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Tendance aux jftoupes. Une réunion, un groupe

jouit de propriétés différentes suivant la cause qui a déterminé sa formation. Cette cause peut varier, parce qu'il y a des inégalités entre les hommes, et les inégft* Htés à considérer , quant à la formation des groupes , ne sont que de trois espèces :

l"". Les hommes sont inégaux par le rang qu'ils occupent, rang qui est la conséquence de leur fortune, de leur talent, de leur valeur ;

S"". Us diffèrent par le sexe ^

S"". Ils sont de diverses familles et différent encore par la naissance, par le sang.

De là quatre espèces de groupes.

f. Groupe formé sans tenir compte d'aneune des Inégalités naturelles, groupe ou régnent la confosion etTégalité des rangs, groupe d'amitié.

g. Groupe où les hommes classés d'après leur rang sont conduits par des supérieurs vers un but capable de satisfaire leur ambition. Réunion ambitieuse, groupe d'ambition.

h. Groupe formé par la tendance des sexes à »'aimer, à s'unir, groupe d'amour.

i. Groupe formé sous l'influence du lien de parenlé, réunion familiale d'individus, groupe de famille.

Amitié, ambition , amour et famiUsme, ou lien de parenté, sont donc les quatre passions comprises dans la tendance aux groupes, tes quatre passions qui tendent à rapprocher les hommes, à les réunir

DE l'homme, de ses FACULTÉS» ETC. 59

affectueusement. Ce sont les seules passions affectives.

c. Tendance aux Séries. Le lien entre les groupes doit être formé par l'organisation sériaire qui les met en rapports. Le rapport d'un groupe à un autre groupe ne peut êtrctqu'Aostt/e, ami ou indifférent. Un homme fonctionnant dans un groupe peut donc désirer le contact d'un autre groupe par trois raisons.

j. Il cherche le contact des groupes rivaux avec lesquels il veut se mesurer.

k. D aime la présence des groupes amis, parce qu'ils le soutiennent dans ses prétentions , et qu'il se plaît à les soutenir de même.

1. Enfin la fatigue et l'ennui qu'il éprouverait s'il s'occupait sans cesse des mêmes choses en face des mêmes hommes, lui font sentir le besoin d'abandonner momentanément le groupe qu'il avait choisi pour passer dans un nouveau groupe indifférent aux prétentions générales du premier, mais vers lequel il se sent entraîné personnellement par quelque attraction.

Ainsi la tendance aux séries se décompose en trois passions : passions de rivalité, d'accord ^ de diver-' site.

j. Rivalité. Cette passion est un besoin d'intrigue, de lutte, de cabale, si naturel à l'homme que tous ses jeux 9 de l'enfance à la vieillesse, ne sont qu'une lutte entre plusieurs partis. Lorsque cette passion noib

60 PREnÈRE PARTIE. GH. III.

anime, nous oublions la fatigue pour ne sentir qu'ardeur et plaisir. C'est une fougue, mais une fougue réfléchie^ car celui qu'elle domine calcule ses actes de manière à ne perdre aucune chance de succès. Connue déjà par plusieurs de ses effets, cette passion a reçu différents noms suirant le rôle qu'elle a joué d'après les circonstances où elle a paru. On Ta nommée noble émulation, esprit d'intrigue, science diplomatique, passion du jeu, du trafic, envie, etc. Fourier le premier ayant nettement caractérisé cette passion, ainsi que les deux suivantes , a dû lui donner un nom propre qui lui manquait. Il l'a appelée Càbaliste.

k. Accord, Le besoin d'accord naît d'une passion

qui est en tout l'opposé de la précédente. Ces groupes amis qui nous contemplent, cette vaste réunion d'hommes qui applaudit à nos efforts fait naître en nous un enthousiasme aveugle, une fougue irréfléchie qui exclut la raison et nous porte à des actes de courage et de dévouement qui seraient impossibles si nous agissions de sang froid. Un plaisir simple n'est guère capable de développer cet enthousiasme -, il veut un plaisir com/709^ de plusieurs plaisirs. Son domaine est surtout l'amour, l'amour complet agissant sur l'âme et sur les sens. Cette satisfaction multiple qui seule peut engendrer cette passion lui a fait donner le nom deCoMPOSiTE. 1. Diversité. Le dernier rameau de la tendance aux séries est ce besoin qu'éprouvent tous les hommes

DE l'hOMIIE, BE ses PACViiTÉS , ETC. 61

de varier leurs occupations. Un plaisir même devient à la longue monotone et fastidieux. Cette passion, sous le nom d'inconstance, est généralement regardée comme un vice-, nous verrons qu'elle est destinée à jouer plusieurs rôles essentiels; entre autres c'est elle qui doit prévenir les excès en maintenant Téquilibre entre les facultés de Thomme. Cette passion est nommée Papillonne.

