Soldats ambassadeurs sous le Directoire, an IV-an VIII
Pendant la courte période du Directoire — novembre 1795 à novembre 1799,^^^ sept officiers généraux, presque tous de grande notoriété, — Pérignon, Truguet, Aubert-Dubayet, Clarke, Ganclaux, Lacombe Saint-Michel, Bernadette, — ont occupé des postes diplomatiques à l'étranger.
J'ai cherché, dans les études qui suivent, à raconter comment tous ces soldats , improvisés diplomates, ont rempli leurs délicates fonctions. Mon but n'est pas de présenter ici, Une fois de plus, le tableau de la politique étrangère menée pendant quatre ans par les ministres des Relations extérieures, Delacroix, Talleyrand et Reinhard. Par certains côtés cependant, le travail entrepris touche à l'histoire générale de cette époque troublée. En effet, pour faire comprendre lerôle joué par les généraux ambassadeurs à?
n SOLDATS AMBASSADEURS
Madrid, à Constantinople, en Italie, à Vienne et à Naples, pendant la durée de leurs missions, il a fallu, forcément^ rappeler dans quelles conditions ces missions leur furent confiées. Quelques vues d'ensemble ont donc été nécessaires, et le caractère même de ce livre — que j'avais d'abord voulu faire uniquement biographique — s'est trouvé singulièrement modifié et s'est étendu.
-Pour suivre à travers l'Europe les envoyés du Directoire, j'ai pu, heureusement, ne pas me borner à un consciencieux dépouillement de dépêches et d'instructions officielles. A l'aide de témoignages contemporains et de nombreuses correspondances particuHères, en partie inédites, j'ai spécialement cherché à reconstituer les milieux, à noter les impressions ressenties, à pénétrer un peu l'âme de ces glorieux soldats de fortune, appelés, sans préparation, à représenter la jeune RépubHque auprès des vieilles Monarchies.
- Certes, en arrivant dans les capitales royales, les généraux ambassadeurs durent être étrangement surpris. Presque tous avalent vécu, depuis plusieurs années, aux armées de la Convention ou dans les centres révolutionnaires de Paris. Tous avaient très nettement adopté les principes
AVERTISSEMENT m
républicains et juré « haine aux Tyrans ». Us se croyaient destinés non seulement à jouer un rôle diplomatique, mais aussi, et surtout, à répandre au loin les idées françaises.
A peine installés à leurs postes, ils se heurtèrent à des difficultés que, dans leur ignorance des usages des Cours, ils n'avaient guère soupçonnées. Médiocrement accueillis par les souverains, espionnés par les ministres, ridiculisés par les courtisans, insultés par les émigrés, soumis aux règles d'une étiquette minutieuse qui leur parut surannée et vexatoire, ils furent, en somme, traités presque partout en vaincus, — eux, les vainqueurs.
On comprend donc leurs rancœurs, leurs exigences et leurs ardeurs souvent maladroites. D'ailleurs, quelque lamentable qu'apparaisse maintenant la politique intérieure du Directoire, les premières années de cette période n'en restent pas moins parmi les plus glorieuses de notre histoire militaire. Dès les brillantes victoires de 1796, la France joue décidément le premier rôle en Europe, et c'est sur le jeune général en chef de l'armée d'Italie que se tournent les regards du Monde. Gomment s'étonner que cette situation privilégiée de la République ait un peu grisé certains de ses représentants à l'étranger?