‹ Soixante ans dans les ateliers des artistesChapitre 2 sur 12 · septembre · texte numérisé non relu

septembre

ce monde eût été des plus misérables, s'il n'avait reçu la vigueur et la beauté corporelles, et cette résistance opiniâtre, patiente, qui est la ressource des déshérités pour affronter la constance du mauvais sort.

Le père de Dubosc était perruquier à Rouen ; il épousa en 1789 une demoiselle d'Homont, des environs du Mans. Cette particule implique- 1 -elle une origine noble, famille déchue?... On serait tenté de le croire à certains signes d'élégance, de finesse, de la structure de Dubosc; signes assez frappants pour qu'il se soit créé sur l'origine de notre modèle une légende qui en faisait le fils naturel de quelque aristocrate. Encouragea-t-il cette supposition persistante? Nous l'ignorons. La simple vérité est que Dubosc entra dans le monde de façon très correcte, comme l'indique son acte de naissance.

Son père dut mourir jeune, et sa mère, privée de ressources, quitta Rouen avec son lils tout enfant, pour venir chercher à Paris un moyen d'existence. Elle était belle, et resta honnête, si nous en jugeons par le tendre respect que lui conserva son fils, le travail et la pauvreté de sa vie.

LE MODÈLE DUBOSG 3

Dès son arrivée dans la capitale, elle s'employa à coudre ; le hasard la conduisit chez madame Perrin, femme d'un peintre de mérite, Nicaise Perrin , directeur de l'Ecole gratuite de dessin, ancien élève de Doyen et Durameau. C'était un intérieur austère, de cette bourgeoisie française vaillante et probe qui fut le fond solide de la société nouvelle. La mère de Dubosc y rencontra une bienveillance, un intérêt, qui étaient en usage vis-à-vis des inférieurs. Elle eut, grâce à madame Perrin, d'autres pratiques ; on lui permettait d'amener son enfant . Madame Dubosc conçut un respectueux attachement pour ces familles d'artistes qu'elle voyait dans leur intérieur patriarcal.

L'atelier de M. Perrin était grave, le style académique qu'il gardait religieusement, comme toutes les fidélités au passé, lui inspirait des sujets sacrés ou héroïques, qu'il traitait d'ailleurs avec talent. — Madame Dubosc voyait venir à cet atelier de petits modèles qui étaient une ressource pour leurs parents; elle ne parvenait que bien difficilement à gagner « le pain quotidien avec son aiguille et songea à employer le petit Charles chez les artistes

l\ LE MODÈLE DUBOSC

Celait un enfant superbe, sa mère le proposa comme modèle à M. Perrin, qui jugea que sa beauté peu commune lui assurerait un avenir dans les ateliers. — C'est ainsi que la destinée de Charles Dubosc se trouva fixée dès l'âge de sept ans.

Nous le suivrons chez les artistes célèbres où ses belles formes vont le faire rechercher.

11 fut, certes, de bonne heure pénétré de l'importance de fonctions qui faisaient vivre sa mère. La nécessité de l'immobilité dut coûter un pénible apprentissage à ce robuste enfant créé pour l'air libre et l'exercice. Cependant, le parfait équilibre de sa santé n'en souffrit pas. Cet effort, joint aux épreuves, aux leçons pleines d'amertume de la pauvreté, commencèrent tôt à tremper le caractère de Dubosc, à façonner cette énergie, que nous n'avons pas oubliée.

Le petit modèle arrivait dans les ateliers au moment où finissait cette séduisanle école française, qui n'avait point encore dépouillé les attraits du xvme siècle. Epoque où notre sculpture commençait à se modifier sous l'influence nouvelle du goût de l'antique, sans en subir la contrainte; tandis que la nouvelle

école dite réforme de David, florissait dans la peinture.

Dès ses débuts, en i8o4, Dubosc avait posé dans les ateliers des Aieux maîtres; ces aimables septuagénaires au costume d'une coupe surannée, poudrés à nouveau par l'âge, se complaisaient à des œuvres où les grâces de l'autre siècle vivaient encore, modifiées par un retour discret vers les traditions classiques, œuvres que les nouveaux venus allaient bientôt mettre en interdit sous le nom méprisant de style rococo1. — L'auteur de Psyché abandonnée et du buste célèbre de la du Barry, Pajou, vivait encore; Julien mourait en laissant sa cbarmante Amalthée; Clodion, Fragonard, Greuze, donnaient leurs dernières productions; Roland venait de faire paraître son Homère chantant ses poèmes. Houdon, en Italie, regardait sortir des fouilles d'Herculanum et de Pompéi les merveilles qui allaient contribuer à entraîner vers l'antique notre art national qu'il devait rester presque seul a représenter.

i. On assure qu'à l'atelier de Louis David on peignait des , académies sur des toiles de Watteau et autres maîtres de la même époque.