Cabaliste^ Composite, Papillonne sont les passions DiSTRiBUTiVES, les groupes doivent être distribués en séries conformément à leurs exigences.

La subdivision des trois passions sous-foyères a donc donné douze passions radicales qui pourraient être divisées à leur tour d'une manière analogue-, ces subdivisions se continueraient indéfiniment (i). Mais nous avons pénétré assez avant dans l'étude des passions humaines, nous en savons assez pour déterminer la forme à donner à la société naturelle que nous voulons découvrir.

Le tableau suivant résume ce qui précéder

(i) Ainsi dans la passion oui^ se trouve le désir de mnsiqae, désir qui peut se subdiviser en désirs d'harmonie « de mélodie, de sym» phonie, etc. Je cherche à faire comprendre comment les passions radicales peuvent se décomposer sans prétendre donner ici une division régulière de la passion euîe.

Sensitives.

Animiqaés.

AfTectiTes. DistributiTeii

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DE t'BOMHEy DE SES FACViTéS, ETC. 63

Quelques développements sont encore nécessaires pour que ce tableau soit bien compris.

a. Les passions sensitives, pouvant trouver quelque satisfaction dans Thomme isolé, ne tendent pas directement à le réunir à ses semblables, ne sont pas directement sociales. La société doit savoir les rendre sociales indirectement en faisant d'elles un renfort de sociabilité.

b. Les passions affectives sont bien directement sociales, Thomme ne pouvant les satisfaire en aucune manière hors du contact des autres hommes. Pour bien comprendre les passions de cet ordre, il faut remarquer que chacune d'elles a deux ressorts, Tun spirituel,

Tautre matériel, ce qui est indiqué au tableau suivant par les lettres S et M.

Amitié, ( S Affinité de caractères;

Affection untsexueUe. \ M Affinité de penchants industriels.

AimiTioif , ( S Ligue pour la gloire;

ÀffedUm corpotative. \ M Ligue pour i'intérét.

Amour, ( M Amour physique;

Affection hisexuelle. \ S Amour animique.

Famiusme, ( M Lien deconsaagi

Affection consanguine. \ S Lien d'adoption.

II est impossible de concevoir une réunion d'hommes librement formée qui n'ait pour cause une ou plusieurs des quatre affectives, agissant par un des ressorts matériel ou spirituel de la passion, ou par les doux ressorts à la fois.

64 t'RSBIfÈltE PAaTIE. CH. If h

Un groupe formé sous l'influence du seul r^sorl matériel manque de nobflesse^ il manque d'utilité si le ressort spirituel seul est en jeu^ le groupe est parfait, noUe et utile en même temps, s'il est formé par les deux ressorts de la passion.

Les deux premières affectives où le ressort spirit«hel est placé en première ligne, parce qu'il y domine, sont les affectives d'ordre majeur. Les deux dernières sont d'ordre mineur^ le spirituel y est subordonné au matériel.

Fourier a cherché les propriétés naturelles des groupes et les a résumées en plusieurs tableaux que nous allons donner successivement^

Le premier tableau indique le ton naturel à chaque groupe, le second fait connaître d'où part l'impulsion lorsque le groupe doit agir.

Le troisième tableau, sur lequel l'attention doit se fixer principalement, a rapport à la critique, à la critique qui corrige, redresse, qui est ainsi un des éléments de l'éducation. Chaque groupe a un mode de critique qui lui est propre et qui serait déplacé dan? tous les autres.

Groupe d' Amitié ou niveUement :

Cordialité etcotifariofi de rangs*

Groupe d' Aiiibitiô(N ou meenianee :

Déférence des inférieurs aux supérieurs.

DE l'homme, BE ses PiCOLTiS, EtC. Ce

Groupe d' Amour ou imenûm :

Déférence du sexe fort au faible.

Groupe de Famille ou dênmdwnce :

Délérekioe des supérieurs aux inférieurs.

Groupe d*AMinÉ :

Tous s'entratuent en ooufusiou.

Groupe d'AMaiTioii :

Les supérieurs entralnenl les inférieurs.

Groupe d'ÀMOua :

Les femmes entraînent les hommes.

Groupe de Famille :

Les inférieurs entraînent les supérieurs.

9r. Critique.

Groupe d'ÀMiTiÉ :

La masse critique facétieusement Tindividu.

Groupe d'AMBiTiON :

Le supérieur critique gravement Tinférieur.

Groupe d'ÂMOUR :

L'indiyidu excuse aveuglément Tindividu.

Groupe de Famille :

La masse excuse indtUgemment l'individu .

