LES BATONS III
obscurité de cette après-midi d'hiver, un sobre, un guttural soliloque de Paul Rémond s'éteindrait lentement sur une pantomime ; des trucs illusionnistes feraient alors disparaître le récitant-funambule, détruiraient peu à peu, mais non tout à fait, le décor et instaureraient des visions de théâtre triomphal et de mort, jusqu'au rappel de réalité de la lin.
7 JUILLET. — Le cercle des « Flâneurs », l'idée est saugrenue, dans son grand hall — tendu d'une étoffe grenue tricolore, ainsi que notre drapeau français — nous conviait hier ; à vous parler franc, ces représentations d'été m'embêtent ferme, et je crois qu il serait urgent d'y mettre un terme...
(Un tenue! c'est le 15, que mon proprio viendra réclamer le mien, maison gentille, eau et gaz à chaque étage, — et non pas « chèque étaige », comme dit Harry, mon groom).
Où donc en étais-;e? Ah! oui, je vous parlais du spectacle donné hier, un acte en vers, les Bâtons. Si Donnay avait ouï les vers de ce plat vaudeville, il aurait versé des pleurs, tel un veau. D< ville, l'auteur, est un garçon qui prise mon talent, je l'aime, mais, magis arnica... M on ta la nt en personne (elle est morte, je crois) n'eût pu rendre tolérables ces vers. De tels Bâtons... nerv< ux, — \ imprenez ce mot tire par les che-
vi ux, — vraiment, on ne savait pus par quel bout les prendre !
Je m'imagine que Deville aura voulu, avec sa pièce < n dialecte d Honoluiu, voir jusqu'où le public pousse la bonhomie. On ne m'y reprendra [bit n que très bon), oh ! mie, à subir ces essais in anima vili, tant est grand le courroux qui m'anima. — WlLLY.
P. S. — Si l'on vous dit qu'il est en v< rs, le compte- rendu ci-dessus, répondez que vous le saviez déjà.
8 JUILLET. — Mon cher Willy, les musiciens sont voyageurs par essence, surtout depuis l'envahissement de l'art par la passion de la couleur
locale ; tous ceux pour qui le folk-lore n'est pas une chimère, se transportent, une valise à la main et de l'œs triplex autour du pectus, aux quatre coins du globe — comme disent les géographies élémentaires, ignorant les difficultés de la quadrature du cercle. On a vu des croque-notes filer vers Nice, l'Espagne, la Norvège; on en signale même — effroyable exode — en partance pour le Château-d'Eau.
M. Massenet, retour de Bâkdi, où il courut les plus terribles dangers et faillit devenir la proie, d'une tribu de barytons anthropophages, cingle vers l'Ile d'amour & Esclamonde ; c'est là que l'attend sa nouvelle fiancée, Heugel aux yeux de velours, entourée de ses chevaliers (Paul-Emile) et de ses nymphes, tenant à la main la coupe d'ambroisie, (Thomas) où le jeune maître boira l'oubli d'Hartmann et de ses fatales séductions — pour piano et chant.
Toujours en marche, comme l'indique son nom, Hue prépareun mouvement tournant surBayreuth, escorté d'un certain nombre de prix de Rome. L'Institut frémit, et M. Gounod (Grallus pour les journalistes) mouille de larmes les revers de sa veste de travail — ce ne sont pas les seuls revers qu'il connaisse depuis quelque temps, ni la seule •veste.
Pierné termine la pantomime de Catulle Mendès destinée à ravir les élégants d'une station virtuellement balnéaire, où l'on fit de l'hydrothérapie, jadis, (Ex-les-Bains) mais dont les habitués, aujourd'hui, ne s'inondent plus que d'harmonie et suivent plutôt les horizontales que leur traitement.
A en croire le poussah anglo-silésien qui, dans le Times, oppert lui-même, 1 Opéra monterait Vclléda. En dépit de ce filet — à la Chateaubriand —