‹ SolidaritéChapitre 2 sur 28 · BUT DE L OUVRAGE · texte numérisé non relu

BUT DE L OUVRAGE

L'homme, dès rorigine, a été dans la nécessité d'étudier la nature, pour ne pas engager contre elle une lutte où il se serait brisé. Il a donc observé ce qui s'offrait à lui, et, après avoir recueilli un certain nombre de faits , il a cherché à les grouper, pour embrasser, dans une commune explication, tous ceux qui semblaient en rapport par leurs caractères dominants.

C'est ainsi que toute science s'est développée : mais, avant de présenter des résultats bien satisfaisants pour l'esprit, chaque science a eu sa période d'incertitude et

de confusion, période qu'elle a franchie, quand le génie, de sa main puissante, lui a imprimé enfin une marche assurée, en traçant la route dont elle ne sortirait pas désormais.

De nos jours, toute science n'a pas encore reçu cette heureuse impulsion; les sciences de Tordre moral, par exemple, sont encore dans leurs phases d'obscurité -, ce qui le proure invinciblement, c'est le fractionnement indéfini des opinions de ceux qu'elles préoccupent.

Pour ces sciences enfin , nous venons l'affirmer , le jour de la transformation est arrivé! Elles peuvent dés ce moment passer au rang des sciences positives ! Le» principes d'éternelle vérité sur lequels elles doivent reposer sont enfin découverts ! Nous affirmons que ces principes ne peuvent plus se perdre , pas plus que le nom de celui qui les a posés ; ce nom aujourd'hui méconnu, mais qui demain sera salué et béni sur toute la surface du globe, le nom de Charles Fourier!!..

Pour être en droit de repousser notre affirmation , il faudrait connaître d'abord la science que nous cherchons à propager. C'est cependant ce dont bien peu se mettent en peine, parmi nos adversaires, qui souvent ont prétendu juger sur quelques passages lus au iiasard, sur quelques mots saisis dans une conversation : ceux même dont nous honorons le caractère et la bonne foi , ont encore à se reprocher de n'avoir fait qu'une étude incomplète, d'avoir négligé quelque point qui eût répondu aux objections qu'ils nous opposent, aux difficultés devant lesquelles ils ont reculé.

* C'est qu'il est nécessaire de s'élever d'abord à la contemplation de l'ensemble du système, de reconnaître que toutes les parties se soutiennent les unes par les autres, dépendent les unes des autres aussi rigoureusement que les voussoirs d'une voûte où tout g'é-

croulerait si un seul Tenait t manquer. C'est que ta conception forme un tout bien compacte^ qu'il ne faut pas espérer comprendre par fragments.

Sans doute les hommes de notre époque, accoutumés à se contenter de peu pour adopter une opinion de Tordre philosophique^ peuvent être séduits en grand nombre par quelques idées neuves sur l'association, sur l'organisation du travail, sur l'extinction de la misère. Mais ceux-là viendront à nous comme ils seraient allés à toute école philosophique ou politique , sans avoir la certitude absolue qu'ils possèdent une science, qu'ils ont enfin rencontré la vérité. Us seront satisfaits parce qu'ils n'espéraient pas mieux, pas même autant, sous l'influence de ce préjugé que la rigueur mathématique n'est plus possiUe dans les démonstrations de r ordre moral.

Mais il est des esprits logiques qui ne peuvent se contenter d'un à peu près-, qu'une seule objection en apparence insoluble jetterait dans le doute et détournerait de l'étude. A ceux-là la contemplation synthétique de la conception est d'abord nécessaire ^ ils ne s'arrêteront pas aux diiQcultés sur les détails, ils pourront les ajourner, mais ils voudront saisir les principes généraux. Tels sont les hommes que nous avons en vue en écrivant cet ouvrage, où nous chercherons à présenter la découverte dans sa simple et majestueuse unité.

On doit s'attendre à trouver ici un cadre offrant toutes les parties de la science esquissées à grands traits, et considérées principalement quant à leurs rapports. Ce cadre suffira bien, si nous avons su remplir la tâche que nous nous sommes imposée, pour que l'esprit soit fixé sur la valeur de la doctrine, mais il faudra revenir sur chaque partie pour s'approprier des détails d'une haute valeur. Seulement cette seconde étude, à faire

dan^ les œuvrer à^ maâtre ou imm les publications de l'école, sera facile pour celui qui aura bien compris ce que nous allons exposer, et ce livre peut encore- êire donné comme upe introduction.

Avec laprétentîoQ deposséderet d'ofirif une setenee, nous ne cherchons pas à. agir sur rimaginatioii : nous, nous adressons à 1b raison qui procède par la logique el ne connaît ni indulgence ni ménagements. Qu'on soil donc rigoureux et sévère, nous le voulons ! Mais nous sommes en droit de réclamer de l'impartialité de nos juges , qu'on vienne à nos idées dans ces dispositions d'esprit avec lesquelles on doit aborder toute science. Nous sommes en droit de demander , pour l'étude de las(;ïieiice sociale^ ce que John Hebschëll, par exemple, demande pour l'étade de son traité d'astronomie, dans un passage par lequel nous terminerons cette préface, et dont nous désirerions vivement que le lecteur fût pénétré.

«Le premier soin de celui qui débute dans l'étude » d'une science doit être de préparer son esprit à » recevoir la vérité, par l'abandon de toutes les notions » imparfaites et adoptées à la hâte concernant les objets » et les rapports qu'il va examiner , comme pouvant )) tendre à embarrasser et à égarer sa route. Il doit » aussi faire une sorte d'effort pour se résoudre à adop- )>ter, malgré le préjugé contraire , toute conclusion ))qui lui paraîtra appuyée sur une observation exacte » et une déduction logique, fût-elle de nature à ren- )) verser toutes les notions qu'il s'était faites précédem- )> ment y ou qu'il avait admises^ sans examen, sur la foi )) des autres. Un tel effet doit être regardé comme le » commencement de cette discipline intellectuelle qui )) forme une des plus importantes fins de la science. )) C'est le premier pas vers cet état de pureté mentale

» aussi nécessaire pour la perception de la beauté phy- » sigue que pour celle de la beauté morale. C'est la » préparation qui doit ouvrir nos yeux à la lumière de » la vérité, et les mettre en état de saisir les linéaments » du plan de la nature.

»II n'y a pas de science qui exige plus que l'astro- » nomie une telle préparation et qui réclame au plus ^)haut degré une disposition libérale de l'esprit à )) adopter tout ce qui est démontré, à accorder tout ce »fm est hautement probable ^ sous quelque point de » VUE NOUVEAU ET EXTRAORDINAIRE qu'il faille envîsa- » ger par suite les objets avec lequels nous étions le »plus familiers. La plupart des conclusions de la » science astronomique sont en contradiction ouverte net frappante avec l'observation vulgaire^ avec les » croyances qui nous paraissent résulter le plus claire- >» ment du témoignage de nos sens , tant que nous )i n'avons pas compris et pesé la preuve du contraire. »

( Traité d'AsUronomie , Introduction. )

Page 1