LE COQ
moins fourbu, un sn Coq » son neveu Pavillon. Le tout s'arrange à la satisfaction générale.
Le premier décor de cette opérette coquine est agréable et phocéen ; il représente un café marais avec un comptoir à l'instar de Paris, pavillon et vérandah donnant sur la mer. Le metteur . en scène n'a pas hésité à reproduire de son mieux à l'aide de figurants appropriés les senteurs particulières à cette gueuse parfumée de Marseille. Quant à ce qui est du Pavillon, c'est le nom d'un garçon de café qui ressemble un peu à l'acteur Dupuis, pas à celui qui avait tant de talent, non à celui des Variétés.
Nous faisons connaissance d'abord avec la mignonne petite Thérésette, voix de fauvette, bras nus, corsage aimable, puis avec un brigadier de gendarmerie, moins appétissant.
Au tableau suivant, la fantaisie des auteurs nous transporte dans une melonnière de Cavaillon ; ces cucurbitacés sont soignés merveilleusement, on voit que le jardinier ne s'y épargne point.
ailLui. prenons «le la peine, : le fond qui manque le mojns.
Pour être complet, je signalerai ici une chanson provençale, mêlée de français, que Thérésette dit avec un léger accent anglais (quand je saurai pourquoi, je vous l'expliquerai).
Très acclamée, cette sémillante petite Auguez, qui possède d'admirables jambes; elle ne les montre pas dans la pièce, mais je le sais. Là, là, là, ne vous exagérez pas mon indiscrète fatuité, vous qui savourez ces lignes, et toi, ma petite chérie, ne m'arrache pas les yeux; si j'ai vu ces quilles sugtives, c'est à l'Op. Coin., quand leur propriétaire, sous le consulat du pochard Paravey, ga- 'zouillait les couplets de Mireille : « .le me sens pris par le sommeil... » Et ses yeux n'avaient pourtant pas l'air endormis, non, coquin de sort!
On bisse avec frénésie les couplets de la char-
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mante Méaly, moulée dans une robe de peau de soie Ophélia. Quand j'aurai ajouté qu'un duetto du second acte parodie un air (Y I la mie t, on avouera qu'il y a bien peu de différence entre M. Paul Ferrier et Shakespeare.
Le compositeur a qui nous devons Le Coq ne sera jamais, jamais, stigmatisé du surnom de Victor Roger la-Honte; du moins, ça me surprendrait beaucoup.
■ Dans le Figaro, lundi dernier, le Marque de Fer annonçait que le maestro Le Coq préparait une opérette intitulée « Victor Roger ». Cette fumisterie, mon Dieu, est modérément comique, mais j'en suis l'auteur : deux jours auparavant, je l'avais enfouie dans la discrète Paix, où s'en fut la rechercher un môssieur coutumier du procédé. 11 me démarque régulièrement et touche à la caisse du 26, rue Drouot. Aussi, le très aimable Philippe Gille a-t-il bien voulu, sur ma réclamation, enjoindre à son Masque de « faire » (oh ! pardon! ) moins fréquemment les mots du bon Willy.
31 OCTOBRp:. — Suivant les us et costumes des Nouveautés, les toilettes de Piernv-aux-yeuxébaubissent. J'en parlerai tout à l'heure. Grenet- Dancourt et Bertal ont, prétendent quelques pointus, pillé Y Ours et le Pacha pour confectionner Norah la Dompteuse . Je m'en contrefiche ! On rit, à voir trois nigauds se disputer l'honneur d'entrer « dans la cage » (c'est une figure) de la donzelle, cependant que Norah, belle d'indolence, les balance.
Le succès de Norah la dompteuse ne fera pas d'envieux, les auteurs de ce turbulent vaudeville ne comptant que des succès à Paris et en province ; je n'ai pas eu le temps de me renseigner sur les sympathies qu'ils cultivent à l'étranger.
Grenet-Dancourt, tout Paris le connaît, figure de Kalmouck irrégulière, physionomie malicieuse, des yeux flambant d'ironie, la mimique ardente et
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précise, tout l'ensemble d'un monologuiste qui se
souvient d'avoir été acteur.
