‹ Soixante ans du Théâtre-FrançaiseChapitre 11 sur 33 · CLÉON · texte numérisé non relu

CLÉON

Dis-lui que je la prie De payer lous mes gens et ûe les reniroyer.

PASQUIN

L'affiili'e est faite , on Yient de les congtîdicr.

( il sanglote. )

GLÈON.

Et toi?

PASQLIN.

Je ne sais pas ce que Ton me destine...

Mais, qa'on me chasse ou non, mon pauvre cœu

s*oI)stlne

A ne pas tous quitter ,.et, jusques à la mort,

Je suis l^ien résolu de suirre votre sort.

CLÈON.

Que feraift-tu de moi ?.,.«• Je suis un njisérable.

PASQUIN

Le peu que je possède.....

GLiON.

Ahl ce trait là. m*accablc.

Dazincourt , en cette situation , était dans un accablement que l'on ne peut pas rendre : il était pâle «. tremblant , trébuchant sur ses pauvres jambes ; ses yeux étaient attachés à la terre ; pour quoi que ce soit il ne les eût levés vers ce maître , pour lui victime augmle de sa dissipation ; il traînait chacun des vers qu^il trempait de ses larmes

jusques aux pieds de Gléon, espérant de rattendrir assez pour lui faire accepter son dévouement; et, parvenu enfln à ces mots :

« le peu que je possède , » il était prosterné jusqu'à terre, et tout son être, âme et corps , demandait grâce pour Tétonn^nte liberté qu'il venait de se permettre. C'était un moment déchirant, et le mouchoir blanc, expression de douleur, était dans toutes les mains.

La scène française, en perdant Dazincourt, a vu disparaître ce genre de talent. Personne depuis n'en a rappelé le goût et le charme.

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