G LE MODÈLE DUBOSG

Le contraste était frappant entre les derniers de l'école académique — les élèves des Van Loo 1 — ceux des bastilles académiques, comme les appelle Louis David, et les adeptes de sa réforme; les premiers, malgré l'influence de l'antiquité qui a pénétré jusqu'à eux, comme elle a pénétré toute cette société exaltée par la tragédie des dernières années du siècle, n'ont cependant pas rompu avec les traditions françaises ; la Révolution, qui a mis en fuite les élégances frivoles, n'a fait que jeter sur les académiques une teinte de gravité déclamatoire, sans changer leurs procédés. Tandis que les réformateurs, à l'instar des révolutionnaires, ont décapité le vieux temps de ses traditions, leurs personnages, savamment musclés et drapés, héros de l'antiquité, de la mythologie, sont d'une peinture lisse qui conserve aux lignes leur netteté, voire même leur sécheresse ; si les faiblesses du style dit Français sont redressées par eux avec une rigueur qui avait sa raison d'être, d'autre part, les réformateurs désapprennent volontairement l'art de

t. David avait une antipathie particulière pour les Van Loo, qui conservaient une certaine vogue à l'école académique ; il avait fait ironiquement le verbe Vanlooter.

LE MODÈLE DUBOSG 7

peindre, cet abandon, cette liberté de pinceau et de conception, qui avait mit le charme de l'école française; et, les belles qualités de décorateurs sont délaissées comme indignes du grand art. Les réformateurs ne transigent pas, c'est aux antiques seuls qu'ils demandent des leçons ; si violente, si exclusive est leur conviction qu'ils ne cherchent pas à relever Fart national — jug^ Par eux ^roP dégénéré — ils le renient et le remplacent. Ni la magnificence du xvne siècle, ni les séductions du xvme ne trouvent grâce devant eux. L'antique et rien autre. C'est à travers ces principes qu'ils voient la nature.

Les petits modèles ne chôment pas, Dubosc tient l'arc et le carquois chez les peintres et les sculpteurs. Il connaît le peintre Vien, qui, vénéré, chargé d'ans et d'honneurs, voit l'école dont il a jeté le premier les fondements, reconnaître pour chef son élève Louis David1,

i . Louis David était petit-neveu de Boucher . Le mai tre, conquis dans sa vieillesse à la réforme de Vien, qu'il fit recevoir à l'Académie, envoya son neveu étudier chez lui. — Le goût s'était modifié depuis le temps où Bouclier, tout jeune encore, écrivait à Fragonard partant pour Rome : « Mon cher Frago, , tu vas voir en Italie les ouvrages des Raphaël, des Michel Ange et de leurs imitateurs ; mais, je te le dis en confidence

8 LE MODÈLE DUBOSG

qui absorbera la renommée de son maître. Il éclipsa même ceux de sa génération qui l'ont précédé dans la même voie, comme Régnault et Vincent. La puissance, l'autorité de son grand talent , d'un caractère passionné, imprima profondément son seul nom sur la réforme, et lui mérita de porter sa célébrité, comme la responsabilité de ses excès.

Triomphant est donc l'atelier de Louis David, une cour d'élèves y reçoit l'inspiration, le pain de vie du maître; parmi eux, en ces premières années du siècle, Dubosc voit Ingres, sur le point de se rendre à Rome où l'appelait son grand prix; Léopold Robert, Abelde Pujol, puis Pagnest, Auguste Couder, etc., etc. Leur brillante avant-garde était déjà partie; c'était : Girodet, Gérard, Gros, Guérin. — Plus de cinq cents jeunes gens sortiront de cet atelier, propageant la doctrine. Malheur à ceux qui ne font pas partie du bataillon sacré de l'école de David! ils passeront inaperçus ou dédaignés. Dubosc se rend déjà compte qu'il est là

et comme ami, si tu prends ces gens-là au sérieux, tu es perdu. » L'antique était traité de la même manière; ainsi parlent toutes les époques qui ont perdu la trace et le gotht des grandes traditions.

LE MODÈLE DUBOSG 9

chez le souverain de l'art, souverain absolu. Cet homme si puissant lui inspire une vénération craintive; la difformité même de son visage semble à l'enfant une façon de plus de se distinguer des autres mortels. Il entend parler à mi-voix à ses élèves du passé orageux du grand chef, et, sans comprendre, il retient les épithètes de montagnard, de régicide. Il sait aussi qu'il a peint Marat assassiné. Mais à cette heure, David s'est passionné pour le jeune conquérant; il expose la Distribution des aigles, et prépare le Sacre de Napoléon, qui altire chez lui les plus grands personnages de la nouvelle cour. Le Pape même consent à poser pour l'ex-régicide (i8o4).

Dans les graves ateliers des imitateurs de David, le petit Dubosc trouve les heures plus longues, une sorte de frisson le saisit devant tant de figures tragiques et imposantes; devant la Scène du Déluge que prépare Girodet, où il faut tout un échafaudage pour placer et maintenir les modèles dans des poses pleines d'efforts . Sur les murs est resté le Sommeil d Endymion qui a été exposé l'année même de la Terreur1.

i. Cette année 1793 a vu s'ouvrir le musée du Louvre le 8 novembre.

