CHAPITRE IX
J'ai à peine connu mon père, et jamais aucun père n'a été plus présent pour son fils que le mien ne l'a été pour moi. Dans mon enfance, mes grands-parents, dont il avait été l'orgueil et la joie, m'entretenaient sans cesse de ses succès éclatants et de ses qualités charmantes; on me mettait au courant de ses habitudes, de ses goûts, de son caractère; il était mêlé à toutes nos conversations; je le savais par cœur comme ses ouvrages.
A mon entrée dans la vie, je le trouvai à chaque pas comme un invisible ami. Il m'a tendu la main partout. Son nom fut mon premier protecteur. C'est son nom qui m'at-
tira l'intérêt de Casimir Delavigne, c'est soû nom qui me valut l'amitié de M. Lemercier, c'est son nom à qui je dus les sympathies de l'Académie. Dans le monde, à peine son nom prononcé, les regards se tournaient vers moi avecbienveillance.Jepouvais»grâceàlui,m'appliquer ce vers charmant d'André Chénier :
La bienvenue au jour me rit dans tous les veux.
Aussi, à peine mon prix obtenu, le premier sujet de poésie qui s'offrit à moi, ce fut lui; le premier morceau que je publiai, ce fut des vers sur lui. Voici cette pièce; je la transcris ici, telle qu'elle parât, d'abord parce qu'elle fui accueillie avec une faveur marquée; puis surtout parce qu'elle fera comprendre, mieux qu'aucune parole, l'étrange et cruelle épreuve à laquelle fut soumis mon culte pour cette chère mémoire; comment cette épreuve me jeta dans la plus douloureuse angoisse ; comment je ne sortis de cette angoisse que par un violent effort d'esprit; comment enlin, sous le coup de cet effort, j'entrai dans une phase décisive de mon développement intellectuel.
Je n'avais pas cinq ans lorsque je le perdis : On m'habilla de noir.... La mère de ma mère Me couvrit en pleurant de ces sombres habits , Et, sans l'interroger, moi je la laissai faire, Tout heureux d'étaler de nouveaux vêtements, Et mon corps seul porta le deuil sacré d'un père.... Je n'avais pas cinq ans.
Mais parfois au milieu des plaisirs de mon âge, Je demandais : Où donc est mon père? en quel lieu? Et l'on me répondait : Votre père?... Il voyage; Ou bien encor : Ton père est avec le bon Dieu ; Et, satisfait alors, sans vouloir davantage, Je retournais au jeu.
Une nuit, cependant, dans un rêve prospère, Un homme jeune, avec un sourire d'ami, Se pencha tendrement sur mon front endormi, M'embrassa, prit ma main, et dit : Je suis ton père. Nous causâmes longtemps, et lorsque le matin M'éveilla de ce songe et si triste et si tendre, J'étais trempé de pleurs... Je venais de comprendre L'affreux nom d'orphelin I
Orphelin ! qu'un seul mot peut cacher de tristesse î Ah ! lorsque j'aperçois, en parcourant Paris, [gris, Deux hommes, dont l'un jeune et l'autre en cheveux L'un sur l'autre appuyés, souriant d'allégresse, Et se parlant tous deux de cet air de tendresse Qui dit à tous les yeux : C'est un père et son fils.... Des pleurs viennent troubler ma paupière obscurcie ; Je les suis, les regarde... et je connais l'envie l
0 fleur de l'âme, amour, tu brillas dans mon sein, Tu parfumas le ciel de mes jeunes années, Et je sais ce que c'est que vivre des journées
Avec un serrement de main !
Je connais l'amitié, je connais tous les charmes De répandre son cœur dans un doux entretien. Et nul entre ses bras, avec plus douces larmes,
Ne presse un ami qui revient !
J'eus, quand j'étais enfant, ma bonne vieille aïeule, Dont le cœur, pour m'aimer, n'avait que dix-huit ans, Et qui ne souriait qu'à ma tendresse seule
Quand je baisais ses cheveux blancs.
