SECONDE PARTIE. CH. ?I
désordre, ni promiscuité, puisque tout y est classé, ordonné, régularisé *, puisque chaque caractère y trouvera sa place, son rôle et son emploi.
Vous tenez donc bien à la loi de contrainte amoureuse, malgré cette longue expérience qui la montre
toujours escortée des plus sales prévarications.
Alors rassurez-YOus! Ni vous, ni vos enfants ne verrez ces mœurs nouvelles. La civilisation a trop dégradé rhomme au physique et au moral, elle Ta frappé de trop d'infirmités dé tous genres pour qu'il puisse songer à organiser la liberté amoureuse, avant de s'être relevé de sa chute, avant de s'être régénéré dans son âme et dans son corps par le fait du passage de plusieurs générations à travers le milieu réformé. Rassurez-vous, vous jouirez longtemps encore du mariage exclusif *, vous en jouirez jusqu'à ce que l'homme en soit las, jusqu'à ce que les pères et les époux sentent que les temps sont venus, qu'il faut expulser enfin le mensonge
et livrée à elle-même, se donnerait an premier venu, à chaque instant et en tout lieu. Cependant la femme a été délivrée de ses gardiens, elle vit, en civilisation, libre de toute contrainte matérielle, et son caractère s'est ennobli par la liberté, et la fename civilisée est fière et pudique mille fois plus que la femme du barem. Si la femme était affranchie de la contrainte morale et légale qui pèse sur elle dans nos sociétés, et contre laquelle elle réagit par la fausseté; si elle était abandonnée sans entraves à son tact délicat, à son exquise sensibilité, ne s'élèverait-elle pas encore plus haut, ne dépasserait-
eUepiu la femme de la civilitalioii • par un sentiment plus profond de la dignité de son sexe ?
MOEURS ET COCTCMES. 301
du poste où il se sera retranché en dernier lieu : l'amour et la famille.
Cependant la réforme que nous proposons atténuera beaucoup le mal. Cette réforme assurant Findépendance des deux sexes, les choix seront plus naturels, les rapports sympathiques étant seuls consultés. D'un autre côté, Taccord entre les époux ne sera plus troublé par ces aigres discussions qui s'élèvent sur les détails de la yie commune, lorsque la direction de ces détails n'appartiendra ni à l'un ni à l'autre.
En terminant sur un sujet si difficile , il doit nous être permis d'appeler le maître au secours du disciple ^ nous allons donc citer Fourier. Par cette citation , il sera bien établi que les moralistes, s'ils éblouissent par quantité de bonnes intentions, ne brillent pas , à beaucoup près, d'un pareil éclat, par la logique et le raisonnement. Ne pouvant s'occuper de tous les livres de morale, il y en a des milliers , Fourier a choisi un des ouvrages qui sont admirés avec le plus de ferveur *, il a pris Télémaque. Que dira-t-on s'il est prouvé que, dans ce livre si vanté, il n'y a pas un atome du plus simple bon sens. Ab uno disce omnes !
La citation , à cause de sa longueur, a été placée à la fin du volume.