IO

LE MODÈLE DUBOSG

L'atelier de Guérin retentit encore du succès éclatant du Retour de Marais Sextus; succès augmenté par l'allusion aux exilés, que l'on y prétendit voir. C'est le type de ce convenu d'après l'antique, qui fait fureur; il faut avant tout y ramener la nature, même dans les portraits! Le nu est si complètement asservi à cette imitation que les modèles ne se reconnaîtront pas toujours dans les figures pour lesquelles ils ont posé *.

Chez Vincent, Dubosc connaît, à peine arrivé de sa province, l'élève François Heim, qui jouera plus tard un rôle dans la vie de notre modèle; puis, nos maîtres : Alaux et Picot, enfin le peintre-soldat : Horace Verne t, dans toute l'exubérance de sa jeunesse. — En 180/i, des deux plus brillants représentants de la pléiade nouvelle, ceux dont la belle organisation était

i . Cette réforme de Louis David, qui eut sa raison d'être au moment où elle se produisit, et d'où sortirent tant de maîtres, de bons artistes, tomba cependant, dès le début, dans des excès qui devaient fatalement amener une réaction trop violente. L'éducation par l'antique est une admirable grammaire pour l'enseignement artistique ; il n'en fallait pas faire une doctrine de tyrannie, injustement exclusive. Les professeurs adeptes de la réforme ne laissaient aucune liberté aux élèves ; ils fournirent ainsi des armes dangereuses à ceux qui veulent s'alïrancbir de toute tradition et de sérieuses études.

faite pour triompher de la tyrannie du maître, Gros exposait les Pestiférés de Jaff'a, que l'enthousiasme des artistes et du public couvrait de palmes et de couronnes, et Gérard venait de faire paraître son rêve si pur : Psyché recevant le premier baiser de V Amour.

Dans la bouche de Dubosc tous ces noms sonnaient glorieusement, comme ceux des batailles, prononcés par un soldat qui en a senti la poudre; puis il citait les modèles qui avaient posé pour les figures principales. En 1808 paraissait Atala et Chactas, de Girodet, première liberté romantique, violemment désapprouvée par David. Cependant la littérature entraînera fatalement les arts dans cette voie. Chateaubriand est le nouvel inspirateur des esprits, il est venu après la sombre tourmente, comme une large brise printanière chargée de semences et de senteurs nouvelles ; il a rapporté des grandes forêts d'Amérique de brûlantes inspirations qui troublent les cœurs et répondent à un idéal nouveau de passion. C'est lui aussi qui réveillera les échos des églises délaissées et en ruines, qui chantera sur les tombes sans proix creusées par les bourreaux. La foi renaissante a trouvé son poète ; cette société fri-

vole, qui a donne tant de héros à la mort, est conquise par Fauteur du. Génie du Christianisme, de René, à' Atala, des Martyrs, Les arts reçoivent de lui leur première impulsion romantique.

1810 est une année mémorable pour les arts ; il y eut un concours de prix décennaux institués par Napoléon. En peinture, pour le prix destiné au meilleur tableau d'histoire, la lutte s'engagea entre Guérin avec Phèdre et Hippolyte, les Trois Ages, de Gérard; le Champ de bataille d'Eylaa, de Gros: la Vengeance poursuivant le Crime, de Prud'hon; les Sabines, de Louis David; une Scène du Déluge, de Girodet, qui remporta le prix sur son maître.

On est même étonné du jugement consigné par le jury, à propos delà grande composition des Sabines de David; la liberté, la clairvoyance sévère qui s'y manifestent sur le maître grand pontife, sont choses nouvelles et inattendues. Il est vrai que la quatrième classe de l'Institut1 tâcha d'en atténuer l'effet par des éloges très flatteurs, et qu'en dédommagement, on décerna à David le prix alloué au

1. La section des Beaux- Arts de l'Institut se nommait à celte époque « quatrième classe ».

LE MODÈLE DUBOSG l3

meilleur tableau représentant un sujet mémorable pour le caractère national; son beau tableau du Sacre l'emporta ainsi sur les Pestiférés de JaJJa; le jury et la classe de l'Institut adressèrent à Gros des compliments de toute sorte, qui équivalaient à un regret.

En sculpture, la statue de Napoléon, par Chaudet, obtint le prix du sujet héroïque, et celui du sujet puisé dans V histoire de France fut décerné à Lemot pour son fronton de la colonnade du Louvre1. Tout parle de la gloire du nouveau César; après Austerlitz, on élève la colonne Vendôme, douze cents canons pris sur l'ennemi servent à la fonte de ce trophée gigantesque; l'érection en est confiée à l'architecte de l'Ecole de Médecine de Paris, Jacques Gondoin. Au faîte, la statue de Napoléon en empereur romain était l'œuvre de Chaudet.