J'ai des parents bien chers, une sœur bien-aimée; Mon enfance a trouvé des amis protecteurs Qui m'ont toujours ôté l'épine envenimée
Pour ne me laisser que les fleurs.
Mais ni l'attachement, ni la reconnaissance, Ni l'amour pur et vrai, ce grand consolateur, Ni l'amitié, n'ont pu combler ce vide immense :
Il reste une place en mon cœur !
Et jamais sur ma vie, heureuse ou malheureuse,
Le deuil ne s'étendit, le bonheur ne brilla, Sans qu'une sourde voix, plaintive et douloureuse, Me dît : Ton père n'est pas là 1
Mon Dieu ! je l'aurais tant aimé, mon pauvre père ! Je sens si bien aux pleurs qui tombent de mes yeux Que c'était mon destin, et que, sur cette terre,
Son fils l'eût rendu bien heureux !
Je sens si bien, hélas ! quand son âme évoquée Vient juger chaque soir de tout ce que je fis, Qu'il eût été mon Dieu, que ma vie est manquée ;
Que j'étais né pour être filsl
Et pas un souvenir de lui qui me console I
Je me souviens pourtant de plus loin que cinq ans,
Et pour plus d'un objet ridicule ou frivole
J'ai mille souvenirs présents :
Je me rappelle bien mon jouet éphémère. Le berceau de ma sœur, les meubles de salin, Et le grand rideau jaune et le lit de ma mère
Où je m.ontais chaque matin.
Je me rappelle bien qu'après notre prière, Ma mère me disait : Ya3 embrasser ton père;
Que j'y courais, tout faible encor; Qu'alors il me pressait vingt fois sur sa poitrine, Et m'ouvrait, en riant de ma joie enfantine,
Un livre qui me semblait d'or.
Je me rappelle aussi sa voix grave et sonore. . . [plore, Mais son front, mais ses yeux, mais ses traits que j'im- Mais lui!... lui, mon rêve éternel ;
Rien... toujours rien !... Le ciel m'a ravi son image ! Ah ! n'était-ce donc pas aussi mon héritage Que le souvenir paternel?
C'est peu d'un te! regret. . . Ceux que je vois, que j'aime, Parlent toujours de lui ; l'indifférent lui-même
S'attendrit en le dépeignant :
Dans leurs cœurs trop heureux son souvenir abonde, Tout le monde l'a vu, le connaît... tout le monde, Ilélas ! excepté son enfant.
Aussi de quelle ardeur j'interroge et j'appelle Les témoins de sa vie... ou même de sa mort! Comme j'écoute, accueille, embrasse avec transport Un mot qui me le peint, un trait qui le révèle, Et comme avec délice en mon âme fidèle J'enfouis mon trésor !
Puis lorsqu' enfin mon âme est pleine jusqu'au bord,
Que je la sens gonflée et riche' de ces quêtes
Qui me semblent à moi comme autant de conquêtes
Que je fais sur la mort.
Je vole au monument qui me garde ses restes ! L'œil morne, le front nu, j'arrive aux lieux funestes, J'ouvre la grille noire et sur le banc grossier, À droite de la tombe, en face du rosier,
Triste, je m'assieds en silence !
Là, je rêve, j'écris, je médite, je pense!
L'esprit plein de ses vers touchants, Là, je redis tout bas, à côté de sa cendre. Les douloureux accords oh Fon cœur triste et tendre
Se répandit en plus doux chants.
244 SOIXANTE A^S DE SGCYENIRS
Mais bientôt le soir vient et m'arrache à mon rêve; Mon fantôme si doux s'envole... je me lève, Je pars comme on part pour l'exil; Puis, après quelques pas, un moment je m'arrête, Regarde encor sa tombe et lui dis de la tête : Adieu, père.... Hélas! m'entend-il?
