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A PROPOS DE FROUFROU

toujours ? Mais écoutez \zFigaro; vous ne suspec* terez pas, je suppose, la compétence théâtrale du Figaro ? Or, voici l'opinion de son critique dramatique : «Il m'a semblé comprendre que, au jugement presque unanime des spectateurs réunis ce soir. Froufrou a beaucoup vieilli. » Elle n'est pas d'hier cette constatation douloureuse, mais du mois d'août 1875.

Si j'essayais de vous persuader que, depuis I875, la comédie de Meilhac et Halévy a rajeuni, vous auriez bien du mal à me croire, bien que les auteurs y aient introduit le mot de « vélocipède » histoire de la moderniser.

Bah ! on s'est amusé tout de même ; aussi bien, il en reste quelques-une de ces froufroutantes créatures — des impulsives, pas plus — répondant au signalement donné par Yalréas : « Vous entrez, tournez, cherchez, furetez, rangez, dérangez, bavardez, boudez, riez, parlez, chantez, pianotez, sautez, dansez, et vous vous en allez toujours froufrou, et je suis bien sûr que, pendant que vous dormez, l'ange qui vous garde agite, doucement ses ailes avec ce joli bruit : « froufrou ».

Seulement, au froufrou de ses propres ailes l'ange- gardien, assez souvent, s'endort, et Froufrou tombe aux bras d'un Yalréas quelconque — lassé de la baronne ou de lagrande Charlotte — jours inconsciente, naïvement perverse, «ondoyante comme le feu follet qui court à la surface hydrogénée des sociétés en voie de fermentation putride ».

Sur les cendres de feu Môssieu Joseph Prudhomn ous jure que cette belle phrase n'est

de moi !

On discutait hrme, hier soir, l'interprétation du

rsonnage de Brigard. Il paraît qu'à la création, Ravel avait pris son rôle tout à l'envers (il fautdire (j;: n 69); de Féraudy, lui, joue à la papa — c'< a ■ cas de le dire: quelques vieux abonnés lui reprochaient de n'être point simiesque

à l'instar de son chimpanzé de prédécesseur, qui avait toujours l'air en scène sur un cocotier : ce sont là questions au-dessus de ma compétence-, laissons ces habitués de coulisses laver leur si sale en famille.

La seule observation que je me permettrai d'adresser au nouveau Brigard, c'est qu'il devrait bien s'abstenir de farineux, il bedonne abondamment. Et, comme le disait tout près de moi une ex-almée de la rue du Caire, il devient très dense du ventre.

Non ! je ne donnerai pas non plus mon avis sur le jeu de M110 Marsy ; je suis trop galant pour cela.

Des soiristes français, tel est le caractère.

Je ne dissimulerai pas cependant que les spectateurs ne m'ont point semblé ivres d'enthousiasme, ni prêts à porter la jolie actrice en triomphe aux accents de la Marsy llaise.

23 MAI. — Vertement, l'on siffla Monsieur Célimene au Théâtre Moderne.

L'authoress de la chose, Mmc Frédéric Grésac, signe « Fred », dans quelques canards pour snobs, des fantaisies chiquées, démarquagesde DuTillet, rinçures de Lavedan, sous-Martelages, ce que la littérature gyponnière produit de plus mouche. Sur la scène, c'est mourant. Ah ! on l'a reconduit, son journaliste-dos, courtisé par une duchesse (une dussèche, ma chère!), par une acteuse, par une élève de Mlle Romani qui fait ses dévotions à Notre-Dame de la Palette, par, etc., etc.

Mais, que diable, il s'agit d'une dame, soyons poli ! Je change de ton. A moi les phrases académiques...

« Désexuez-moi ! » Le vœu barbare et sublime de lady Macbeth, nos modernes dramaturge^ l'accomplissent. A Mme de Girardin, on doit une Tar-

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tufe, bien oubliée; demain, quelque Dfennery en herbe nous exhibera un Monsieur Phèdre, féru d'amour pour sa belle-fillè. (J'omets volontairement de rappeler le centon grotesque où M. Charles. Morice, impuissant même à modifier un type, mettait en scène, commodément, Chérubin, Harpagon, Calino surtout,)

Et aujourd'hui, c'est un Monsieur Célimène aux coquetteries savantes, cœur sec, langue dorée, finissant, comme son modèle, par rester seul parmi l'abandon des dupes enfin éclairées. L'auteur n'a pas cru devoir imiter le style de Molière.