Le grand tournoi artistique n'empêche pas le Salon de 1810, il se tient au Louvre. Le

1. Il n'est pas sans intérêt de rappeler, pour compléter cet ensemble des prix décennaux, que la Vestale de Spontini et Joseph de Méhul furent couronnés. Bervic eut le prix de gravure en taille-douce, pour l'Enlèvement de Déjanire d'après le Guide. Grétry n'avait rien produit pendant la période ' déterminée pour les prix. Le jury et la quatrième classe de l'Institut lui en exprimèrent respectueusement leurs regrets

lll LE MODÈLE DUBOSC

siècle est jeune et toujours prêt à produire. Les infatigables artistes donnent encore : David, la Distribution des aigles; Girodet, la Révolte du Caire; Guérin, Andromaque et Pyrrhus, Y Amour et Céphale; Gérard, la Bataille d'Austerlitz et une série de portraits royaux et princiers /Gros, la Prise de Madrid, Bonaparte aux Pyramides, et une esquisse de la Bataille de Wagram. La sculpture, au début de sa réforme classique, se complaît dans les plus froides imitations de l'antique; on y voit force portraits officiels traités dans le même style; Bosio en expose une longue série, statues et bustes. Ceux que Houdon continue à envoyer choquent le goût du jour par leur vie et leur sincérité. Clodion reparaît comme un revenant du dernier siècle ; le succès appartient à ceux qui font de l'antique comme on disait alors; c'est ce qui explique la vogue des œuvres de Callamard, de Lemire, etc., cependant privées de toute originalité, et tombées dans un oubli mérité. Ceux qui subissaient cet engouement disaient dédaigneusement en parlant de Prud'hon : « Celui-là n'est pas de l'école de David. » Oui, il n'était pas de l'école nouvelle, et malgré quelques fervents admirateurs, il végéta longtemps

LE MODÈLE DUBOSC l5

pauvre et resta mal apprécié. Mais un charme demeura sur son œuvre où semblent survivre les grâces de l'autre siècle, sous un A^oile de mélancolie. Ce maître plein de séductions devait être rudoyé par l'orgueil des réformateurs, qui arrivaient tout casqués pour d'autres conquêtes; sa tendre personnalité a survécu moins contestée que celle de ses vainqueurs. Comme une fleur cachée, elle a échappé au temps, ce moissonneur qui fauche plus d'un haut épi.

Dubosc connut Prud'hon à la Sorbonne où vivait une colonie d'artistes; le maître aux yeux bleus, d une douceur si affable, que l'on souffrait de voir dans un intérieur malheureux; la femme folle et acariâtre en était partie, laissant les enfants à l'abandon. On sait comment mademoiselle Mayer, l'élève de Prud'hon, cette laide charmante, remplaça la mère de famille, se sacrifiant à refaire le bonheur du foyer désert du maître qu'elle aimait; de quel respect on entourait cette secrète union. La paix et la tendresse avaient donné une nouvelle expansion au talent de Prud'hon ; des œuvres exquises , marquent ces années de délivrance.

L'existence de Dubosc est constamment

l6 LE MODÈLE DUBOSG

variée, chacune des périodes de pose en change le décor. Il a passé bien des heures dans les ateliers de Gros et de Gérard, et s'en fait un titre glorieux. Quelle jeunesse fut celle de ces deux hommes, doués par les fées ! beaux, d'une haute distinction. Gérard, véritable grand seigneur, avait appris la tenue et la culture d'esprit de l'autre siècle ; son atelier, son salon réunissaient l'élite de la société parisienne; des têtes couronnées y venaient familièrement; on surnommait Gérard le roi des peintres et le peintre des rois; il eut quelquefois, dit-on, jusqu'à trois séances de souverains dans la même journée. Dans ces ateliers, lorsque le petit Dubosc remettait ses hardes dans un coin, ou mangeait son morceau de pain pendant les repos, il dut voir passer bien des belles personnes en fourreau de satin trop court pour cacher le pied et la poitrine, et des hauts militaires chamarrés, qui portaient des noms de victoires. Il y avait aussi aperçu le petit Empereur, plus grand que tous, et cette aimable Joséphine, qui, à Gênes, avait enlevé Louis Gros pour en faire le peintre des victoires de Napoléon, qu'il représente d'abord au pont d'Arcole, dans toute l'ardeur de sa jeune gloire.

LE MODÈLE DUBOSG 17

Pour le pauvre modèle d'autrefois, modèle de profession, qui vivait et grandissait dans ces milieux si remplis d'intérêt, un attachement, une admiration, venaient alléger la besogne ingrate; il se sentait partie indispensable de l'œuvre du maître, il était fier de ses succès. Le contact des natures d'artistes, gaies, primesautières, chaleureuses, pour la plupart, avait un attrait extraordinaire pour ces simples, dévoués à leur tâche; tout, jusqu'aux farces des élèves, aidait à oublier la longueur des séances. De plus, ces modèles prenaient peu a peu conscience de la valeur des ouvrages qui s'exécutaient avec leur concours. Dubosc, au temps des expositions, emmenait sa mère le dimanche regarder les tableaux et les statues pour lesquels il avait posé; si le public les vantait, il en prenait sa part d'orgueil.