Ces vers, quand je les relis, me paraissent empreints d'un caractère réel de tendresse, de regret, de respect. Je les sens vrais. Qu'on juge donc quelle fut ma douleur quand je vis cette chère mémoire attaquée, niée, raillée ! Nous étions en 1831, au plus fort de la grande bataille romantique. La littérature de l'Empire, les littérateurs de l'Empire étaient l'objet d'une sorte de fureur. On ne parlait d'eux qu'avec une explosion de mépris. Or, cette littérature de l'Empire, c'était celle de mon père. Sa gloire à lui était liée à sa gloire à elle. L'attaquer, elle, c'était l'attaquer, lui. Tous les sarcasmes qui tombaient sur ses confrères d'alors retombaient sur lui. Là où l'on écrivait avec colère Jouy^ Arnault^ Lemercier^ je lisais, moi, Legoiwé. Je le lisais, et parfois le nom y était. La mort ne l'avait pas rayé des combattants, ni
soustrait aux attaques : viser ses œuvres, n'était-ce pas viser sa mémoire? Je tombai dans un chagrin profond. Je n'ouvrais pas un journal sans inquiétude. Je me rappelle qu'un jour on annonça une représentation de la Mort cFAbel, au bénéfice d'un acteur nommé Eric Bernard; j'y courus. Le premier acte fut écouté avec une grande faveur ; j'avais le cœur plein de joie. Tout à coup, au baisser du rideau, part un coup de sifflet : je sortis tout éperdu de la loge, et, arrivé dans la rue, j'allai me cacher dans une petite et sombre allée de maison où j'éclatai en sanglots. Mes sanglots avaient tort. Ce coup de sifflet partait d'un machiniste et ne signifiait qu'un changement de décor. Mais à défaut de ces marques violentes de réprobation, les critiques souvent amères ne manquaient pas. La célèbre préface de Cromwell contenait une allusion moqueuse à la Mort de Henri IV, tragédie de mon père, et Sainte-Beuve avait consacré à une édition complète de ses œuvres, un article où rindulgence ressemblait au dédain. Ce qui ajoutait à mon état d'angoisse,
c'est que toutes mes sympathies de jeune homme allaient à Técole nouvelle. Ses audaces me charmaient, ses aspirations étaient les miennes. Encore au collège, dans ma petite chambre d'écolier, je réunissais quelques passionnés de poésie comme moi, et nous lisions avec enthousiasme le Chant de fête de Néron, Moys^e sauvé des eaux^ le Crucifix, le Lac. Je traduisais, en dehors de mes études, jRom^o et Juliette, MacbethyLara, le Corsaire, le quatrième chant de Childe Harold, Le jour où nous apprîmes la mort de lord Byron à Missolonghi, fut pour nous un jour de deuil ; nous aurions volontiers mis un crêpe à notre casquette.
Plus tard, à la répétition générale à'Hernani, j'étais un des soixante favorisés qui pénétrèrent, armés du célèbre fîrman signé YeîTO, et je sortis du théâtre si ému, que, rentré chez moi, quatre-vingts vers tout frémissants d'enthousiasme jaillirent, d'un trait, de ma plume, je n'eus presque que le temps de les écrire. Mais, en même temps, par une contradiction douloureuse, tout protestait en moi contre cette admiration;
d'abord, j'y Yoyaîs une sorte d'impiété filiale; puis, le programme de l'école nouvelle me révoltait souvent comme inique et comme absurde. Son dédain pour Racine me semblait un blasphème! Toucher à la gloire de Corneille, de Bossuet, de La Fontaine, était pour moi un crime de lèse-génie. Ajoutez enfin que j'étais entretenu dans ces sentiments d'indignation par les anciens amis de mon père, qui étaient devenus les miens. J'assistai à la première représentation d'Hernani dans la loge de M. Lemercier, de M. Lemercier en qui j'admirais un homme supérieur, et qui, pendant tout le cours de Touvrage, répétait sans cesse : « C'est absurde ! Cela n'a pas le sens commun. Il H y a longtemps que je n'ai entendu une aussi " mauvaise pièce ! » Qu'on imagine quelle tempête d'idées et de sentiments devait soulever dans une cervelle de vingt -deux ans K|: un tel choc d'opinions contraires. J'étais, à la ^^ lettre, déchiré, bouleversé, éperdu; je me faisais l'effet de Sabine dans Horace^ partagée
