‹ Soixante ans du théâtre-françaisChapitre 12 sur 39 · JULIE · texte numérisé non relu

JULIE

C'est un faible secours , et je dois observer

BERNADILLE.

Quoi ! je serai pendu!

Pour voir et entendre Dugazon dans cette scène on affluait de toutes parts de la ville au théâtre , c'est à dire que tout Paris voulait voir comment un homme pouvait être si complètement pendu, et cependant parler encore. Cette peur d'abord, cette terreur ensuite, et enfin cette prise de possession de la mort, c'était effrayant, et tout le public anéanti par et pour Bernadille, répétait avec lui :

Le frisson de la mort m'a déj.'i saisi l'âme.

Dugazon a emporté ce rôle dans la tombe, et, avec lui, son Bernadille mourut réellement et pour toujours.

Quelles ressources dans ce talent, passant de ce profond sacrifice d'une vie à laquelle il se soudait pour ainsi dire , passant aux Originaux, à M. Petitpas, à M. L'Élu, à M. de Brétenville , et à cet autre original M. Fougères î

N'est-ce pas dans ces transformations qu'éclatent la force de l'esprit, la flexibilité du talent, et la souplesse des conceptions et des moyens d'exécution?

Les amis de cet art peuvent donc tenir pour certain que si la simplicité , la naïveté et la pureté, charmes distinctifs de Préville, manquèrent à Dugazon pour atteindre à la hauteur de ce modèle, personne du moins n'en approcha si près.

La femme qui , à l'Opéra-Comique, porta le nom de Dugazon , eut , à d'autres titres, un très grand succès. J'en dirai quelque chose.

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