La croissance n'avait pas altéré la beauté de ses proportions, les artistes se le disputaient, il était toujours retenu à l'avance. Pourtant l'argent ne restait pas au pauvre logis, la mère devenait maladive, et malgré huit années d'efforts et de contrainte pour l'enfant, la misère menaçait! Lorsqu'il rentrait avec le désir de délasser ses membres ou de s'ébattre.

l8 LE MODÈLE DUBOSG

il fallait souvent faire métier de garde-malade, s'occuper du ménage. La pauvre femme se traînait encore et raccommodait les vêtements du garçon, mais peu à peu elle ne fut plus qu'un malheureux être immobilisé par la souffrance. N'importe, elle était là, et accueillait son fils au retour avec un tendre regard, quelquefois un sourire ; il essayait de la distraire par les récits de la journée... Plus tard, c'est toujours à ce temps qu'il pensait, et qu'il eût voulu revenir, malgré sa déchirante tristesse !

L'année 1812 devait combler la mesure des douleurs pour Charles Dubosc; les ressources étaient épuisées, et, sa mère mourait. Elle mourait en proie à cette peine sans mesure : laisser son enfant à l'abandon ! mais aussi, avec la résignation qui accompagne souvent l'excès des maux et l'approche de la délivrance. Elle était morte! et toute une nuit son fils resta inerle à ses côtés. Au matin, on le réveilla de son désespoir; n'était-il pas seul pour s'occuper des horribles détails, faire emporter celle qu'il aimait tant!... Le convoi des indigents la prit. Dubosc porta les derniers quinze francs qui lui restaient, en acompte au tailleur pour

LE MODÈLE DUBOSG ig

avoir des vêtements de deuil à l'enterrement. Un misérable corbillard, un enfant en sanglots, suivi de deux ou trois voisins indifférents — le trou béant où l'on mit le cercueil dans la fosse des misères communes ; le déchirement suprême, lorsque ce fils vit recouvrir le cercueil et qu'on l'empêcha de se jeter pour le reprendre à la terre... et tout fut dit.

Oh ! l'intérieur désert dans l'étroite pauvreté ! Pas un ami ! pas de famille — rentrer dans la solitude froide où rien n'est préparé pour vous recevoir, où personne ne vous attendra plus ! Ne pas toucher un objet qui ne vous parle des privations, des misères de l'être que l'on pleure ! . . . Quand on n'est plus un petit enfant qui se laisse consoler, pas encore un homme en état de lutter et d'être fort ! L'énergie qu'il lui fallut déployer en ces instants pour ne pas s'abandonner, allait rendre Dubosc capable d'endurance inouïe. Il se remit machinalement à la besogne, poussé par les exigences de la vie quotidienne, des dettes à payer... enfin, toutes ses habitudes, tousses souvenirs, le ramenaient dans les ateliers. Il y trouva une 'pitié affectueuse pour son malheur, surtout chez ceux qui l'avaient vu venir tout petit

avec sa mère. Mais, il n'était plus sensible a grand'chose, au moins à la surface. Longtemps sa tristesse fut sauvage; puis la jeunesse pleine de force triompha, comme l'arbuste vigoureux résiste à la gelée d'avril qui a grillé ses fleurs. Une partie de lui-même avait été ensevelie avec sa mère. Son âme resta fermée, son aspect rude, sa gaîté sans joie, un peu cynique; il devint dur à lui-même et aux autres, isolé de ses camarades, bizarre comme nous l'avons connu, et comme il resta jusqu'à la fin, sans avoir épuisé l'amertume de ces heures cruelles. Il n'eut d'autre sauvegarde que cette énergie puisée dans la douleur et la misère.

L'idée de Dieu avait subi les vicissitudes révolutionnaires, pour la multitude; du culte renversé il restait un Etre suprême, sorte de divinité vague, ressemblant au Destin de l'antiquité. C'est cet Etre suprême qui constituait toute la religion de Dubosc; et, quelques figures allégoriques qu'il voyait représentées : la Jeunesse, l'Amour, la Mort, devenues à ses yeux des divinités de second ordre présidant au sort des humains. Ce qui se grava en lui nettement, pour ne plus s'effacer, c'est l'impression que la vie est une bataille, où les plus

humbles supportent désarmés et dans l'ombre, le plus dur du combat...; que pour ne plus être celte chose misérable, exposée à tous les coups, il faut avoir l'arme par excellence : l'argent; qu'avec ce talisman tout est possible, qu'il évite aux jeunes des souffrances sans nombre... Plus tard il ajoutera : et qu'il permet d'en préserver les autres après soi!