t entre deux patries, entre deux armées : « J'ai mes frères dans Tune et mon mari dans l'autre. » [
Enfin, sous Tempire de ce trouble étrange, j'en arrivai à un sentiment plus cruel encore, au doute! Oui! j'en vins à douter non seulement de la réputation de mon père, mais de son talent! Pour le coup, l'angoisse était trop forte, la situation trop intolérable. Je résolus d'en sortir à tout prix! et je me posai nettement ce problème redoutable : — « Qui « a raison? Est-ce l'époque de mon père « qui l'a acclamé, ou la nôtre qui le rejette c< dans l'ombre? Sa réputation n'a-t-elle été ce qu'une affaire de mode, une erreur de goût <x fondée uniquement sur un engouement « justement passager, ou repose-t-elle sur ce des qualités sérieuses et durables? » Il n'y avait qu'un moyen de répondre à cette question, je l'adoptai résolument. Je pris les quatre principaux ouvrages de mon père et je les relus attentivement, lentement, froidement, comme j'aurais lu les ouvrages d'un autre. Je les relus à la clarté des idées nouvelles, mais aussi avec le souvenir des idées anciennes, tâchant défaire dans chaque école la part du vrai et la part du faux» cherchant dans ce contrôle simultané de toutes
mes admirations, un principe supérieur qui me permît de les juger toutes, et de démêlei dans une œuvre d'art la partie éphémère et la partie durable. Une telle étude était bien forte pour un jeune homme, mais j'étais soutenu par une passion profonde, et je sortis de cette épreuve, rassuré comme fils, éclairé comme artiste, convaincu enfin qu'il y avait dans ces quatre ouvrages de mon père des parties assez fortes pour qu'il eût été digne d'être admiré, et qu'il fût digne d'être lu.
Je commençai par le Mérite des femmes.
L'un des traits distinctifs des ouvrages vraiment supérieurs, c'est d'être tout à la fois de leur époque et en avance sur leur époque ; d'exprimer tout haut ce que tout le monde sent tout bas confusément, de dire ce que tout le monde a besoin d'entendre et ce que personne ne dit. Or. d'où vint l'immense
succès du Mérite des femmes? De ce que ce petit poème fut comme Técho de la conscience publique. On sortait de la Révolution et de la Terreur. Les femmes y étaient apparues sublimes de dévouement, de courage, de vertus. L'âme de tous était comme tourmentée d'un vague besoin de reconnaissance, d'admiration pour ces héroïnes et ces martyres, et quand tout à coup on vit un jeune homme, rompant à la fois avec les vieilles épigrammes et les vieux madrigauer renier également Boileau et Dorât, substitux,* aux faveurs du dix-huitième siècle et aux satires du dix-septième, l'éloge sérieux des mérites et des devoirs de la femme, peindre en elle t épouse, la fille, la sœur, la mère, une immense acclamation répondit au cri du poète. L'impression fut si vive qu'elle dure encore. Oui, en dépit de quelques élégances de style un peu démodées, il reste plus qu'un simple nom, de ce poème. Aujourd'hui encore il s'en refait sans cesse quelque édition nouvelle; aujourd'hui encore, dans la bourgeoisie, le fiancé, parmi les cadeaux offerts à sa fiancée, dépose souvent au fond
de la corbeille de mariage un exemplaire du Mérite des femmes. On peut dire enfin que ces questions qui nous agitent si fortement aujourd'hui, l'éducation des femmes, l'amélioration du sort des femmes, les revendications des droits légitimes des femmes, ont eu pour premier point de départ le Mérite des femmes. Nous tous, défenseurs de cette cause, nous n'avons fait que réclamer légalement ce qu'il avait proclamé poétiquement, nous avons demandé en prose ce qu'il avait chanté en vers, et pour moi, rien ne m'a plus soutenu dans mon difficile travail sur YHistoire morale des femmes, que de m'y sentir le fils et l'héritier de mon père.
