A PROPOS DU WAGNÉRISME
régents obtus, mais c'est Beckmesser qui ignore la prosodie véritable, non son jeune rival.
Au pasteur H. K..., qui me reproche de n'avoir pas montré le schopenhauerisme des Maîtres chanteurs, je ne puis que répondre : « Comment ['aurais-je fait, si je ne l'ai pas vu ! » Le docteur Hugo Dinger, qui a de bons yeux, affirme, il est vrai, percevoir « nettement, en maints endroits», l'influence, la fâcheuse influence du Monde comme volonté et représentation sur le rôle de Sachs ; mais comme M. H. S. Chamberlain la nie d'une, façon absolue, même sur Tristan (sur ce dernier point on pourrait discuter), je n'hésite pas entre l'opinion raisonnée du savant musicographe anglais et la boutade irréfléchie de l'aventureux docteur allemand.
De plusieurs : s< Les Allemands, qui supportent pièces sans coupure, sont donc plus musiciens que les Français? » — D'abord, c'est seulement à Bayreuth qu'on joue les œuvres de Wagner intégralement; sur les autres scènes, on les allège (parfois même on supprime des passages qu'il serait indispensable de conserver). Puis, il est certain que les Allemands avalent, sans douleur, une plus grande quantité de musique que nous ne pouvons faire. 11 faut les voir, après Parsifal, s'empiler à la brasserie, où une musique militaire bavaroise leur verse des torrents de valses, des pas oublés, des pots-pourris de Millcecker (un sous- Offenbach), d'invraisemblables fantaisies pour flûte sur la Somnambule, comme à Nuremberg, des sélections à dormir debout sur Tannhasuser comme celles que dirige, dans le magnifique parc de Stuttgart, un capellmeister dont les moustaches valent celles du roi Humbert. Ah! oui, ils en supportent de la musique; la goûtent-ils mieux que nous, : une autre affaire...
Une (laine détend les traductions de M. Wilder. vv Pourvu qu'elles donnent le sens général du me vvagnérien, cela ne suffit-il pas? » Héla-!
non, madame. Wagner s'est astreint à ramener tains mots décisifs, explicatifs du drame, sur certaines notes décisives d'un motif. Un exemple suffira, celui du mot sn Minne VN sur la note la plus élevée du thème du Renoncement, quand ce motif donné au premier tableau du Rlieingold reparaît dans la Walkiire, au moment où Siegmund saisit l'épée. Comment pourrait-on, au point de vue de la prosodie et du rythme (rythme qui est ici caractéristique du motif) trouver une équivalence entre ce passage :
Tristan s Elire, hœchste Treu
et la traduction, d'ailleurs méritoire, que l'on en a donnée :
La gloire de Tristan, c'est sa fidélité!
(J'ai dû formellement ennuyer ma correspondante.)
Plus qu'un mot; très spirituellement, un « littérateur français ». comme il s'intitule, déplore le sort de nos musiciens, s'il leur faut désormais ne travailler que sur des sujets germaniques. Rassurez-vous, littérateur, qui devez avoir en portefeuille quelques livrets. Et lisez ceci : «Les poètes français ne doivent s'attacher qu'à peindre leurs types nationaux... Le Français sent et comprend le théâtre beaucoup mieux qu'aucun autre peuple. . . Le premier souci d'un compositeur français décidé à sortir de l'ornière doit être de se procurer un poème simple, humain, expressif et, surtout, conforme au génie de sa nationalité. NN
L'auteur de ces conseils, c'est Richard Wagner.
18 AOUT. — Pends-toi, brave Gandillot! on joue un vaudeville aux Français, et il n'est pas de toi.
C'est Grenet-Dancourt, l'auteur des indestructibles Trois Femmes pour un mari, qui, sous le