‹ Soirées perduesChapitre 93 sur 116 · LA FEMME DU COMMISSAIRE · texte numérisé non relu

LA FEMME DU COMMISSAIRE

pseudonyme de Favart, fait jouer sa pièce — un peu dérangée, et baptisée Les trois sultanes, — par les Comédiens « ordinaires » de la République-.

Il a cru devoir la corser d'un personnage emprunté à Mon Oncle Barbassou, peu expansif avec les femmes, acaule, comme on dit en botanique, à qui la sultane Roxelane crie avec beaucoup de désinvolture: «Fiche-moi le camp ! » — en latin castra... t.

Cette petite française sémillante, babillarde, délurée, (Ludwig)qui bouleverse le harem, dompte le sultan, importe en pays barbaresque la police française, les modes françaises, les immortels principes de 89 (bah! à vingt années près!), mais je la connais, c'est la Virginie du Caïd! Par bonheur, M. Ambroise Thomas s'est tenu à l'écart.

26 AOUT. — Les foules enfiévrées prennent d'assaut le théâtre Cluny. Avec leur acte sapide et dru, d'une gouaillerie verveuse, On ne badine pas avec l'honneur, Paul Ginisty et Jules Guérin, deux amis, triomphent.

Un honnête paysan, de ceux qui ne badinent pas avec l'honneur, vient à Paris, embrasser sa tille, femme de chambre croit-il ; de vrai : cocotte. Craignant Tire paternelle, la pauvrette endosse le- vêtements de sa bonne, époussète, balaye... Ali ' c'était bien la peine ! Le vieux la houspille, la rudoie. « Bête ! Pourquoi qu't'as pas fait comme ta patronne? J'aurais pu acheter ce lopin...» Toujours la passion de la terre étouffant tout autre sentiment. C'est le lopin qui a commencé.

Madame Montbrisarddemandeàsonamant,àqui elle -ait h- bras long : « Vous qui l'avez long, profitez-! n donc pour faire nommer mon mari commissaire-. » L'affaire est dans le >;ir, et, tout de suite, Montbrisard est chargé de pincer un couple adul-

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tère en flagrant délire. Il se précipite, se trompe d étage, arrête l'amant de sa femme, el le r< ste, le reste.;.

Le meti-proquo de M. Hennequin, filsetsuc seur de son père, enchevêtre ses intrigues, embrouille ses pantalonnades, amuse les amateurs de qui -7nélo. Dans cette Femme du Commissaire, un grime désopilant, M. Le Gallo, et le type gaîment crayonné de Montbrisard, quinquagénaire sur les boulets, mari fourbu, aime-à-1'aise.

29 AOUT. — Dix-septième réintégration de Mlle Lerou au Théâtre-Français, où, cette fois, elle prend Racine, pour lui jouer Britannicus. Gros succès qui va détourner Agrippine, définitivement, il faut l'espérer, d'un tas d'alarmantes Porteuses de pains. . .

Oserais-je vous faire observer, petite Mam'zelle, que Junie ne doit point bêler avec cette résignation monotone ; elle avait du montant, cette Romaine délurée, ffestivissima, assure notre paillard de Sénèque, en connaisseur) ; elle était jeune, elle était belle — tant mieux pour elle ! — son frère l'aimait un peu trop vivement, sujet délicat sur lequel je ne veux pas incester ; non, non, il y faut plus de nerf, Mademoiselle, petite Mam'zelle!

Adoable, chamant, avissant, cet Albert Néron Lambert ; regards veloutés sous de longs cils, quenottes à la Diémer, et des grâces de ténor. Au fait, pourquoi ne pas chanter le rôle avec un peu de musique tripotée par le chef d'orchestre :

Récitatif

Narcisse, pour toute ma vie

J'aime, que dis-je, aimer ! j'idolâtre Junie !

Arioso

Qu'elle est belle, qu'elle a de charmes, Et combien ses yeux, étaient beaux, Quand ils brillaient, m milles de larm -, Narcisse, à travers les flambeaux,

Quatre bémols à la bief, et ça y est.

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