Ses titres littéraires se bornent-ils à ce poème? Non. Trois de ses tragédies ont le mérite qui désigne les œuvres dignes de succès, la nouveauté. La première est la Mort d'Ahel; elle fut représentée en mars 1792. Cette date seule en dit la valeur. Peindre le premier meurtre à la veille de la Terreur l Faire couler aux yeux de la foule, toute frémissante déjà du sourd grondement des massacres futurs, la première goutte de sang
humain qui soit tombée sur notre pauvre terre! Montrer, dans la première fraternité, le prélude de cette atroce maxime : Sois mon frère ou je te tue! Il y avait dans ce rapprochement quelque chose de si tragique, que tous les cœurs en furent saisis.
L'exécution répondit à la conception. Le personnage de Caïn compte parmi les rôles les plus pathétiques du théâtre. Son entrée est admirable.
Il arrivait seul, au commencement du second acte, avec une bêche à la main. Cette bêche donna lieu, cinquante-trois ans plus tard, à un fait assez curieux. Je fis jouer, en 1845, au Théâtre-Français, un drame en cinq actes et en vers intitulé Guerrero. Or, mon héros arrivait aussi seul, avec une bêche à la main, au commencement du troisième acte. A une répétition, M. Beauvallet, chargé du rôle de Guerrero, demanda une bêche à rhomme des accessoires. « Nous n'en avons pas au théâtre, répondit d'abord celui-ci; puis, se reprenant : « Mais si ! je crois qu'il y en a une », et il monta au magasin, d'où il redescendit avec un outil si lourd, si
massif, si grossier, que Beauvallet dit de sa voix tonnante ; « Qu'est-ce que ce diable d'instrument-là? — Monsieur, c'est la bêche de la Mort d'Abel. — Oh bien ! dit Beauvallet en riant, nous avons dégénéré ! Je ne suis pas de force à manier ce manche-là! Nos prédécesseurs auront voulu faire de la couleur locale. C'est une bêche du temps de Caïn, faites-m'en fabriquer une plus moderne. » C'est ainsi que les magasins du Théâtre-Français contiennent, en tout et pour tout, deux bêches, et que l'une a servi pour mon père, et l'autre pour moi.
Revenons à Caïn.
CAÏN (seul)
Travailler et haïr, voilà donc mon partage I Courbé dès le matin sur ce pénible ouvrage, De mes seules sueurs dont il est inondé, Ce stérile sillon semble être fécondé !
Je viens de le revoir, cet exécrable frère,
Dont on vante toujours les vertus et le cœur :
Quel air efféminé que Ton nomme douceur !
Quel ton plein de mollesse où l'on trouve des charmes !
Il ne sait que chanter et répandre des larmes.
Qu'avec dédain par lui je me suis vu prié !
Qu'il me paraissait faible !... Il me faisait pitié.
fl est heureux pourtant, et rien ne le chagrine. L'amour de sa famille et la faveur divine, Sa faiblesse elle-même et ses goûts nonchalants. Tout conspire au bonheur de ses jours indolents I Et moi, mortel crée dans un jour de colère, liai de Dieu, haï de ma famille entière, Malheureux de l'amour à mon frère accordé, Toujours de noirs pensers et d'ennuis obsédé, Regrettant le néant, maudissant ma naissance, Fatigué du fardeau de ma triste existence, N'obtenant qu'avec peine un sommeil douloureux, Et Tachetant encor par des songes affreux. Enfin, réduit sans cesse à ce malheur extrême D'abhorrer la nature, et les miens, et moi-même, Mes jours, mes sombres jours, à gémir occupés, M'apportent des enfers les maux anticipés ! Voilà, trop faible Adam, ton ouvrage funeste ! Si tu n'avais trahi la volonté céleste, Tous tes enfants vivraient sous un ciel enchanté. Dans la paix, l'innocence, et la félicité. Je n'aurais pas du moins à plaindre ma misère... Mais je crois que toujours j'abhorrerais mon frère!
La scène du second acte avec son père a un caractère de grandeur presque épique. Adam reprochée Caïn sa haine pour Abel :
Eh ! pourquoi le hais-tu, Lui de qui la douceur égale la vertu ?