‹ Soixante ans du théâtre-françaisChapitre 18 sur 39 · ARMAND · texte numérisé non relu

ARMAND

C'est sous les auspices des premiers sujets dont je viens de parler, et à leur exemple, qu' Armand se forma pour l'emploi des

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jeunes premiers. C'était un joli homme, d'une mise élégante, disant bien la comédie , et s'associant avec convenance et avec grâce à des talens qui l'eussent écrasé de leur supériorité s'il n'eût pas eu une valeur personnelle.

De la jeunesse dans ses manières qu'il conserva jusques à sa retraite , de la candeur, et, quand il le fallait , si ce n'était de l'âme, au moins de la chaleur d'action, turent les qualités qui le soutinrent pendant une assez longue carrière. Armand , dans tous ses rôles , était agréable au public. Il jouait les amoureux, persuadait qu'il aimait en effet, et qu'il eût été singulier que l'objet de sa passion ne la partageât pas. Ce fut certainement un grand honneur pour lui , d'être acteur nécessaire et à sa place dans un cadre d'artistes où la médiocrité n'aurait pu trouver grâce.

FiRMIN.

FiUMiN qui, du théâtre de l'Odéou, viui, vers les dernières années d'Armand, pour le seconder, était plus vif, plus chaud, plus vigoureux : il était bien comme cela pour la nouvelle école; il lui eût manqué bien des choses pour la précédente. Pour celle-ci, les avantages extérieurs, certain air de distinction , acquis par l'éducation et l'usage du monde poli , ne pouvaient faire faute au jeune homme qui se produisait dans cet emploi. Les mœurs et manières des hautes classes avaient pénétré dans celles intermédiaires , et l'élégance était le type avoué de la nation française avant que la révolution de 1789 eût fait de nous des Romains au temps de leur république. Firmin n^avait pas tout cela : sa petite tail^ , sa brusquerie , ses mouvemens impétueux; sa personne et toutes ses manières révélaient

une nature forte, mais rude; une intelligence prompte , mais sans les finesses de l'esprit et les délicatesses du goût. Je conviens que ces nuances , qui du bien font le mieux , échappaient au public comme elles manquaient à Firmin ; les temps étaient changés : aussi était-il généralement goûté et applaudi.

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