‹ Soirées perduesChapitre 61 sur 116 · MONSIEUR L'ABBÉ · texte numérisé non relu

MONSIEUR L'ABBÉ

ches de peluche ambrée garnies à la saignée d'un haut volant de dentelle blanche, et cienture dorée, ce qui vaut mieux que bonne renommée, du moins au point de vue décoratif.

M. Cooper, moins somptueusement vêtu, s'introduit pourtant dans un pantalon de flanelle blanche qui a bien son prix Quant à M. Baron, je l'ai dit, il remplace l'élégance par la poésie ; avec la voix que vous lui connaissez, il hurle :

La Heur de l'églantier voit ses bourgeons éclore. te prend ton luth.

Quel luth, mes enfants ! on n'a rien vu de si terrible dans la baraque de Marseille. Et Alfred Ernst me disait confidentiellement :(( C'est un luth de poitrine ! »

Elle a un mérite, cette pièce ; elle ne comporte que trois actes, trois petits actes, trois tout petits actes ; si vous laissez tomber votre mouchoir à terre, ne le ramassez pas : quand vous vous relèveriez, vous verriez le rideau baissé....

Et dire qu'on a trouvé Pinces long tout de môme !

18 NOVEMBRE. -- « Monsieur l'Abbé, où courezvous? Vous allez vous casser le cou! » fredonnèrenl à Meilhac et Saint-Albin Jes journalistes, alarmés de la répétition générale. Docile, le couple vaudevillesque épousseta. ressemela, vernit, accentua le côté Constantin de l'abbé et l'on ne siffla pas, en somme, au Palais-Royal, le soir de la première, cette variation teintée de cléricalisme boulevardier sur l'Art de traiter les bellesmères comme elles le méritent.

Mais, M. de Saint- Albin, qui rédige la Chronique du sport au Figaro — sous le nom poétique de Milton — déclare que le métier d'auteur dramatique est un métier de cheval, depuis qu'il lui fallut remanier sa pièce de fond en comble, implorer de son collaborateur Meilhac des mots nou-

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veaux, placer le premier acte après le second, et faire du dénouement une exposition.

Toutes ces modifications, d'ailleurs, il les accomplit sans barguigner. La chronique prétend même que mis en goût, il proposa à M. Meilhac de confier le rôle de L'abbé à Mme Lavigne et celui de la jeune mariée à M. Daubray. Celait une idée à creuser.

Il y avait, dans la salle du Palais-Royal, un certain nombre de célibataires; rien ne peut les engager davantage à persévérer dans leur endurcissement que la perspective de tomber sur une belle-mère fougueusement acariâtre comme Mme Chaumont. Songez qu'elle veut contraindre son gendre à ne lire que des oraisons jaculatoires, à tricoter des bas pour l'Œuvre des petits Abandonnés du Vésinet, etc., etc.

A vrai dire, la gentillesse de Mile Yahne explique suffisamment l'enthousiasme de son fiancé à passer par dessus ces considérations ; elle vous a un coquin petit air yahnacréontique !

L'abbé Mica, bon comme le bon pain (Mica panis) Daubray Ta doté d'impayables ahurissements, lorsque, pensant surprendre madame de la Bracquerie en train de patauger dans d'illicites amours, il la trouve pâmée, le plus légitimement du monde, aux bras de son mari. Comme il est stupéfait, le brave abbé ! On voit bien qu'il n'a jamais vu jouer le dernier acte de Divorçons.

19 NOVEMBRE. — Au Théâtre-Français, ce sont les Femmes, que MM. Paul Shakespeare et William Delair nous enseignent à mater. Le frère aîné de Coquelin cadet, pour apprivoiser la mégèrequ'il vientd'épouscr, bavarde, jacasse, piaille, hurle, gesticule, gestic-hurle, avec une si redoutable abondance, que sa femme demande grâce. En sorte qu'il dompte les rébellions de la donzelle, grâce à sa langue dûment agitée. Intclligitc ! Erudimini !

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