LA FILLE DE FANCHON LA VIELLEUSE
connaissait, — amère expérience — les déceptions causées par un judicieux emploi du rembourrage de coton.
Après la chute du rideau, on rappelle tous les cabots; lors, Bertal triomphant :
— Le voilà, le Rappel que je préfère !
Si Vacquerie avait entendu !
Après ecte salle de première hurlant d'enthousiasme, il y en Norah beaucoup d'autres.
3 Novembre.— Ils sont trois. Monsieur Liorati Monsieur Busnach et Monsieur Fontenay, qui mirent en commun leurs efforts et leurs géniales audaces, pour fournir à Varney le libretto de La Fille de Fanchon la Vielleuse. Cette fille, c'est Javotte ; et l'héritage de Fanchon, qu'elle vient recueilhr à Paris, c'est une vielle. Munie de
nasilloir, la pauvrette gagne honnêtement sa , (ça se passe en 1795), échappe aux traquenards du libidineux tabellion Bellavoine, et finit par retrouver dix mille écus que lui avait légués sa maman Fanchon, et qui s'étaient absentés.
Le coureur de cotillons précité habite une fort jolie maison, dont Rubé et Chaperon sont les architectes et qu'ils ont orné d'une grille sans pareille. Ah ! l'adorable grille! Si saint Laurent, tut étendu sur pareil objet d'art, je ne le plains guère.
FM us modestement logée, Javotte : une modeste mansarde, avec un modeste buffet, deux modestes chaises, et un modeste lit, pour un. Mais elle est charmante, dans sa robe à ramages... moins enchanteurs que ceux de Thuillier-Leclair — cette fauvette ! Un coquet chapeau de paille et un fripon de tablier vieux rose en surah font cornprendre l'enthousiasme du public surahbondamment. D'ailleurs chez la Vielleuse junior, le rai vaut l'extérieur; ainsi, la pauvre mignonne généreuse pour partager sa recette avec quelques chanteuses des rues moins veinardes
qu'elle. (C'est jamais le baron de Rothschild qui agirait de même avec moi, pour me permettre de faire un beau mariage. Vous verrez que je finirai par épouser une fille sans dot !) Comme une bonne action est quelquefois récompensée, Javotte est invitée chez Mme Tallien, ce qui la tire d'em- Barras.
Pour celte gaie petite Fille de Fanchon la Vielleuse, l'ami Varney a consacré quelques vielles, non, veilles, — difficile, l'orthographe, pas, mon Bébé ? — à écrire une musique, en somme, moins rasante que PAfricassée d'airs Tunisiens triturée à l'usage des Concerts Colonne par l'aigre Saint-Saëns de la Nouvelle Revue, un palinodiste rageur dont la critique pourrait être surnommée, comme Fanchon, la Fielleuse.
Un duetto bouffe « O chasteté ! Pudicité ! » sur l'ensemble « Turlututu ! Chapeau pointu ! » a dû être bissé On a criblé de bravos la pudeur chantante de Javotte refusant les dons obsesseurs du notaire et lui hachant sa déclaration avec des couplets ironiques : Femme Sensible, Au Clair de la Lune, Plaisir d'Amour. Quant à Zéphirin (Guyon), son talent de flûtiste a suscité des ouragans de bravos dont l'écho a dû frapper les oreilles inquiètes de Taffanel. Et quel entrain, quelle verve, quand, surpris en flagrant délit d'espionnage, il lui faut se glisser, en compagnie de son complice, dans les idoles indiennes représentant Siva, la guerre — et Vichnou la paix ! comme il est dit dans les Védas.
Un mot suffira pour juger Mllc Zélo fort appétissante avec ses manches courtes, terminées par une ruche dont j'aimerais être l'abeille; cette fine diseuse, l'an dernier, a si fort enthousiasmé nos alliés, nos amis, nos frères, qu'ils n'ont pas hésité, avec leur coutumièrebojétsaracrânerie, à baptiser une résidence impériale Tzarkoe-Zelo.
6 NOVEMBRE. — Mesdames et Messieurs, la
MON ONCLE HARBASSOT 153
pièce que les comédiens du Gymnase ont eu l'honneur de représenter devant vous, pourrait s'intituler : « Comment un neveu est obligé d'épouser une esclave turque ». L'auteur l'a qualifiée de Comédie fantaisiste ; moi je ne la qualifie pas, mais j'émets cette idée, timidement, que la plus étonnante fantaisie de M. Mario Uchard a été d'appeler ces actes une comédie.
