MOEURS ET COUTUMES
Et doit^on s'étonner si, dans les classes pauvres, plusieurs se débarrassent de leurs enfants par l'abandon et même par le crime, lorsque dans toutes les classes un si grand nombre ne se bornent pas à des vcmx pour prévenir l'accroissement de leur famille (0 ? Dans nos sociétés où l'on salue avec joie la naissance de tout animal domestique, l'homme seul est souvent accueilli avec tristesse à son entrée dans la vie. L'homme, le roi de la création ! le producteur par excellence ! . . .
J'ai parlé de l'enfance : grand Dieu !
L'enfance, espoir de l'avenir ! L'enfance, tendre bouton qui, pour donner plus tard la fleur brillante et parfumée , puis le fruit précieux , doit être préservée avec tant de soin !... Que devient-elle entre tes mains, Civilisation ?... Gaïn !... Qu'as-tu fait de ton frère ?...
L'enfance ! Dieu te la donne avec sa grâce naïve, sa franche gaîté, sa touchante candeur!... Par quelles
(t) Ce titre de père qui établit entre an homme, une femme, un enfant, un ]ien si doux, sera toujours recherché avec empressement en harmonie, où il n'exposera à aucune charge tendant à en compenser les avantages. Aussi Fourier accorde-t-il à la femme le droit de désigner à son enfant un père autre que le père naturel, si elle avait à se plaindre de celui-ci. La punition serait cruelle pour le coupable, et celui qui serait élu à sa place accepterait toujours avec bonheur. La paternité par adoption sera fréquente encore en harmonie, où rien ne tendra à détruire le charme des rapports de famille. De toutes parts les plus tendres noms, les plus douces affections seront offerts et prodigués k VeuCoiW^^^^^v^JL^ve^VvS&s^^'vst'QiSL charme si puissant.
186 sMcmnm PAiinE« ch, vi.
(iréoBuliOBS la maiotMBS^tui dans son heureuse ignorance ? Par quels soîna la préwr? es-^tu de toute seuttliire^ de toul sale eenlact^da toute impureté [ Le respect pour ViftneceiMo., Icâ saarée I commenl saâMii l'observer?
L'enfascel Maiaà tout monient ^ en teus lieux , lu lui prediguesi uae fune^e teâtruetion ; tu Tiiûties par la nue,, par Touïe^ par tous les 9»m à des^ seoreto si dangereux po«ur elle ! Ton impuret soieoce^ tu la plie cardes sur tes édifices, la chantes dans tes cabarets , tu la cries dans les earrefours ! Tu Toffres dana tes salons, dans tes livres, dans les speelades, dans tes musées t
Aussi ta stupide et eruetfe impréyoyaoce porte des fruits dignes de toil Regarde dans tes collèges, dans tes écoles, dans tes pensionnats^ regarde de près si tu t'oses et compte le nombre de ceux qui échappent à de honteuses leçons; que tu rends à leur fasiSIe sans leur avoir fait payer ta science de mots, en flétrissant à tout jamais leur eœur, leur iateUigeuee ou leur santé !
Ah ! c'est là la plaie honteuse !
Ek biaa l ose eoeore parler de iam kypoevile pudeur ! ose maifllenant te scaudalîser, parce que Fourier [Nromet à ravenir d'autres thœurs que tes moeurs , d'autres amours que tes wours !
JVous le savoDS bien : les moraWsVôs «isxVds^^^ ^«îi>i«.
HOBimS ET GOt TUMES. 187
s'indignent et se souiéyeol. liais yingl sièeles d'expérience ont suifisamment prooiyé kur impuissanoe à guérir.
Cerlte expérience da passé est tellement conciliante qu'eux-mêmes (Hit abdiqué leuv mission. J'en aj^pieUe à hw bonne foi, qu'ils éisent donc s^ils espèrent qu'un jour leurs prédications seront écoutées, q»'ui> jour tovies les plaies que nous ayons signalées seront enfin fermées ? Non ! Ils acc^tenl tout comme condition fatale de la vie bumaine ; à leurs yeux , par exemple, c'est un mal nécessaire que la prostitution ; ils s'y résignent ! La prostituticm \ Infamie des infamies!
Ainsi celui qui pense que l'on ne peut agir sur l'homme par d'autres moyens que la prédication morale, doit admettre et admet en effet que Fhumanité
croupira dans sa fange jusqu'à son dernier jour !
Mais celui qui sent au fond du coeur que Dieu, qui aime le beau et le bon, n'a pas condamné irrévocablement l'espèce à tant de turpitudes , doit chercher le salut commun dans des voies encore inexplorées, dans de
profondes modifications de ce qui est.