C'est un romancier, son héros, son irrésistible don Juan, ce « Trouble-Cœurs ^> comme rappellerait Jean Jullien ; au premier acte, dans son boudoir de travail, encombré de bibelots féminins, défilent les mille et trois admiratrices de son talent — de ses talents — duchesses, bourgeoises, cabotines, mais point de Jeanne d'Arc, car (reste de scrupule? abus de jeunesse?) ce gendelettre trop aimé n'apprécie que la seconde représentation des pièces; la première l'effraie; moi, au contraire, je demanderais une répétition générale; préférant être le second partout que le premier dans Rome, il n'est, à vrai dire, qu'un enfonceur de portes ouvertes ou, pour employer la métaphore musicale de son ami Lucien, ss il ne fait vibrer que des lyres déjà accordées. » S'il se marie jamais, ce sera avec une veuvi

(Il est béte, ce romancier; si je mange une pomme, j'aime autant qu'un autre n'y ait pas piordu. là vous?)

Outre cette exposition de principes, le premier acte de Monsieur Célimène nous vaut un gentil décor, une tirade de la duchesse d'Elbe (retour de l'île) sur les cocottes décorées de palmes académiques, et quelques-uns de ces mots cruels vulgairement appelés coups de Becque.

Un peu mélo, le deux. Nous apppehons que le romancier trop aimé refuse la main de Mllc Mériem,

d'abord parce qu'elle est une vraie jeune fille (triple idiot, va!) puis, parce qu'il est l'amant d'une femme mariée, Al1"' Lesage (quadruple idiot, val) épouse d'un membre dé l'Institut (sextuple idiot, alor c qui il a eu un enfant. C'est avec la

dame qu'il a eu ce bébé, pas d'erreur n'est-ce pas? Bien que membre de l'Institut, le mari se doute dequelque chose ; probablement, il aura eu du mal à mettre son claque.

Pour finir, fétc chez les Lesage ; toutes ces dames au salon ; si le premier acte nous avait offert des mots salés, une des invitées, tragédienne de son état, nous montre des salières.

Curieuse, l'intempérance des femmes trop maigres, ou trop grasses, à se décolleter. Et les autres, au contraire, les potelées sans excès, dûment entrelardées, elles ont la manie de tout enfermer dans d'absurdes corsages montants... Ah ! si j'étais le gouvernement !

Comme il est près de minuit et quart, la coquetterie de Monsieur Célimbne est enfin punie. Toutes les dames le lâchent, si j'ose ainsi m'exprimer ; M. Lesage manifeste un moment l'intention de lui laisser sa femme sur le dos (ou sur les bras, comme vous voudrez), mais le romancier, né malin, proteste, et le bon cornard pardonne à l'adultère, qu'il ramène heureuse et guillerette, au logis conjugal.

Hélas ! hélas ! hélas !

24 MAI. — Aux Variétés, ils reprennent les pièces dont Léon Marx ne veut plus; ce Lycée de jeunes filles, drôlet à Cluny, jadis, embête à présent tout le monde. L'obèse et poussif Gobin n'apprend pas mieux ses rôles qu'il ne faisait aux Folies-Dramatiques ; mais, comme il n'y a plus Guyon pour lui tendre la perche, on s'en aperçoit davantage.

24 MAI. — ! Je vous assure que le Béguin de Nini,

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de M. Maurice Varet, est beaucoup plus amusant à voir qu'à raconter. Mais le devoir est là !...

donc, ô vous qui n'étiez pas à Déjazet, Nini est le surnom de l'incandescente M",0Cornebuse dont l'époux, directeur des Téléphones sousmarins, possède un secrétaire délicieusement gommeux, Oscar, lequel est, bien entendu, le vn Béguin » de Nini. Or, Nini éprouvant le désir bien naturel de s'enbougivaler un dimanche avec son joli jeune homme, elle lui expédie une demande de rendez-vous que, pour plus de sûreté, elle adresse aux bons soins de M. Domergue, sous-chef à la même administration. Le chiendent, c'est que Domergue, irascible et jalouse, trouve la lettre, la croit destinée à son légitime, s'emballe, jure de se venger, et file, elle aussi, avec le premier employé venu, à Bougival, à Bougival en France.