En y réfléchissant, on voit que ces tableaux sont Texpression fidèle de l'impulsion que nous recevons de la nature, ce n'est qu'en se conformant à cette impulsion que les hommes peuvent rester en contact sans

irritation , sans malaise ^ dès qu'ils s'en écartent, il y a désordre et Vexation. Ainsi le supérieur ne pourrait critiquer fa€étieu$ement un inférieur sans compromettre son autorité^ et dans une réunion amicale, tel qui souffre gatment une critique facétieuse^ serait vivement offensé s'il était critiqué gravement,

La critique n'appartient qu'aux groupes majeurs ^ en amour et dans la famille elle est toujours fausse et discordante, elle doit faire place à l'excuse, à l'excuse aveugle ou indulgente. Mais la société présente ne permet pas aux groupes de prendre le ton qui leur est propre, et le père, pour que la critique ne manque pas à son enfant, est obligé de le critiquer lui-même , quoique l'impulsion naturelle le porte à le gâter. Aussi l'enfant se révolte contre la critique qui n'aurait rien de choquant pour lui s'il la recevait dans les groupes d'amitié ou d'ambition.

Les affectives prédominent successivement aux différents âges de la vie, suivant le tableau ci-dessous.

Ages.

Passions dominantes.

Analogies.

Enfance^

Amitié ;

Bouton :

Adolescence^

Amour;

Fleur :

Virilité;

Amour et ambition ;

Fleur et fruit :

Maturité ]

Ambition ;

Fruit:

Vieillesse \

Familisme;

Graine.

Les sexes sont aussi sous l'influence plus particu-

DE L^HOMHEy DE SES FACtlLTÉS , ETC. 67

Hère de quelques-unes des affectives ^ les affectives majeures dominent dans Thomme ^ les affectives mineures dans la femme. Tel est le genre d'égalité qui existe entre les sexes : en relations d'amitié ou d'ambition , l'homme est supérieur*, la femme a le pas dans les relations d'amour et de famille.

Ces règles sont sujettes à des exceptions dont nous parlerons quand il y aura lieu.

c. Si les hommes n'avaient que des passions sensitives et affectives, ils tendraient bien à se réunir pour former des groupes ^ mais ces groupes seraient toujours étrangers les uns aux autres. Le lien entre les groupes part des passions distributives, qui tendent à réunir les hommes en un seul faisceau, à faire un seul tout de l'humanité.

A. Chacun porte au cœur les douze passions radicales, les passions sous-foyères et la pivotale dont elles sont la conséquence; chaque homme a toutes les passions, comme il a les cinq sens, l'énergie absolue et relative des passions de l'individu détermine son titre earae" térielf et par suite sa position naturelle dans la société.

D'après la manière dont Fourier s'est posé le problème social , son système croulerait par la base, s'il avait mal compris l'homme, s'il avait omis quelquesunes de ses passions. Il convient donc de ne pas passer légèrement sur ce chapitre donné à l'analyse de l'ftme

68 PlUNMÈlUe PARTIE. GH. III.

hmuine , et de chercher s'il est , en dehors des forces motrices que nous avons trouvées ^ d'autres foreciB en vearttt desquelles rhomiiae agit.

Dans le tableau des paseions, nous n'ayons pas oompria oes habitudes vicieuses auxquelles on a donné le nom de passions j et qui sont^ non des passions dans le sens que nous avons attribué au mot, mais des effets subversifs de passions.

Ainsi la colère n'est pas une passûm , car elle n'est pas par elle-^méme. EUe natt d'une passion blessée , elle est un mauvais effet résultant d'un amour trahi , d'une ambition déçue , etc. L'amour, l'ambition refK teront toujours au cceur de l'homme, mais la colère ne s*y montrera plus, s'il parvient à éviter les contrarîééés et les déceptions.

L'ouvrier enohatnècbaque jow à un travail rebutant^ pour que sa vie entière ne soit pas un^upplice , cherche detemps en temp»queIques4istra€tions à son dur labeur. Ëtquel plabir lui est offert, dans nos sociétés, si ce n'est le cabacet ? Il boit donc, parce qu'il trouve dans l'inesse qudques élans qui raniment sa vie déeok>rée, parce qu'il y puise l'insouciance et un peu d'espoir. Mais si sa vie était heureuse, si son avenir était assuré, s'il avait chaque jour à choisir entre plusieurs plaisirs, s'adonnerait-il à un seul ? Ne voit-on pas l'ivrognerie fUsparaitre si l'on s'élève à des classes plua heureu-sèment placées sur récèwlle sociale ?

DE l'homme, D£ SBS FACULTES 9 ETC.