Tous les journalos, depuis le divin Jules Lemaître, orgueil des Débats roses, jusqu'au soireux de la Paix, mon meilleur ami, tous s'accordent à considérer les cent premières pages de Mon oncle Barbapoux comme une manière de petit chef-d'œuvre mabouliforme. Significatif « consensus omnium », qui exaspère mes regrets d'avoir lu ce roman à partir de la page 10 1, seulement.
La Comédie fantaisiste tirée par Blavet-Parisis et Fabricius-Carré dudit roman Uchardonnesque, personne encore ne l'a qualifiée chef-d'œuvre, en dépit des paroxistes accoutumances de la camaraderie qui nous permettent, sans haut-le-corps, d'entendre M. Paul Alexis traité d'écrivain « distingué », en dépit de l'habituel manque de perspective si judicieusement stigmatisé par Francis Vielé-Grifnn qu'agacent, à la fin, l'obtuse admiration des belgicophiles rabaissant Shakespeare pour exalter Maeterlinck, et l'élégant aplomb d'un Maurice Duplessis enclin à louer en dithyrambe w conjointement avec Pindarc » Moréas, dont le Péter in trop passionné eut grand tort d'écrire 1 Vive le Pape! » sur les registres de Rome.
(Léon Cladel a-t-il confectionné des périodes beaucoup plus longues? Je m'en assurerais, si j'avais seulement une chaîne d'arpenteur.)
Le sujet de Mon oncle Barbassou, voici : un ne- ;, tout gaillard, — car tout neveu qui hérite est gaillard (Bertrand successeur) — trouve, dans la succession avunculaire, un eunuque et quatre jolies filles turques. Au lieu de s'élancer à l'assaut du sérail, comme s'il s'agissait d'enlever la Bas-
tille — la Bastille des séfails — mon psychologue étudie avec conscience cette (( Tetrajolie*» Comme dirait l'ouvreuse du Cirque d'Été; la plus charmante, il la respecte, ne me demandez pas pourquoi. Et pourtant, c'est Ugalde, exquise sous le vertugaldin français, exquise sous le costume oriental que je vous décrirai tout à l'heure, si vous êtes sages.
Au dernier acte, ce neveu, (un daim, de vous à moi) épouse la Turque; un Anglais du voisinage épouse une Anglaise qui a l'air d'une petite gravure de Maud; seul, l'eunuque Mohamnjed-Macach- Zizi-Panpan, reste garçon. Il a l'air d'un huissier, disons, pour le consoler, d'un huissier à verge.
Décors réussis ; celui du premier acte représente une sorte de vérandah (près d'Arles, où l'on trouve du saucisson à l'ail et de la jolie fille à l'œil) fleurie de roses trémières, enguirlandée de plantes grimpantes; au fond un parc où rit le soleil du Midi. En somme l'immeuble tout à fait séduisant où j'aimerais vivre, avec la Mignon de mon choix, dahin! dahinl
Dans ce décor méridional, les valets jouent aux cartes et débinent leur patron en buvant son porto, bref, ce sont des domestiques à l'instar de ceux de Paris. C'est aussi pendant ce premier acte que nous faisons connaissance avec Mohammed-Macach-Zizi-Panpan déjà nommé, seigneur doué d'une voix perçante, d'un fez également persan, et de mœurs aussi pures que le fond de mon cœur.
Dans le décor oriental du deux, si oriental qu'on dirait le Hammam, resplendit la favorite; je vous ai promis la description de son costume, lisez : pantalon en satin azuré pailleté d'or bordé de palmes « chenillées», ce qui est moins répandu que les palmes académiques, et plus joli; ce vêtement bleu est ouvert sur les côtés et laisse apercevoir un second pantalon en crêpe de chine rouge.
COCARD ET PKCUCHET 155
Comme il est permis de supposer l'existence d'un troisième pantalon, blanc celui-là, nous pouvons acclamer les couleurs françaises. Elles ne doivent pas s'embêter. Le corsage de velours est semé d'« étincelles électriques » (c'est le terme employé; il exprirne que, pour voir tant de charmes de plus près, on consentirait à recevoir une pile).
Mais quels couplets gazouille ce rossignol (Bul-
bul) si somptueusement couvert! Et comme il
faut plaindre le pauvre Pugno contraint de musi-
qucr sur des strophes de ce gabarit :