‹ Soirées perduesChapitre 39 sur 116 · LE PENDU · texte numérisé non relu

LE PENDU

leur ! ^> Et, tôt debout, le Vieux vocifère, puis il retombe, évanoui.

Quoi ? En gens sincères qui reconnaissent la sottise de leur trop de zèle, en gens d'ordre ennuyés de tant d'histoires, ils remettent tout en l'état, et voilà, de nouveau, entre plancher et poutres, le Vieux qui oscille, pour la strangulation définitive. Alors la Marcotte va chercher le garde-champêtre. <s Ne te presse point ! » crie Jean.

La pièce est jouée admirablement par M. Janvier, qui arrache toujours ses mains, ses pieds, sa voix, de pièges de glu ; de Mllc Luce Colas l'allure et le costume nous restituent quelque gouache de Camille Pissaro ; le public du Théâtre-Libre a surtout goûté le mannequin dans la série de ses substitutions à M. Arquillière et dans les mouvements de va-et-vient ou de pivotement.

L'auteur, M. Eugène Bourgeois, est ce peintre qui décore de plages normandes et bretonnes le hall de la gare Saint-Lazare. Sa peinture prône assez mal l'expatriation, mais son théâtre — drame et farce superposés — est très bien.

L'aventure, que longtemps après guerres, Communes et naufrages, racontent les faits divers, d'un soldat, d'un déporté, d'un matelot retrouvant femme — remariée, M. Sutter-Laumann la met en scène clans Cœurs simples. Mme Nau s'y affirme burlesque.

La comédie-drame de M. Louis Mullem, Dans le Rêve, extériorise par des procédés hardis, émouvants, neufs, la tergiversation d'un artiste, possiblement rénovateur, entre d'antagoniques devoirs, qui sentimentaux, qui intellectuels. En voici la critique, par F. F., cet ang< Paul Rémond est bourrelé d'ambitions littérai- Son emploi dans une compagnie d'àssuram fournit le pain quotidien à sa mère et à sa sœur, mais lui gâche son temps et lui harasse l'esprit. Au logis, ;1 1 st en butte à l'espionnage douceâtre,

à la cauteleuse sollicitude des deux femmes. Impuissant à réaliser une œuvre dans ce milieu hostile, il se débilite en une délectation morose dédiée à la gloire et un peu à Mmo Ducler. Il faudrait que, loin des familles et des administrations, il vécût une année, libre. Or, il n'a pas assez de confiance en soi pour oser subordonner à de plus hauts devoirs ses coutumiers devoirs immédiats. Que deviendraient sa mère et sa sœur cette année-là ? Et s'il échouait? Il tergiverse, et son inutile ennui il le traduit en vaine haine contre cette famille à laquelle il continuera pourtant de se sacrifier. Du moins, cette après midi, tous sortent pour aller entendre le sermon d un prédicateur à la mode, et Paul reste seul dans la salle à manger. Bientôt il s halluciné: sa pièce est jouée, acclamée, il maîtrise les foules, mais des cro ]ue morts piétin< nt dans la cour, sa mère, sa sœur sont mortes de dé miment et de tristesse, il est leur assassin ; îrat-il au théâtre ? à leurs funérailles ? et dans 1 obscurité qui a envahi la chambre, il perçoit les deux spectres. « De la lumière! » crie-t il, épouvanté. Au moment où il pose sur la table une lampe, — la mère, la sœur, M. Ducler, M"10 Duclerc ouvrent la porte: de nouveau la vie banale s'épand. doucement clapote, et 1 immerge. M. Louis Mullem aime, comme le créateur d'Arcade Ivanovitch Svidrigaïlov, brouiller, maisd une façon plus complexe et plus préméditée, les confins de la réalité et du rêve. Dans leur appareil évocatoire, combiné selon des formules chaque fois neuves, ses pièces savent garder une rigoureuse précision : de là ce qu'elles ont d'étrange. Les premières scènes de son récent drame, surtout le dialogue entre le fils et la mère, avaient dégagé avec trop de vigueur et de netteté les saillies de 1 âme de raul pour que " le prolixe monologue de 1 hallucination conservât un suffisant caractère de nécessité. L'une des deux parties est inutile, et, étant donnée la première, a seconde ne se justifierait qu ainsi : dans la demi-

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