‹ Soixante ans du Théâtre-FrançaiseChapitre 10 sur 33 · DAMAS · texte numérisé non relu

DAMAS

Damas, à son tour, a rempli cet emploi. Ses moyens avaient été remarqués à un théâtre secondaire; il ouvrit là sa route pour la rue de Richelieu.

C'était un comédien bien intelligent, bien laborieux , Damas I

Il s'emparait de la scène , puis il l'échauf-

fait , partie imr son activité , partie par son talent.

Parce qu'il avait le don de la pénétration « il courait le risque d*en rencontrer l'abus ; c'est, selon moi, ce qui luj arriva.

Damas me parut avoir plus de zèle que de goût; embrasser, en étudiant un rôle, plus qu'un acteur sage ne doit étreindre^ Je veux dire qu'à l'eiemple de Baptiste aine, il creusait, creusait et s'évertuait à trouver, dans le rôle, beaucoup plus d'intentions que l'auteur n'en avait placées. Cette prétention de jeter de la lumière sur toutes choses , anéantit l'effet de la peinture : on ne comprend pas, dans les arts , un tableau sans ombres, un mouvement sans repos.

L'attention du spectateur est assaillie par une affluence didées que l'acteur veut rendre toutes saillantes. Il y a nécessairement dans tout cela tant de pierres fausses , que le chatoiement imposteur en est fatigant; les véritables beautés sont compromises en mauvaise compagnie; et l'acteur qui, à la

recherche des effets , en veut prodai plus qu'il nenloit » en produit moins qu'i lut.

C'est là ce qu'était pour moi Dan .

La partie mimique de son jeu nï ^{^^pa^ assez ménagée ; parfois il grimaçai ( ^ou^* jours il enfonçait sa tète dans ses ép^^^ « et il faut ajouter que , sans respec t p^ 1^ vers ^ il chevrottait sur les mon* o$ypbes ; répétait deux , trois^ et jusqu'à ( quaf^ fois un ont, un non , un ahl un et^ f 'aissMt ainsi deux pieds d'un demi-pied. Mol^â sedonnatt quelquefois cette licence ; mai's licence de roi , au tenq)s de Mole y ne tonubait pas dans le public^

Eh bien , tout ce que je viens de rappeler aux personnes qui ont vu Dama», ne nuira pas à l'opinion qu'elles ont eue , et à bien des égards avec raison, que c'était un chaud et vigoureux acteur; qu'il était plein d'habileté dans les Philinte, d'aplomb et de ressources dans les personnages composés , d'élan dans certains autres caractères.

Après cela, pour le public comme pour

— Gi —

ses camarades , c'était Thomme utile par excellence, Tintelligence dramatique propre à tout et toujours prête.

Je parlerai plus tard d'Armand , de Michelot et de Firmin.

Je dois dire quels étaient , sous la livrée, les sujets les plus remarquables que les acteurs que J'ai nommés, et ceux que je nommerai plus tard, ont eu à leur service ^ je veux dire les notabilités dans l'emploi des valets. J'ai peine à désigner ainsi des hommes tels que Dazincourt et Diigazon.

DAZINQOURT.

Dazinçourt, d'une figure fine et distinguée , avait h tenue , le ton , les manières d'un ho|nme comme il faut. Aussi n'était-il vraiment à sa place que dans les intendans de grande maison. On s'expliquait toutde suite comment il arrivait qu'un grand seigneur

loi donnait sa conQance, en faisait son con* fident et presque son ami. Dazincourt avait trop d*esprit pour ne pas augmenter de respect pour ses^ mattres quand ils ajoutaient à leur bienveillance pour lui. Le spectateur voyait que sa reconnaissance s'exprimait délicatement par son obéissance , et que celle-ci était moins un devoir qu*un besoin du cœur pour ce serviteur discret , intelligent et estimable. Quand Dazincourt était un messager d'amour, il aboirdait les dames avec une politesse parfaite ; pour les jeunes demoiselles , il était rempli de ménagemens et de Secours légers pour leur innocence ; pour les duchesses , marquises ou comtesses , il était là , le chapeau bien bas, attendant leurs ordres; mais pour les coquettes, ses révérences avaient un autre caractère ; la distance était moins grande, ses yeux plus malins, sa figuré plus significative , et il faisait juger, par ses petites minauderies, que , s'agissant d'une intrigue et non d'un sentiment, il lui

ftllail de mettre plus de liberté dans son action.

C'était,, dans les r6Ies fins> un nuUaiê de bonne compagnie qui complétait « par le jeu de la physionomie ^ le sens de ses paroles ; aussi ne le perdaiJt-H>n pas de vue pendant tout le rMe : on n'était pas en scène avec lui quand on se bornait à l'écouter.

Dans le Pasquin do^ Dissipateur, Dazincourt fut on comédien admirable de tous points. le ne peux pas le suivre d'un bout à l'autre dans cette comédie en cinq actes de Destouches ; mais mon Ame s'émeut au souvenir de la dix-oeuvième scène du cinquième acte ::

GLÉON, rainé.

Va-t<«a troiyier J ulie l^ç ma iiart

PASQUIN

Qui , MoDsleur.

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