Premières œuvres de Géricault. — Débuts d'Horace Yernet, de Heim, Abel de Pujol, Schnetz, Ary Scheffer. — Boilly. — La vieille école française supplantée en sculpture aussi par la réforme de David. — Houdon sacrifié. — Ses souvenirs sur l'école française. — Eloge d'Houdon. — Le romantisme se prépare. — David d'Angers, statue du grand Gondé. ■ — Géricault et Horace Vernet. — Louis David exilé, son autorité s'exerce de Bruxelles. — Géricault et Ingres sont méconnus de cette époque. — Pagnest. — Madame Lebrun.

C'est à la veille de grands désastres pour la France que s'ouvrait au palais du Louvre le Salon de 18 12 ; de nouveaux venus y marquent une période de transformation : Géricault çxpose le portrait équestre de M. Dieudonné, que Ton appelle aussi le Chasseur à cheval : il fait événement; David demande (( d'oii sort

iti LE MODÈLE DUBOSC

cette peinture ». Le portrait équestre de Murât par Gros souflre du voisinage de la première œuvre de ce jeune homme.

Horace Vernet débute avec une abondance, une furia toute juvénile ; Heim expose sa première toile avec succès, Abel dePujol, Schnetz, Ary Scheffer en sont à leur second coup d'essai. C'est une nouvelle aurore qui se lève.

Prud'hon est dans toute la maturité de son talent; Vénus et Adonis trouvent quelques admirateurs délicats, et Lethière représente, avec une force brutale qui n'est pas sans grandeur et sans caractère, Brutus condamnant ses fils à mort; l'homme qui a conçu cette œuvre a traversé, on le sent bien, l'époque assombrie et sanglante de la Révolution.

Le plus abondant, le plus Français de nos peintres de genre : Louis Boilly, continue la suite de ses charmantes compositions, de ses fins portraits, exécutés avec un esprit, une liberté de pinceau, une justesse d'observation, qui n'ont été égalés que par François Heim1.

En sculpture, la supériorité reste au vieux

i. Boilly mérite dans les arts une place beaucoup plus distinguée que celle qu'il y occupe ; par ses œuvres très nombreuses, parfaitement originales, pleines de charme

LE MODÈLE DLBOSG

style, dit style français, en dépit de la mode qui le dédaigne. — Roland, de l'école de Pajou, exécute des morceaux de nu si vivants, qu'on le soupçonne de faire des moulages sur nature; il répond à cette critique par une figure dans des proportions colossales, traitée avec la même habileté. Cette habileté a été acquise chez son maître; Pajou a d'abord employé Roland comme praticien et lui a confié l'exécution des marbres de plusieurs statues.

En 1812, Roland expose son Homère chantant ses poèmes, la meilleure œuvre du Salon, avec le Voltaire 1 assis d'Houdon qui sourit de toute sa malice aux figures raides et rondes

et d'intérêt : intérieurs d'ateliers d'artistes (comme celui d'Isabcy et d'Houdon), scènes de la vie moderne traitées avec autant d'esprit que de naturel; nombreux dessins, et cette suite de 5 ooo portraits, enlevés avec une verve, une vérité de geste et de physionomie, qui nous rend sous leur aspect familier, presque toutes les célébrités du temps. — Ces portraits, d'une touche si légère, étaient souvent terminés en une séance de deux heures ; le Musée de Lille en possède une collection, et la jolie toile du Triomphe de Marat , ce tableau que Boilly composa en avril 1793 et dont il se hâta de commencer l'exécution, pour échapper à la méfiance du Comité de Salut public auquel il avait été dénoncé comme aristocrate.

1 . Pigalle avait eu la singulière idée de faire une statue de Voltaire complètement nue ; elle se trouve dans la bibliothèque de l'Institut.

LE MODÈLE DUBOSG

qui l'entourent, pastiches glacials de l'antique. Malgré ce contraste tout à l'avantage de la vieille école, ses adeptes se voient relégués par la génération nouvelle. Ainsi, cette école, qui eut tant d'éclat, sera sacrifiée, sacrifiés ses derniers représentants, avec une injustice méprisante, rendue bien frappante en s'adressant à l'un des plus vivaces, des meilleurs maîtres de la sculpture française : Houdon. Ni ses bustes merveilleux, ni sa Diane, chefd'œuvre d'élégance fière, ni son spirituel Voltaire assis, ne le défendront contre la passion aveugle de l'école des réformateurs ; il était cependant encore en possession de toute la souplesse de son talent, lorsqu'il fut frappé d'interdit; les nouveaux arbitres de Tart le déclarèrent indigne de se mesurer à ceux qui font de F antique, à peine osera-t-on désormais lui confier des travaux sans importance. Houdon voit toutes ses croyances artistiques reniées, bafouées... C'est plus qu'une douleur, il n'y a ni révolte ni revanche possibles, le poids d'une époque, ses engouements, son ingratitude vont peser sur la renommée du maître ! Aussi, se courbera-t-il peu à peu sous l'arrêt. Ce passé que Ton efface si dédaigneu-

sèment, F aurait-il trompé? Il croit vivre un rêve douloiireux. Dubosc va poser pour les dernières figures d'Houdon ; il voit l'accablement dii maître. Plus tard il s'en souviendra et saura en mesurer l'étendue, lui qui a connu les derniers de l'école française, puis la domination jalouse et triomphante des réformateurs. Le grand sculpteur n'est plus compris que de quelques amis d'un autre temps; avec eux il épanche un peu de sa tristesse et de ses souvenirs; un doute poignant va le hanter, qui, plus que l'âge, amènera le déclin de ses rares facultés.