C'est dans ce port de mer que tout le monde se retrouve ; la fête y sévit; une femme-torpille veut r'électriser Cornebuse, à qui elle a donné des secousses il y a vingt ans ; la grosse caisse retentit, lu, comme le troisième acte s'embellit d'une séance de magnétisme, Cornebuse est gratifié de la croix d'honneur.

J'ai ri comme un coffre.

y> MAI. — Pendant que Francisque Sarcey, escorté de la plus grande partie des sociétaires, est allé faire ses dévotions à Vienne, où il récite son vx P rater noster » M. Claretie, pour utiliser

qui reste d'acteurs à la Comédie-Françai nous donne une solide reprise à'Athalie. Et allez donc! Dire qu'il se trouve encore des grincheux prêt" nd t qu'on ne fait rien pour les jeunes auteurs! J'ai plaisir à constater que Mlle Moreno ble Zacharie ; quant à la musique de . elle ne vaut pas ses chapeaux.

M MounetrSully, vantant son masque tragique, et l'incontinence de ses hurle-

ments, et sa coutumière èpilepsie. Ce que je veux louer en lui, c'est la fermeté avec laquelle il s'est opposé à ce que Ml,c Reichenberg vînt encore nous montrer les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui ne veut pas s'éteindre. Puisque son acte de naissance ne réussissait pas à convaincre la ss doyenne » que le rôle du petit Joas ne lui convenait plus, M. Mounet-Sully, avec l'autorité d'un grand prêtre et d'un semainier, a eu raison de lui faire comprendre qu'elle paraîtrait, sous cette robe puérile, un peu grotesque, duègne plutôt qu'enfant, évoquant moins l'idée de Joas que le souvenir de Joas... sin.

MUo Hadamard, en jeune lille juive, a bien de la grâce, et de la jeunesse et du charme ; je suis seul de cet avis, tout le monde autour de moi la déclarait exécrable, mais qu'importe! c'est évidemment moi qui ai raison contre l'unanimité des critiques et des spectateurs, car enfin, si Mn° Hadamard n'avait pas les qualités physiques de ce bout de rôle, pourquoi diable l'aurait-on engagée ? Pas pour sa manière de dire les vers, je suppose ? Vous voyez bien que l'on doit se tromper en la trouvant au-dessous de tout.

Un vrai succès, par exemple, ça été celui de Silvain, dans Mathan ; quelle noblesse d'attitude ! quelle diction pure ! quelle vigueur aussi ! car il a mené les scènes où il paraît, tambour- Mathan.

Je saisis l'occasion par les cheveux — bien sûr qu'elle ne me rendra pas la pareille — pour mentionner une rapide et charmante biographie de Silvain par Armand Silvestre, Le poète de Griselidis rappelle que Silvain « oiseleur émérite, « pisciculteur honoré sur les bords de la Seine, « est encore un mécanicien redouté à bord de son \s bateau à vapeur. Il n'est aucun de nous, les « poètes ses amis, dit Silvestre, qu'il n'ait tenté « de noyer en des expéditions nautiques dont « Saint-Ouen et Argenteuil ont compté les inno- « cents naufrages... »

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Modeste prosateur, j'ai dû me contenter d'une simili-noyade en bateau à rames; c'est au moyen d'une embarcation appartenant à l'éditeur I Bernard Tignol (chez qui l'on trouve la brochurette en

question) que Silvain, nouveau Carrier, voulut, un vilain jour, me retrancher du nombre des vivants. « Je rame comme personne » , m'assurait-il. Comme personne, en effet ! Au bout de cinq minutes, le bateau avait la quille en l'air, et moi la tête en bas. dans la Marne. Ramené sur les rivages de Chelles par la poigne vigoureuse du tragé - <îien, on m'affubla, pendant que mes effets séchaient, d'une robe et d'un corsage appartenant à M ... — qu'importe son nom! — canotière appréciée dans tout le pays. Et les indigènes venaient contempler avec une curiosité surexcitée cette femme à barbe dont la vue ne coûtait rien. Entre nous, le spectacle était bien aussi drôle qu'une reprise & Atlialic .

Ier JUIN. — Curieuse, la salle du Vaudeville ! Un vent de malveillance soufflait de toutes parts ; des chut indignés bruissaient dans les coins; .on voyait s'agiter nerveusement des éventails désapprobateurs.

« Quel vilain homme, cet Henri Lavedan qui nous attaque ainsi ! » me dit d'une voix suffoqué* , le vicomte de LardillondeLaboucle de Monbissac, un daim efflanqué, dont la noblesse remonte à la dernière exposition.

