‹ Soixante ans du théâtre-françaisChapitre 7 sur 39 · DUPONT · texte numérisé non relu

DUPONT

Il m'est resté peu de souvenirs de l'emploi des jeunes premiers.

11 y a quelque quarante-cinq ans, l'acteur que le public de Paris aimait dans cet emploi, était le jeune Dupont. C'était bien l'Abel, frère du Gain que je viens de décrire. L'opposition des caractères était comme

exprimée par la dififérence des formes. Dupont était blond, mince, d'une faible santé. Son organe , sa Ggure , toute sa personne se recommandaient à l'intérêt par ce je ne sais quoi de souffrant, de triste, de douloureux qui remuait le spectateur et le portait à désirer qu'il obtînt des succès. On voyait que l'on mettrait le comble à sa mélancolie si l'on ne trouvait pas l'occasion de lui donner courage et appui en l'applaudissant. Ces occasions étaient heureusement fréquentes. Ses qualités étaient la candeur, la sensibilité, la vérité ; il avait dans sa faible voix un accent suffisant pour bien communiquer au public les émotions qui faisaient trembler ce corps frêle qu'elles agitaient outre mesure. Dupont saisissait bien les caractères, et pliait ses petits moyens aux sensations avec l'intelligence qui distingue presque toujours ces existences maladives.

Parmi ses bons rôles, je rappellerai Abel, Nérestan , Nemours , Xipharès et autres ,

dans lesquels , au répertoire de cette époque , étaient en action les passions généreuses, les sentimens vertueux et la tendresse.

L'âme usa l'enveloppe en peu d'années , et on eut plus de regret que de surprise quand on apprit que sa carrière théâtrale était terminée. Je crois qu'il se retira par raison, et prit un emploi par convenance. Si je ne me trompe , mademoiselle Dupont, si remarquable aux Français dans les soubrettes bon bec de Molière , est la fille de notre bon et honnête Dupont.

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