Et pourtant! à quelle longue et glorieuse suite d'ancêtres ne peut-il pas s'en référer ! successeurs des grands imaigiers du moyen âge, des étonnants décorateurs de la Renaissance, auteurs de mausolées et de palais somptueux... Houdon a besoin de les faire comparaître pour croire encore en lui; et, devant ceux dont il n'a pas à craindre l'ironie, il rappelle les titres de l'école française, depuis le jour où quelquesuns des meilleurs artistes du xvne siècle se réunirent, en i6/j3, pour sauvegarder les principes de l'art en France, et formèrent cette compagnie qui fut d'abord l'académie royale

2(S LE MODELE DTJBOSG

de peinture et de sculpture *, si largement ouverte à tous les talents. « Oui, s'écriait Iloudon, déjà ces maîtres couraient vers l'Italie, eux aussi ils étudiaient l'antiquité avec passion, les maîtres de la Renaissance, dont ils étaient les continuateurs, et, au retour, instruits et fortifiés, ils reprenaient leur pente naturelle, restaient de leur race et produisaient des œuvres originales ; ce ne sont pas ces vaillants créateurs qui eussent pu se plier à copier servilement tel maître ou telle époque I Combien de talents divers sont sortis de l'exemple et de l'enseignement de ces artistes si Français. Des Guillain, de Pierre Sarrazin, décorateur du vieux Louvre, des Anguier, ces grands faiseurs de mausolées, de Franquevilie... sauf Puget, qui se forma en Italie, et ne passa en France par aucune école d'art, tous descendent de ces organisateurs de l'école française et de leurs élèves.

N'est-ce donc plus rien, ces inépuisables décorateurs de palais et d'églises? Rien Girardon, le principal imprésario de la féerie mytho-

i. Cette compagnie reçut ses titres officiels de Golbert en iG48 ; elle donna lieu à l'institution des grands prix de Rome, et, en 1666, l'académie de France à Rome s'ouvrit à l'intention des jeunes lauréats; un palais était consacré à les recevoir, ils y allaient compléter leurs études, pensionnés par le roy.

LE MODÈLE DUBOSG 29

logique de Versailles, Fauteur de ces incomparables décorations de la galerie d'Apollon au Louvre. Piien Co)sevox, qui nous donna les bustes de Lebrun, de Colbert et celui du grand Condé, pour ne parler que de ses portraits . Rien Le Hongre, Van Clève, les Lemoyne, les Marsy . . . et doit-on se détourner de leurs beaux fleuves et nymphes couches, des bassins de Versailles, des Tuileries; de leurs fontaines d'un effet magique, de leurs mausolées d'un si grand caractère? enfin de leurs figures royales, de celles des reines et des favorites, d'une grâce si attrayante?... Et les Coustou. dignes élèves de Coysevox; l'un d'eux, Guillaume, eut la gloire de former Bouchardon, le plus grand de tous ceux de son temps; ose-t-on regarder aujourd'hui sa fontaine de la rue de Grenelle à Paris ? ses admirables groupes d'enfants au bassin de Neptune de Versailles? et ce chef-d'œuvre : l Amour taillant son arc dans la massue d'Hercule ? Qui n'est pas à genoux devant cette figure n'a jamais rien compris à la belle forme simple, vivante, au • goût, au charme même. Il parlait de son maître Pigalle, Fauteur du monument de Maurice de Saxe, de la statue de Louis XV, de celle de

3o LE MODÈLE DUBOSG

madame de Pompadour, la favorite dont il fut le sculpteur préféré, et pour laquelle il décora le château de Bellevue.

Parfois Houdon se taisait, suivant sa vision, puis s'animait de nouveau au rappel des souvenirs : (( Oui, certes, il y avait des tendances à redresser à la fin du règne de Louis XV, les mœurs du temps y avaient entraîné; on chiffonnait les draperies en plis soyeux et flottants, perdant trop souvent la ligne, l'exécution du nu manquait de style... Mais, chaque époque apporte sa correction aux faiblesses de la précédente, sans qu'il soit besoin de tout détruire. Déjà au milieu du dernier siècle on réagissait contre ces tendances fâcheuses; la nature était serrée de plus près, l'antiquité mieux comprise; on le voit clairement dans beaucoup d'œuvres de cette époque. » Et Houdon citait Allégrain; Falconnet, célèbre en Russie pour son monument à Pierre le Grand, en France pour son malicieux Amour; les Dumont bonne lignée de statuaires; Caffiéri, 1 dont les bustes magnifiques ne seront

i. Caiïiéri, prix de Rome et académicien français, élève de Lemoyne, appartenait à une famille de sculpteurs d'origine italienne,

sans doute jamais surpassés ; — qui n'a devant les yeux les têtes vivantes et colorées de Pierre et Thomas Corneille, de de Belloy, Molière, Rotrou au foyer de la Comédie-Française, — de leurs beaux ajustements! modèles que Houdon ne se lassait pas d'admirer et qu'il égala. — Enfin Pajou, qui rendit pour toujours célèbres les attraits de la du Barry, ensorcelé qu'il fut par cette tête mignonne destinée à tomber sous le couteau des égalitaires *.