Et la grosse petite baronne d'Orscuil déclare que les gens bien nés ne pourront plus mettre le pied au Vaudeville ; elle est bien née elle, oui, bien née Chouilloux, et son estimable vitrier de papa remettait des carreaux aux croisées sans prétendre, comme (die, en descendre.

Malgré ceg petites protestations avortées, ces petites rages sournoises, le vrai public n'a c< d'applaudir les types dessinés par l'auteur du Prince d'Aurec^ avec une si jolie méchanceté.

Le prince, d'abord (Henri Mayer plus élégant que jamais), un grand seigneur terminoséculairej conducteur de mailcoach, railleur, ennuyé, fort indifférent aux enseignements de l'histoire, assez sceptique pour considérer le cilice de Saint-Louis comme une veste, la poule au pot d'Henri IV comme un canard, et très modérément désireux d'un changement de gouvernement, attendu que, si le roi rentrait dans sa bonne ville de Paris à cheval, on le mettrait à pied. Une seule chose l'inquiète, la ss culotte » prise en compagnie du prince de Galles, et le papier qu'apportent des huissiers innombrables, du papier aussi timbré que le faux duelliste Roulez.

Mince, élégant, de jolie tournure, le romancier Montade (Grand) est phychologue assez avisé pour reconnaître bientôt que les beaux esprits de <s la Haute » s'intéressent uniquement aux chevaux de course etl qu'un homme de lettres serait bien fou d'attendre des encouragements d'une Société qui s'occupe surtout de Sociétés d'encouragement.

Un personnage partout méprisé, salué partout, ce Chambersac, dont les quartiers de noblesse sont aussi indiscutables que la dèche, mais qui lutte contre la mauvaise fortune avec beaucoup de Sagancité, -place des vieilleries de famille, maquignonne des pur-sang et des mariages, retrouve les parchemins égarés, va-t'en- ville. . .

L'aristocratie n'est pas seule à protester, la juiverie grogne aussi, rageusement. Pourquoi ? Certes, je suis plutôt antisémite, mais du diable si c'est pour un tel motif, d'ordre inférieur et extralittéraire, que j'applaudis le Prince d'A urec ! Tout au contraire, je maintiens qu'en la pièce verveuse et frémissante de Lavedan, le baron de Hirsch, de Horn... il n'importe... est ce que les anatomistes désignent ainsi : « le grand sympathique. v,>

Pardieu ! ils nous la baillent bonne, avec leurs tardifs mépris, le d'Aurec et sa hautaine compagne, indignés que ce « juif insolent N> — comme

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ils ont le front d'appeler leur magnifique prêteur — renâcle enfin après de si coûteuses complaisances, et frappe sur la table, et vocifère qu'il en vent pour son argent ; cinq cent mille francs, s. v. p. ! il les a versés pour entrer au Jockey et dans... hum ! dans l'intimité de la princesse ; le club lui reste clos, le reste aussi ; on le détrousse, on le berne, madame d'Aurec lui prodigue des impertinences qu'elle risquerait à peine contre sa bellemère ; mais, mais, mais Philippe le Bel lui-même applaudirait ce baron de l'almanach Golgotha (le mot a traîné partout) pour sa véhémence à secouer ces tapeurs princiers, svnthétisant la pourriture insolente et la cancéreuse élégance dont crèvent les aristocraties fichues, fourbues, foutues, plus ventres que les vrais voutres. Vive Drumont !

Et la comédie peut bien piétiner pendant deux actes, s'ouvrir par une scène d'exposition larbinesque peu neuve, abonder en mots d'auteur, en tirades trop écrites, en hors-d'œuvre futiles, n'empêche que c'est d'un juteux !

J'allais oublier les décors. Ils sont exquis. Celui du deux, surtout, les salons de la princesse qui donne une grande fête ; elle a pris le costume de Marion Delorme (de l'orme sous lequel attendent ses créanciers) ; le prince semble un peu las sous la cuirasse du connétable son aïeul, un gaillard de la rude époque où l'on ne passait pas les nuits à tirer à cinq ; quant au baron, il arbore unerobe indienne constellée de pierreries ; et le juif étincelle, rutile, resplendit, parmi ces aristocraties à leur déclin, ce Prépuscule des Dieux!

& 3 JUIN. — Soirée tout intime au « Théâtre •térique » pour les admirateurs d'Adolphe Retté.

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