Son collaborateur Bertal soirise avec beaucoup de verve et d'indépendance au Rappel, où certaine étude sur <x Yacquerie, sa vie et son œuvre », ne contribua pas médiocrement à le faire entrer. Trente ans, frisé, brun, l'air épanoui, la poignée de main vigoureuse; ces dames lui prêtent bien d'autres qualités; croyons-les sur parole.
Au premier acte, Mrao la baronne Henriette exhibe une robe de broché vert-nil (parce qu'elle verse parfois des larmes de crocodile), manches comme des Sabines, je veux dire très enlevées. Au contraire, l'ingénue Lucienne Moulineau s'est composée une toilette qui est « une fiançaille », entre la robe de fillette et celle de demoiselle à marier, blanche en peau de soie, je parle de la robe, sur laquelle tranche une ceinture vieux rose ; les cheveux en nattes sur le dos, suivant une mode charmante, mais que je ne partage pas pour mon compte. Au lieu de tresser les miens, je les ramène en avant par un retour habile ; c'est ce que les criminalistes appellent des cheveux de retour.
Les hommes sont laids, comme vous et moi, sans rien de particulier.
Quant à l'ameublement, j'ai surtout remarqué une terre cuite, destinée sans conteste à contrebalancer l'effet de quelques mots crus; on a voulu aussi me faire admirer de jolies portières, mais depuis que la mienne m'a fait poser vingt minutes sous la pluie, avant de tirer le cordon, je ne consentirai jamais à reconnaître que cette espèce-là puisse être jolie, jamais !
Norah ne reparaît qu'au second acte; c'est une attention dont il convient de remercier les auteurs ; s'ils nous avaient montré cette éblouissante dompteuse pendant tout le spectacle, nous aurions quitté le théâtre avec des maux d'vcux à mettre en défaut ia science du docteur Robineau.
Figurez-vous une robe crêpe de Chine couleur
chair, mais de chair faible, comme disent ceux dont l'esprit est fort, de chair pâle, enfin comme je les aime, constellée de cabochons multicolores, je dirais même polychrome;., si je ne craignais d'inquiéter ceux de mes lecteurs qui ne se nourrissent pas de racines grecques ; corselet de velours bleu foncé, brodé d'argent ; derrière la taille, un paon brodé, dont l'immense queue descend jusqu'au bas de la jupe, sur les talons ; c'est un paontalon.
Au troisième acte, nous visitons les coulisses du Cirque international, égayées dune musique de trombones également à coulisses, peuplées de petites figurantes dont les regards en idem font oublier les vents dito qui semblent avoir élu domicile dans tous les théâtres.
Les amoureux de la dompteuse ont du malheur; l'un, voulant pénétrer dans la cage des fauves, pense être dévoré ; ce n'est pas qu'il n'ait dans le regard un fluide suffisant, mais il est entré de dos ; à deux autres il arrive les plus extraordinaires aventures : le premier s'affuble d'une fourrure d'ours et n'échappe qu'à grand'peine aux mortelles étreintes des ours « pour de bon ». Son ami, empêtré dans une peau de hyène, entre dans la même cage ; chacun d'eux prend l'autre pqur un quadrupède véritable, si bien que pour s'amadouer, ilss'entre-lèchent. Horror ! horrori horrorl
Je voudrais bien aussi vous décrire d'adorables petits clowns ou clownesses en bouffants oranges. — oranges pour lesquelles j'aurais un pépin — mais je suis trop ému au souvenir du costume de cirque, porté par Norah : maillot de soie noire, corselet de velours noir agrémenté de jais (tout à l'heure un paon, à présent un jais, tout La Fontaine y passe !) comme coiffure, une peau de tigre retombant dans le dos. Si je portais ça au lieu d'un chapeau haut- de-forme, je ferais sensation dans mon quartier. Mais ce maillot, mais ces jambes! ah! comme l'on s'emballerait, si Ton ne