‹ Soirées perduesChapitre 85 sur 116 · I . R \ cetl Hide vii que nos pas rési · texte numérisé non relu

I . R \ cetl Hide vii que nos pas rési

5 de mélancoliques \ urs traversent — à

l'heure où la vie réelle flotte auteur de nous

comme un voile de funérailles — l'insaisissable

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réalité du Rêve, éclose du sommeil des haschichins devait tenter un subtil esprit, à une époque hisse de réalisme brutal, ivre de toutes les incarnations du songe.

Un livre devait résumer esthétiquement cet état d'âme. Ce livre, fcoù le monde des esprits s'ouvre pour nous », où la magie de l'art et de l'opium nous reconduit, hôtes charmés, dans les vaporeux palais nomades des Poèmes en prose et des Paradis artificiels, s'est formé peu à peu dans l'esprit délicatement oseur du poète de Cloches en la nuit. Il s'appelle Thulé des Brumes. Commencé à Paris, en octobre 1889, il fut achevé à Tours, en janvier 1891. Automne, hiver, ce sont bien les saisons qui conviennent à l'évocation de l'Ile lointaine, enténébrée, si perdue au fond de la mer boréale qu il faut être NOUS pour la connaître ; Ile légendaire et nostalgique aux bons poètes... Mais, y a-t-il encore des saisons, des heures, des décors et des paysages pour l'âme captive du Haschich?

Cette mystérieuse et baudelairienne Thulé n'est que la cité intérieure qu'habite le Songe, prince hautain et solitaire; et le livre, plein de frissons nouveaux, où l'artiste depuis peu réveillé consigne son rêve, c'est le miroir des légendes toutes subjectives.

Les Mémoires d'un Rêve : tel est le but artistique que se proposa le voyant so litaire, M. Retté. Quelques spectateurs ont paru inquiets de cette, prose neuve, de ces songeries inaccoutumées; mais pour les initiés, quelles délices !

Une curieuse citation d'Egœus manifeste nettement cette transposition complexe qui rend le songe palpable comme la réalité, et la réalité fumeuse comme le songe :

Ce pont choses crépusculaires Des visions de lin de nuit;

le véritable auteur d'une pareille hallucination écrite, c'est la Folle du logis, dont s'est toujours un peu méfiée la clarté latine ; c'est la reine Fan-

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taisic qui règne aux bleus nocturnes de Shakespeare, de Gérard de Nerval et de Henri Heine, Parenté intellectuelle qui n'arien pour surprendre, l'auteur appartenant à cette Wallonie charmante, amoureuse de la truculence et de la sveltesse; son petit livre est dédié à M. Albert Mockel, le poète métaphysicien de Chantefable un peu naïve; et toute cette littérature du Mord, ultra-moderne et moderniste volontiers, s'incarne dans la « fragile adolescente, épousée demain peut-être d'un ?nagicien hors d'âge, ^ d'une féminité mignonne et savante, un tantinet perverse. Ne la plaignons pas trop d'un pareil hymen, la songeuse espiègle, car elle va rendre de furtives visites aux jeunes hommes amis de la chimère vaporeuse et du mot sonore, et cet idéal de collaboration produit des quintessences telles que Tliulé des Brumes.

Pourquoi faire à M. Retté l'injure d'analyser son livre? L'envol crépusculaire des visions intimes ne se laisse pas mettre en cage. La meilleure analyse et le plus vif éloge que l'on puisse faire de l'œuvre, c'est de la lire jusqu'au bout, charmé. De tels volumes passent trop vite, comme les belles Passantes et le Plein rêve. Depuis les vers plus que hardis du Prologue, depuis les F lunées nocturnes et les Ombres sur le mur jusqu'à cette exquise Philosophie du pauvre qui rêve encore, éveillé, seul en cette, chambre où furent des joies, — etdont la mélancolie s'attache à l'essence des choses, — M. Adolphe Retté nous apparaît comme ces artistes étranges qui conservent dans le rêve leurs facultés créatrices, qui . créent en songeant; l'imagination travaille, la mémoire persiste, trop même, au v^vc de quelqi auditeurs sévères qui notèrent, à l'audition de Thulé des Prumes, des souvenirs un peu trop directs : mais on rêve surtout l'artiste n'est-il point excusable de prendre son bien où il le trouve?... La tonne de M. Retté, romantique tt wagnérienne, néologique, séduisante-, vespérale, à la

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couleur imprécise^ est très adéquate à Pidée et le parfum rare qu'exhalent ces proses convient harmonieusement à la rareté du phénomène intellectuel. Devant Thulé brumeuse, le poète peut s'écrier: « Ah ! tu le sais comme moi, c'est bien là notre île. Tu te rappelles tant de rêveries perdues sous les colonnades sifflantes des sapins aux senteurs robustes, tant d'errances en l'or ondul eux des genêts !. .. Les girandoles se sont éteintes, les chœurs tus.. . il fait froid.. . Des siècles ont coulé, je mi7iiagine, car je me sens très vieux depuis tant d'hier s... »

Le Pauvre est revenu de l' Au delà, sain et sauf ; après la vie éperdue, anormale et grandiose du haschich; comme Faust, le haschichin est sauvé. Un miracle l'a défendu contre l'abîme prohibé de l'Art triste et de l'Ivresse solitaire.

« Le bonheur se fait avec des rêves. » Et quand le péril est passé, lorsqu'elle redescend dans la vie qui est l'action, l'âme, est libre de garder en elie le souvenir de son expérience et l'émoi du souvenir.

5 JUIN. — C'est, rue Benouville, un millier de voitures pour le moins, avec, dedans, toutes les plus jolies « impures » de Paris. Ne me demandez pas leurs noms, ni leurs adresses, même 'contre rétribution ; je ne mange pas de ce blanc là !

A tout seigneur... Celui du cirque Molier s'exhibe lui-même, montant à cheval comme le Fritz de la Grande Duchesse montait en grade, comme Lemice-Térieux monte des bateaux : merveilleusement.

Puis, Mllc Marville dompte le cheval Toto — et tous les cœurs. (Hein ! quand je m'y mets!).

Ludus propatria) c'est une pantomime éroticomilitaire entre une bonne d'enfants et deux tourlourous. On me dirait que M, de Freycinet va décorer les auteurs que je ne m'en étonnerais pas.

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