DRAME PARISIEN
des broches en toc, des yeux au kohol. Vne amiraie majestueuse escalade un mur et nous montre son arrière ; un vaisseau majestueux vire et nous montre son derrière, cependant que, le voyant démarrer, M. Floury, l'œil voilé de larmes heureuses, murmure, appuvé contre un portant: Sic te diva potens Cvpri... Il est si lettré! Le capellmeister spé( îalement dévolu àMmo Judic répond aux espérances qu'elle avait fondées, et au nom de Rosenthal, m'assure un ami Saint-Cère.
Avec de telles jambes, si fermes, si concupiscibies, si galbeuses, on ne s'étonne pas du succès d( sos courses, Dauville!
19 SEPTEMBRE. — Claretie dévalise Marx. Aux Français, le Juif polonais réussit presque aussi bien que jadis, à Cluny. Quelconque, l'histoire : un aubergiste tue et vole un youtre ; enrichi, il vil heureux pendant quinze ans, sans remords, et c'est après trois lustres d'une tranquille paix goûtée dans le crime, avec un front qui ne rougit jamais, que, stupidement, il s'effare d'une coïnciu.nce, au point d'en claquer, pendant la noce de sa fille. Piuit! Succès personnel pour MUo Reichenberg, qui chante aigrement, le Lauterbach et
Ise avec tant d'entrain qu'elle était, le soir de la première, tout en eau. De l'eau de valse.
27 SEPTEMBRE. — Mouvementé, invraisemblable, et point ennuyeux du tout (malgré les corrections Koningienner , que M. Ernest Daudet eut K tort d'accepter) le Drame parisien, joué par la troupe du Gymnase.
Le Révérend Père Vignal-Duflos, de l'ordre de Saint-Dominique, prêche avec tant d'onction et de
beaux effets de manches blanches que toutes les clientes de l'église où il opère veulent se confesser à lui. C'est d'abord une cocotte, Rose Morgan (sans doute un nom & emprunt) très dégoûtée de la noce depuis sa dernière aventure:
«Figurez-vous, mon Père, que le comte de Véran, mon amant, a été tué en sortant de chez moi, dans l'escalier conduisant à la chambre de sa femme. » Elle sort. Entre une dame en noir, la comtesse (parbleu !) qui révèle : « C'est moi, mon Père, qui ai supprimé mon mari. Il courait lee filles, il ne leur résistait pas, je l'ai assassiné. »
Un perspicace magistrat instruit l'affaire, et on arrête Rose, naturellement.
Cour d'assises, avocat, gendarmes, Christ au mur ; l'innocente cocotte va être condamnée quand le R. P. Vignaljure qu'elle n'est point coupable. Aussitôt, le jury l'acquitte, sans en demander plus long. La comtesse, pour se remettre de tant d'émotions, épouse un officier.
La presse fut acide, à l'exception du Figaro, où l'auteur fit preuve envers son œuvre d'une bienveillance lénitive qui contrastait heureusement avec le verjus des autres gazetiers. Il serait à souhaiter que cette innovation devînt une coutume ( « Qu'est-ce qu'une coutume? Une innovation qui se répète habituellement », a dit Chincholle). Les auteurs dramatiques jugeraient leurs pièces, les musiciens leurs symphonies : de la sorte, on pourrait enfin trouver un critique couvrant de fleurs les petits travaux de M. Emile Bergerat.
6 OCTOBRE. — M. Antony Mars a de l'esprit, beaucoup ; M. Hippolyte Raymond en manque, totalement ; quand ils collaborent, ils se neutralisent, ça produit la dernière pièce des Nouveautés. Le syndiqué Micheau paiera le bouillon.
Oyez, gens de bien : le vicomte de Montgiscard délaisse la vicomtesse pour chauffer une Bobonne de chez Duval, sous le pseudonyme de Casimir. Le vrai Casimir, astucieux larbin, ramasse le nom de son patron pour épater une omnicoucheuse. Complications classiques, imbroglios catalogués, erreurs sur la personne, flonflons de
LA TOURNEE ERNESTIN 299
rpette, rencontres dans l'inévitable garçonnière, gifles, gifles, gifles. Enfin Mily Meyer épouse le domestique. Pauvre petite !