Le vol , le brigandage , qui naissent ordinaireoMot du besoin de satisfaire les appétits sensuels, du désir de posséder , de la tendane0 au luxe , ne se retrouvent pas davantage dans les classes moyennes et supérieures oA celte même tendance peut se manifester par Tactlvite, par Tesprit d'ordre et le travail. Ainsi, tel qui figure aujourd'hui sur les bancs d'une cour d'assises, placé dans d'autres circonstances, pour obéir au|: mêmes penchants qui l'ont conduit là, fût devenu ui^ digne citoyen.

L'inconstance ou papillonne est une sage impulsion de la nature qui porte l'homme & exercer alternativement toutes ses facultés physiques et intellectuelles , facultés qu'il ne peut avoir reçues pour les laisser dans l'inadion. C'est parce qu'ils n'obéissent pas à ce pen^ chant, parce que le riche néglige d'user de sa foroe physique, parce que le pauvre ne peut exercer son intelligence , qu'ils reçoivent de si graves lésions dans leur santé et dans leur esprit. L'inconstance est un mal dans la société présente , où chaque homme n'ayant qu^une occupation utile devient oisif, dés qu'il Tabandonne. L'inconstance serait un bien, si la société offrait à chacun des occupations utiles, variées et appropriées à toutes ses facultés.

La paresse est le désir bien naturel d'éviter la peine et l'ennui, mais non faction; le plus paresseux est souvent le plus ardent au plaisir. La pa-

resse ne sera qu'une anomalie lorsque le travail sera

attrayant (O-

La cabaliste, ce besoin de lutte qui engendre souvent la discorde , la haine , la guerre, est aussi la source de cette noble émulation qui porte les hommes à se distinguer par le savoir, le talent , Futilité.

L'avarice, dégagée de toute crainte de privation pour soi ou pour les siens , est un effet d'unitéisme. Celui qui est porté à des épargnes minutieuses rendra de grands services à la société de l'avenir. Alors ce caractère consacré au service de tous, ne fonctionnant plus dans un intérêt exclusivement égoïste, n'aura rien de

(i) Faut-il que nous montrions >aussi que la paresse, ce Tice qui Taul tant de remontrances, de sermons et de punitions à la malheureuse enfance, n'est point non plus une disposition innée de notre nature. Mais qui donc aujourd'hui n'a compris que, puisque Thomme est un composé de facultés et de forces diverses , il est radicalement impossible qu'il soit un paresseux? Est-ce que des forces peuvent exister et ne pas tendre à s'exercer? Et cependant il est indubitable qu'il existe des enfants et des hommes paresseux , — c'est-à-dire des individus dont les facultés refusent de s'exercer, du moins de s'exercer utilement. Mais qu'y a-t-il d'étonnant à cela, si les circonstances dans lesquelles ces facultés sont appelées à s'employer, leur sont tellement contraires, que leur exercice devienne une douleur pour nndividu?~Or ce que nous supposons en ce moment est précisément ce qui a lieu. -— Les conditions du travail, dans l'absence actuelle de toute organisation régulière , sont généralement incompatibles avec le facile et agréable exercice de nos facultés intellectnelles et corporelles. Là est toute l'explication de la paresse, qui n'est en définitive, comme on voit, que l'expression de la répugnance des individus pour les choses qui ne concordent pas avec leurs dispositions natives?

( Eoctrait d*un travail inédit d'Amédée Paget, )

DE l'homme, de ses FACULTÉS, ETC. 71

méprisable ^ il sauvera de la destruction mille choses que les autres dédaignent^ de débris minimes et sans valeur en apparence , il saura tirer de magnifiques économies qui tourneront au profit de l'unité sociale (i).

En passant en revue, de cette manière, tous les excès , tous les vices qui dégradent aujourd'hui Tespèpe humaine, on peut se convaincre que, si ces vices se rattachent à quelques passions , ils n'en font pas cerr tainement partie essentielle, qu'ils dépendent au contraire de circonstances extérieures qu'il est possible d'éviter. Il y avait donc à découvrir la société où toute voie mauvaise serait formée aux passions , où le chemin de la vertu serait une large route semée de fleurs, et non pas un sentier couvert d'épines. Il y avait à faire ce que Fourier a fait.

Mais nous devons laisser les passions pour un moment , nous les reprendrons pour juger la société dont nous allons expliquer l'organisation, par son degré de convenance avec elles.

(i) Ce rôle est représeaté analogiquement par un animal domestique fort utile en pratique , mais tellement méprisé en théorie^ qne c'est à peine si j'ose en écrire le nom; le cocbon I Tout ce que les autres animaux refusent, le cochon l'accepte , il sait extraire de la nourriture la plus dédaignée jusqu'à la dernière parcelle nutritive; et pour tous ces restes qui sans lui eussent été perdus , il rend à l'homme une chair savoureuse dont plusieurs pariies figurent avec orgueil même sur la table du riche.

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