory, pas maladroite, où l'on a remplacé la musique originale par les flonflons de Varney, beaucoup plus appréciés. Morlet joue avec sa verve coutumière le rôle du beau Narcisse, auquel il a su donner des allures à la d'Artagnan bien
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troublantes pour les madames Bonacieu du quartier. M. Lamy n'a plus de voix du tout ; on l'écoute avec un plaisir infini. La plupart des dames qui figurent clans l'opérette de Jules Prével et de leu Paul Ferrier se montrent assez médiocres, à l'exception d'une certaine demoiselle Freder, qui, elle, s'affirme exécrable.
là pendant c'temps là, Duquesnel reprend le Courrier de Lyon, joué, bien entendu, par Paulin- Ménier, le seul Ménier dont le talent ne blanchisse pas en vieillissant.
16 FÉVRIER. — Les personnes qui désirent parler des drames wagnériens avec agrément et compétence, ont le choix entre trois procédés, sans compter la méthode (elle eut son heure de gloire) qui consiste à vigoureusement abattre l'œuvre, comme- une corneille des noix, sans en connaître une note, ce qui permet de n'être point influencé par elle, et de conserver ainsi toute liberté de jugement. Mais aujourd'hui, le vieux Commettant te presque seul, à se permettre ces sortes d'oscartadi
Premier procédé. — Se rendre à Bayreuth. C'est une petite ville de Franconie, laide et maussade, infestée d'Anglais, où les notes des aubergiste> s'inspirent toutes — semble-t-il — de la devise Quo non ascendant! si chère à Fouquet (le meilleur café...) Dans les boutiques, on trouve numéros dépareillés de la Recette wagnérienne, des cartes postales salies de hideuses photozinjraphies du Théâtre, des portraits de Wagner jeune, vieux, mort, des pipes dont le fourneau porte en exergue quelque leitmotiv. Guy Ropartz, un jour, me montra Edouard Dujardin — depuis bookmaker, je crois — en extase devant une paire de l'antoufles-Parsifal où le héros du Graal était représenté, au point croise'-, à genoux devant la lance miraculeuse.
Deuxième procédé. — Les amateurs qui reculent devant les frais du voyage et l'horreur de la bimbeloterie wagnérienne se procurent moyennant la somme de 3 fr. 50 (avec remise 2 fr. 75) le volume d'Alfred Ernst : Richard Wagner et le drame contemporain, ("est Bayreuth cnez soi. Il s'y trouve, outre l'analyse de tous les drames du Maître, depuis le Vaisseau-Fantôme jusqu'à Parsifal, de très originales théories sur l'impulsion donnée par Wagner au mouvement artistique actuel, littéraire et pictural, des idées ingénieuses et fortes dont le développement n'est qu'une affaire d'habitude, des citations en allemand (ô joie !) un paragraphe sur l'Idée religieuse qui fut colporté dans les salons bien pensants par Robert de Bonnières, en un mot, tout ce qu'il faut pour confectionner des articles compétents devant lesquels le prof ami m vulgus n'a plus qu'à s'incliner.
Lors du dernier pèlerinage à Bayreuth, j'ai rempli ma valise de linge, fourré le livre d 'Ernst dans ma poche, embrassé ma petite amie (ce fut déchirant) et j'ai cinglé vers Asnières-les-Grenouilles pour y demeurer pendant tout le temps des représentations. Puis, j'ai regagné le foyer simili-conjugal, riche en impressions de voyage, truffé de documents, intarissable sur le peu de confort des chemins de fer allemands. Ma petite amie me trouva maigri.
