‹ Solesmes, les sculptures de l'église abbatiale, 1496-1553Chapitre 6 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pour mieux nous conformer au dessein général de notre travail, peut-être faudrait-il borner cette rapide étude sur l’église à un simple relevé de ce que la chronologie, secondée, comme on verra, par le plan, nous a conservé de l’état au xve et au xvie siècle. Mais cet humble vieux sanctuaire, où tant de siècles ont passé sans bruit, avec leurs vicissitudes de gloire paisible et de revers, d’indifFérence et de foi, cette église de campagne qu’un pape a visitée, qu’un roi de France aimait, qui garde aujourd’hui encore nos souvenirs et nos espérances avec les tombes du fondateur, des bienfaiteurs d’autrefois et du premier abbé, nous lui devons plus qu’une sèche analyse mathématiquement limitée aux exigences du travail. Elle a vu l’Anglais s’éloigner, vainqueur pour un temps, de ses murs ébranlés et noircis, et elle s’est relevée incomparablement plus belle ; ses portes ont arrêté l’élan des huguenots briseurs d’images, et ses trésors artistiques ont été sauvés ; elle a traversé l’orage révolutionnaire, et une sève nouvelle l’avait rajeunie, agrandissant ses murs et l’histoire de son passé. Depuis, elle restait toujours « le lieu qu’on avait fait pour nous dans la paix(i) »; mais « on a dit : la paix, la paix; et ce n’était plus la paix (2) ». Et aujourd’hui, comme aux temps mauvais, les saints de pierre habitent seuls sa muette solitude, gardant nos morts aimés et vénérés (3).

Telle est, en deux mots, l’histoire connue de notre vieille église; on nous pardonnera la digression, si, devant indiquer seulement ce quelle était quand dom Cheminart et dom Bougler l’ont embellie, nous cherchons encore les bien rares vestiges de ce quelle fut quand les fondateurs l’eurent « donnée à Dieu et à Saint-Pierre de la Couture », et si nous ajoutons ce quelle est devenue depuis que dom Guéranger s’est donné à elle, nous attachant à elle avec lui. Aussi bien est-il nécessaire de compléter la Description et d’exposer les différents systèmes sur plusieurs points discutés.

Des constructions primitives, le seul manuscrit A fait mention; il encourage peu les recherches.

(1) « Fadus in-pace locus ejus », inscription de notre tombeau du Christ. (Ps. lxxv, 3)

(2) « Et dixerunt : pax, pax, cum non esset pax. » (Jérém. vm, 1 1 )

0) Depuis le 22 mars 1882.

L’ÉGLISE

« Toutes les constructions de Geoffroy, le fondateur, ont été si maltraitées par le temps et par le feu, que rien ou presque rien n’en est resté debout. En maint endroit, les fondations seules subsistent; on les a trouvées ces dernières années en creusant le sol. Restaurée, voûtée et agrandie, il y a deux siècles environ, l’église a bien un certain cachet d’antiquité, de même que le cloître, le dortoir, le logis du prieur, les murs du jardin des moines ; mais il est à croire que ce ne sont plus là les édifices de la première fondation (i). »

C est là un avertissement salutaire dont les archéologues n’ont pas toujours suffisamment profité.

Quoi qu’en dise le manuscrit du xvn® siècle, il est certain qu’on retrouve dans notre église quelques restes d’une haute antiquité, et ils donnent approximativement l’idée de ce qu’étaient l’abside et le chœur, à une époque au moins voisine de la fondation. C’est d’abord la petite fenêtre de la crypte (2). Nous en donnons un dessin pris avant que le chœur actuel eût fait disparaître l’ancienne abside, et nous reproduisons le chapiteau qui a été conservé. Ces volutes grossièrement faites, à peine saillantes, le natté mal dessiné du chapiteau disparu, l’étroitesse et l’ébrasement de la baie, n’ont rien qu’on ne puisse attribuer au xie siècle; et si la date de 1010 effraye un peu, il faut remarquer pourtant que l’ampliation de 1073 (?) ne relate aucune reconstruction entre ces deux ancienne fenêtre de la crypte années; ce serait peu vraisemblable d’ailleurs. Le sol

de cette ancienne crypte, formé d’un solide béton, a été retrouvé à 50 centimètres environ au-dessous du sol actuel. Un autre vestige de la même époque, ce sont les trois colonnes qui se retrouvent noyées dans le mur de gauche, en face de la porte de la sacristie (4). Il n’est pas facile de préciser le rôle quelles avaient dans l’ancienne abside ; nous ne pouvons faire de fouilles, et d’ailleurs le sol a été tellement bouleversé que le résultat en serait bien incertain. La courbe du mur circulaire du fond (plan, /, /) a-t-elle été exactement relevée ? Celle du massif (plan, 3) estelle vraiment concentrique à la première ? Voilà deux points capitaux qu’on ne peut plus contrôler, puisque ces fondations, un instant mises à jour en 1863, quand on commença le nouveau chœur, ont été aussitôt recouvertes. Admettons les courbes du plan. Si le massif 3 est un arc de cercle concentrique au premier, il est difficile de croire que sa destination fût de « supporter l’autel (5) »; on l’eût fait carré ou barlong.

(1) « Omnia quæ fundator Geoffridus ædificia erexerat ita vastaia fuere et incensa, ut solo fere æquata fuerint, etsola in multis locis remanserint fundamenta, quæ, hisce novissimis annis, terram fodiendo inventa sunt ; & quamvis in basilica, a duobus circiter sceculis instaurata, fornice decorata et cedificiis au£ta, aliquid antiquitatis et vetustatis adbuc redoleat, nec non & in claustro, dormitorio, domo priorali, hortique religiosorum mûris, credibile est tamen quod aliæ fuere a prima fundatione construStiones. » (A 202 v)

(2) En a sur le plan de 1863, pl. II, page 28.

(3) Cartulaire, p. 10.

(4) En b sur le plan, p. 28.

(5) Cartier, op. cit. ; cf. légende du plan, n° 3.

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