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EN MATIÈRE DE RELIGION

Il n'est pas très malaisé de définir, en principe et dans l'abstrait, l'esprit qui s'impose à ceux qui sont chargés, dans les écoles publiques, d'enseigner la morale : « Cherchons ce qui unit et non ce qui divise. » Dans un même temps et dans un même pays, les hommes ont toujours plus d'idées communes qu'ils ne croient. A quelque distance que les partis politiques ou les doctrines métaphysiques les maintiennent les uns des autres, ils ne s'en accordent pas moins pour distribuer, à peu de chose près, le même

(1) Les trois conférences qui suivent faisaient partie d'un cours professé à l'Université de Toulouse (1903- 1904) sur ce sujet : Comment enseigner la morale? En outre des livres signalés dans la première partie du volume, nous avons utilisé en préparant ces conférences un grand nombre de coupures de journaux et de revues, mises à notre disposition par notre collègue et ami P. Crouzet, qui rassemble depuis longtemps des documents en vue d'une étude sur le Tournant de l'Education populaire.

l'attitude

éloge ou le même blâme aux mêmes manières d'agir. Ce sont ces points de convergence qu'il nous appartient de discerner. C'est autour d'eux que nous ferons graviter notre enseignement moral. Par cela même qu'elles sont des écoles d'unité nationale, nos écoles doivent être imprégnées tout d'abord des sentiments qui rallient, pratiquement, l'unanimité des consciences.

Au surplus, si l'éducateur est embarrassé, s'il s'alieurte à tel problème moral dont la conscience sociale ne lui suggère pas de solution bien définie, il se souviendra heureusement que son école n'est pas seulement une école d'unité nationale, mais de liberté individuelle, ou, pour mieux dire, que le souci de la liberté individuelle fait désormais partie intégrante des principes de l'unité nationale.

En conséquence, il ne craindra pas, à propos d'une question controversée, d'exposer sa conviction propre et d'expliquer ses raisons: à la condition expresse d'exposer également la conviction et d'expliquer les raisons des autres. Par l'impartialité ainsi entendue, il donnera aux enfants une leçon vivante de sincérité et de tolérance. A son exemple, il les incitera à se faire une opinion personnelle , et en même temps à comprendre l'opinion du prochain.

de l'éducateur laïque

Il leur imprimera donc, en les pratiquant devant eux, le respect des vertus qui sont aujourd'hui, de l'aveu commun, les conditions essentielles d'une vie spirituelle et d'une vie sociale dignes de notre civilisation.

En deux mots, que notre éducateur ajoute, à la recherche consciencieuse de l'unanimité, l'observation scrupuleuse de l'impartialité, et il sera sur de ne pas abuser de l'autorité que l'Etat lui confère sur les enfants que les familles lui confient.

Tant qu'on s'en tient à ces généralités, on obtient sans trop de difficulté l'assentiment public. Qui oserait dire qu'un enseignement moral gouverné par les principes que nous venons de rappeler serait un enseignement tyj 'a unique et sectaire ? Mais c'est autour de questions plus précises et plus concrètes que l'on nous attend. En particulier, il suffit d'exprimer en fonction de la religion le problème qui nous occupe : dès lors, tout le monde est aux aguets et sur ses gardes ; toutes les attentions se tendent, toutes les passions s'apprêtent . « Que pensez-vous, que direz-vous de la religion ? » Voilà bien ce que nous demandent avant tout, avec des inquiétudes différentes et égales, les partis opposés qui nous surveillent.

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