Aussi Julien, qui méritait mieux que l'oubli, enfin, Clodion, d'une verve si féconde dans la grâce joyeuse. « Roland et moi, concluait Houdon, serons les derniers de cette école célèbre hier encore, tant méprisée aujourd'hui, et je n'en demeure tout entier que pour être mieux enterré avec elle, par messieurs de l'antique imité! ceux qui voudraient n'avoir plus rien de leur pays, de leurs ancêtres... De tels excès sortira certainement un retour, le génie national triomphera de nouveau; déjà il en est de forts qui s'insurgent.

i. On raconte que pendant les séances de ce buste (1773), Pajou s'oubliait volontiers à rouler les cheveux de la favorite; cheveux blond cendré, les plus fins et les plus doux que Ton pût imaginer.

32 LE MODÈLE DUBOSG

Mais je ne verrai pas l'heure réparatrice. »

Les consolations eussent été superflues, Houdon savait que nul ne rendait plus justice à ce qu'il admirait, à ce qu'il produisait; ne voyait-il pas ses collègues de l'académie même contenir à grand'peine devant lui l'expression de leur pitié dédaigneuse pour l'art qu'il représentait? — En effet, Houdon disparut sans que l'on y prît garde, enseveli sous les préjugés d'alors, et, ils étaient restés si vivaces en 1828, lorsque le maître acheva de s'éteindre, que M. Quatremère de Quincy, prononçant l'éloge d'Houdon, pouvait dire, approuvé par ses contemporains, par l'aréopage de Flnstitut : « Son talent était un peu trop arriéré pour entrer en lutte avec de nouveaux émules »... « On se souvint de lui pour le mettre honorablement à la retraite, en lui confiant des ouvrages insignifiants, qui n'exigent du statuaire qu'un bon contour et une masse pittoresque. » Et ses bustes! ses admirables bustes, sont accusés par ce juge solennel d'être a surchargés de détails mesquins ». Ainsi finit cette école qu'une révolution violente renversa. Depuis, quelques maîtres ont cherché par instinct de race, peut-

être par réaction, à renouer la tradition française, mais ils ne représentent que de brillantes individualités ; on n'a plus revu une école aussi fortement constituée que celle qui fut fondée au xvne siècle, et qui garda a l'art français, pendant un siècle et demi, sa physionomie et ses qualités particulières.

Il convient de revenir à l'époque où les malheurs d'Houdon nous ont arrêté, à la fin de l'Empire.

Les événements publics vont absorber tous les esprits; un malaise plein d'anxiété fait place à l'ivresse de tant de gloire ; ces hécatombes humaines ont pris le meilleur du sang français; des jeunes hommes, presque des enfants, vont remplacer ceux qui tombent sur les champs de bataille partout fumants. La plainte des mères monte comme une nuée sombre, obscurcissant l'étoile du grand Empereur. Le vertige des combats n'amènera-t-il pas un cataclysme? Après la guerre d'Espagne, celle de Russie...

On attend avec inquiétude les bulletins de l'armée jadis accueillis par des chants de triomphe. Quelque chose plane dans l'air qui ralentit tout ce qui n'est pas pour le service

3/| LE MODÈLE DUBOSG

de la guerre et le prestige napoléonien. Les artistes en subissent le contre-coup. De i8i3 à 1817, une seule exposition a lieu; elle abonde en commandes de portraits et tableaux officiels ; peintres et sculpteurs en renom en sont obsédés ; on ne voit que Marie -Louise, roi de Rome, Empereur lauré, personnages de la famille Bonaparte. Les œuvres d'imagination semblent, par une sorte de fatalité, affecter un caractère douloureux ou dramatique. Au Salon de 181/i paraissent: Phèdre, Andromaque, de Guérin; Britannicus, d'Abel de Pujol; Oreste poursuivi par les Furies, d'Hennequin ; les Funérailles d'Atala, de Girodet; sa Scène du Déluge est exposée pour la seconde fois, ainsi que la Vengeance poursuivant le Crime, de Pnid'hon; toutefois les menaces du présent n'empêchent pas ce dernier maître de poursuivre son rêve de grâce amoureuse, avec Psyché enlevée par les Zéphires et Zéphire se balançant. Pie VII tenant chapelle, par Ingres, passait inaperçu. Celui qui traduit les tristesses du moment, c'est Géricault, avec son Cuirassier blessé quittant le feu. Houdon expose pour la dernière fois 1 .

Page 1