Troisième procédé. — Celui des gens consciencieux, des centre-gauche du wagnérisme, honnis de Charles Bonnier: le voyage à Bruxelles. Au prix d'un déplacement de quelques heures, vous pouvez serrer la main aux caissiers qui ont franeni la frontière et avec lesquels vous n'avez pas eu la candeur de cesser toute relation, sachant bien qu'ils reviendront en France riches et considérés ; vous achetez pour les amis que leur petitesse attache aux rivages de la Seine (ô la volupté sournoise de frauder la douane !) vous achetez de
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magnifiques cigares, bailleurs infumables ; et,
Ear dessus le marché, vous entendez des pièces elges de Wilderqui — malgré le dire de certains forcenés intransigeants — ont avec les drames de gn< r d'indéniables ressemblances.
là maintenant, voici qu'en France — où donc étiez-vous, les Commettant de la critique, les Grandmougin de la littérature, les Diaz de la musique ? — à Rouen, berceau de notre Boiëldieu, un homme s'est rencontré, d'un flair incroyable, directeur raffiné, qui s'avis présenter ï^ohen-
n, et de gagner ainsi la forte somme. Trois mois avant la première, les feuilles locales citaient - laudatifs de Malherbe et Soubies, reproduisaient des effusions nébuleuses de Schuré, démarquaient les intenses et poétiques analyses de Catulle Mondes, préparaient l'opinion. Il est mort, que diable ! On peut bien essayer de jouer sa musique.
1. un organe de Pont-Audemer tint bon ; jusqu'au bout, il empontaudemerda ses lecteurs avec d« - âneries fulminantes, presque aussi bêtes, ma foi, que les chauvinepties de AI. Lucien Nicot, le chef du rayon Patriotisme à la France. En vain. Le Réveil de V Eure eut beau prêcher l'heure du réveil, la Ligue des patriotes rouennais ne
ailla point. Nous avons eu Lohengrin. Demain,
st Nantes qui va l'applaudir. Et, n'en déplaise aux crétins attardés qui voudraient recommencer leurs manifestations du 3 mai 1887, nous aurons Tannhseuser, Siegfried, Rheirigold, autant d'événements dramatiques marqués par le destin ( 1 heme 21 en la mineur : mi fa sol fa mi ré do mi
do si) supérieur aux dieux, supérieur même au •il de l'Eure.
24 FÉVRIER. — Il faut vous dire que je soirise à
la Paix ; c'est un métier honorable et pas fatigant,
payé d'ailleurs sans excès; mais avec une exquise régularité ; le 2, je touche dix louis et une poignjée
de main du caissier, M. Carlier ; c'est réglé comme... comme' ne l'était pas souvent la prolifique ni ère Gigogne.
Seulement, si vous croyez que je puis dire, For-
tunio pansu, qui j'ose aimer, quels auteurs me dégoûtent, quelles cabotines m'allument, quels vaudevilles m'anéantissent, vous vous introduis l'index dans l'orbite jusques à l'aisselle inclusivement.
C'est ainsi que l'auteur de Liliane, Léopold Lacour, pouvant se targuer de ce bienfait des dieux, l'amitié du directeur de la Paix (Joseph Montet, esquire), il me fut interdit de déclarer que la nouvelle pièce du Vaudeville aurait grand mal à franchir le cap de la cinquième représentation. Bien plus, Félicien Champsaur bénéficia de la sympathie inspirée par son collabo à mon singe. Ici, je me rattrape.
Certes, j'ai vu développer, au théâtre, pas mal d'idées niaises, mais je ne me rappelle rien de plus navrant que la conception-mère de Liliane ; l'idée de nous intéresser à un ruffian, épouseur d'une Américaine truffée de millions, sur lesquels il promet une bédide gommizion de dix pour cent à l'ami qui a maqu...ignonné ce mariage, cette idée ne pouvait germer que dans le cerveau du plus félicien des Champsaur. M. Ltopold Lacour qui, lui, ne manque pas de talent, bien qu'il ait longtemps professé la rhétorique à Nevers, a donc la rage de ne collaborer qu'avec des gaffeurs? Pour ses débuts, il s'acoquine à Pierre Decourcelles ; aujourdhui, il s'enga'ntc do Félicien Champsaur; demain, qui, alors? Paul Alexis?
Jolis décors; toilettes enivrantes; le jour de la répétition générale, Mll° Brandès, agacée du bruit que faisaient les franges d'acier de sa traîne, a )ris un parti énergique- : comme Gambetta, comme e chien d'Albert Wolf, elle a coupé sa queue.