Et puisque tous ces désordres , tous ces vices se sont développés sous une loi dé contrainte , ont existé avec la coercition, ne peut-on espérer que l'ordre et la vertu naîtront de la liberté : de la liberté agissant sur un JKHireau milieu, surun tïÀ\\«vx^w««ii^S^îN««^^3i^^^
i88 SECONDE PARTIE. GB« VI*
Dans une phalange, nous Tavons vu, l'enfance fonctionnant sous les yeux de tous n'est jamais abandonnée à elle-même, ni dans les champs, ni dans les ateliers, ni même dans les dortoirs. Sans cesse livrée à des occupations variées, sans cesse préoccupée de ses intrigues industrielles, passionnée par sa jeune ambition, elle ne connaît pas cet ennui profond, fruit de cette inaction à laquelle notre éducation la condamne si stupidement, et qui favorise tous les vagabondages de Timagination. A la fin de chaque journée, l'enfant fatigué ne songe qu'au repos, auquel il se livre, souriant déjà à ses efibrts , à ses triomphes du lendemain.
Dans la phalange, rien ne peut éveiller des idées dangereuses, quand elles sont prématurées. L'enfance a ses livres, ses bibliothèques, ses musées, ses salons^ elle ne vit plus dans un monde où tout est fait pour l'adulte, où l'on ne songe à elle que par exception. En sa présence, les hommes, tous assez éclairés pour comprendre la portée de leurs actes, s'abstiendront de paroles d'amour, de propos galants, avec d'autant plus de soin qu'ils seront libres de traiter ces questions aux réunions du soir, après que l'enfance se sera retirée : car l'enfance, qui a besoin de sommeil, se livrera la première au repos , tenant à honneur de paraître au réveil des séries, aux séances du matin.
Pour que la curiosité de l'enfance ne soit pas éveillée par un brusque passage de ses couUxiues ^e.«^^$k^\^
* MOEURS BT GOUTtJMES. 189
jeunesse, une transition est soigneusement ménagée par l'institution d'un cor/)$t?e$to/ij^e. Les adolescents des deux sexes, au sortir de l'enfance, à iS ou 19 ans(i), entrent dans cette corporation où ils doivent passer un temps plus ou moins long suivant leur caractère et leur tempérament.
De brillants avantages accordés à ce corps tendent à y retenir les jeunes gens, il est Thonneur de la phalange, qui s'en pare avec orgueil dans les jours de fêtes ; car c'est là sa plus fraîche, sa plus gracieuse, sa plus riante jeunesse : il est honoré, recherché, aimé de tous, de la vieillesse à laquelle il prodigue ses soins, de Tâge viril qu'il charme par sa beauté, de l'enfance aux habitudes de laquelle il est encore fidèle, qu'il guide dans ses travaux du matin, qui est fière de suivre les coutumes d'une corporation aussi généralement respectée, et qui s'inquiète peu de ce qui se passe dans ces séances du soir, où le corps vestalique ne paratt pas.
Pendant le temps donné au vestalat, la jeune fille, le jeune homme, font un choix. Ce choix n'est déterminé par aucune considération de fortune ou de rang, et les parents n'ont pas à s'en inquiéter , car il ne peut compromettre en rien l'avenir de leur enfant. Pour choisir,
(() La vie active de l'enfance harraonienae retardera la puberté jusqu'à l'âge de 17 ou 18 ans , et la vieillesse reculera dans une proportion égale. Ces assertions surprendront peu ceux qui se sont occupés des lois de la nature or^&iûqiie.
190 SECONDE PAftTiB. €«. VI.
chacun consulte son penchant , «t ceci est conforme â la volonté cle Dieu , de Dveu <}ui n'a pas mis dans nos cœurs cet énergif ue penchant qui pousse les sexes Tun vers Taulre, pour qne, comme c'est la règle en civillsation^ la jeune femme se trouve avec indifférence, froideur ou même dégoût, entre les bras de Tépoui qu'on lui a donné. Cet outrage à la nature est cependant la conséquence forcée de notre organisation sociale , car mieux vaut encore cette prostitution déguisée, que toutes les misères qui peuvent, en civilisation, écraser une pauvre famille formée sous la seule influence de Tamour.
Leur choix fait, le jeune homme, la jeune fille le déclarent, le font régulariser ; puis ils passent du vestalatdans une autre corporation. Tel est le mariage en harmonie. Ce mariage est-*il indissoluble ? Ces nanids pourroBt^ls être rompus ? La morale effarouciiée nous adresse toujours ces questions avec un grand empressement.
Parmi les hommes, les uns sont organisés pour la constance en amour, les autres sont portés au changement. Les caractères divers sont dans la nature , et Dieu Ta voulu, parce qu'il est bon qu'il en soit ainsi*
Le premier de ces caractères convenait à la civilisaiion, se pliait à sa forme, servaVl èi %^ N\sfe% *. \^