Essentielle, parmi le troupeau des figurantes, culmine, m'assure-t-on, une demoiselle Willy ; elle n'est point ma parente; ma conjointe non plus.
7 Octobre. — A Déjazet, L'Instantané, de MM. Maurens et Rousseau, pièce photogénique mais bien ennuyeuse.
M. Landrinard croit que sa femme le trompe avec le vicomte Gaétan des Hauts-Fourneaux ; elle file avec un américain, parce Qu'elle suppose de, son côté son mari infidèle, grâce à une épreuve instantanée qui le lui montre, dans une1 cabine, auprès d'une inconnue. Tout le monde se retrouve en Corse chez un professeur de Vendettas. Seigneur, votre droite est terrible !
15 OCTOBRE. — Vaudeville à grand spectacle, à grande gaîté, à grand succès, la Tournée Ernestin va remplir les poches de Gandillot (Léon) et de Marx (('gaiement Léon). Ce dernier demeure 31, avenue Trudainc ; avis aux cambrioleurs.
Le jeune premier de la Tournée s'appelle Léon (lui aussi !), la jeune première, c'est Lucette, qui suffit à ravir, seule, tous les spectateurs, — seule Lucette omnibus. — Il s'agit dé marier ces deux chérubins vers ménuit, ménuit et quart, et de les
:uper à d'autres exercices depuis huit heures. Tout l'art du vaudeville est là. Entre ce point de départ et ce winning-post, Hippolytc Raymond nous rase, Léon Gandillot nous saoule de rire, voilà toute la différence.
Pourquoi vous cachèràis-je, mes petits agneaux, que les cabotins de la Tournée, — des Ragotins exquis, échappés du ss Roman comique •>> — fluctuent sans mergiter (dans la Barque à Scarron, je pens< et finissent par atterrir à San-Baccara,
une ville où doit fréquemment apparaître le spectre de Banco. Ernestin, en 24 neures, est président de la République, déboulonné, milliardaire, ratiboisé; ofla-podrida de parlementeries ;
bouillabaisses révolutionnaires.
Pour la ltouillakiisse, troun de l'air ! Ra-Bagasse...
Il faut être solide pour ne pas crever de rire à Cluny. Toute la troupe est excellente, sauf la personne callinichonnière qui vinaigre les couplets de Nelly, M1110 Acidula, je crois.
21 OCTOBRE. — Le personnage le plus important du Brillant Achille est un collyre reconstituant, d'une puissance inouïe, comme il sied dans un théâtre dénommé « Renaissance ». Versez-en quelques gouttes sur un socle vide, vous assisterez à l'érection d'une statue. Il rajeunit même les, sénateurs. (Ce dernier trait a paru forcé.) Pour en avoir lampe un verre, la veuve Pélican, — dangereusement regaillardie, veut utiliser les restes d'un corsage qui tombe et d'une ardeur qui ne s'éteint pas... « Lorsque la Pélican, lasse d'un long veuvage... Poète, prends ton collyre et me donne un baiser! » murmurait un assoiffé de Musset. Cette antique femelle, nigris dignissima barris, embrasse avec frénésie l'imprudent pharmacien lanceur de la drogue. Lors, le pauvre bougre jura, mais un potard, qu'on ne l'y pig'rait plus.
Quant au brillant Péléide, il gobe Théo, il l'épouse, elle se refuse, il tire la langue, La Maîtresse de Forges , quoi!
Tout s'arrange, ne craignez rien. M. Lerville comptait beaucoup sur ces trois actes et, avant de céder son théâtre à M. Léonce Détroyat (qui nous promet, comme spectacle d'ouverture, Madame Chrysanthème — un bijou — de l'ami Messager), il tenait à finir sa carrière directoriale par un coup d'éclat. C'était une bonne idée. Il choi-