‹ Solidarité: vue synthétique sur la doctrine de Ch. FourierChapitre 46 sur 51 · CHARITÉ · texte numérisé non relu

CHARITÉ

Le bon et le beau , la raison et le merveilleux , la logique et la poésie ne sont -ils pas unis et confondus dans la création telle que Fourier nous la révèle (i)? La destinée de rhovim&, aîest comprise, ne satisfaitelle pas harmonieusement tout ce qui est dans ses sens, dans son esprit et dans son cœur ? N'offre-t-elle pas un large développement à toute grande pensée , à toute tendance généreuse, à tout noble sentiment? Dieu n'apparaît-il pas, au sommet de la création, dans toute la splendeur de sa majesté infinie, recelant tous les êtres dans son sein, et formant avec eux un immense concert de bonheur et d'amour?

Que proposent, qui n'ait été essayé mille fois et sans succès contre les douleurs de la société, ces hommes qui voudraient étouffer notre voix sous leur anathème? Que veulent, à cette imposante conception, ces tristes bouffons qui, de chaque grande pensée contre laquelle ils se sont heurtés, n'ont su extraire qu'un quolibet? Que ceux-ci montrent le point de la doctrine dont on peut rire! Que ceux-là indiquent la partie dont il faut s'indigner !

Ils chercheraient vatnontent, el ta doctnaA-comprteratt bien peu d'adrersaîres, si foos songcttienl: à. ap-<profondir une idée avant de ta repousser, si Ton ne frappait jamais sans savoir, sf l'on étudfait pc^up eonnaftre et non peur découvrh* quelques fragn^enfes de

0) Nous n'attachons au mot révéler aucun sens mystique ou exinnaturel. Nous l'employons coii^menoivsYamQ^&cBi^Vs^èdAQs cette ^àrase : Ntwton a révéU les lois dit mowemwifc Aw c^>r|^% c«k^ltft;&.

phrases à citer à l'^appui d'one critique irréfléchie. Une simple ieetare de cet ouvrage fera sentir coFmbten sont mérités les reproches que nous adressons à ces hommes qui n'ont fait aucun effort pour noue com^ prendre, et qui cependant prétendent nous juger.

Les accusatiœis qu'ils portent contre nous peuvent se résumer en trois points principaux :

i**. La doctrine est dangereuse pour Tordre.

^. La doctrine est immorHle.

3^. La doctrine est impie.

1°. La doctrine est dangereuse pour l'ordre.

Nos sociétés sont divisées en partis dont les vœux semblent inconciliables, de sorte que chacun d'eux, pour triompher, doit désirer la compression et la ruine des partis opposés.

Nos sociétés sont composées de classes qui veulent conserver ce qu'elles ont, et de classés qui veulent obtenir ce qu'elles n'ont pas : les premières pensant qu'elles ne peuvent accorder sans p^dre , les secondes qu'elles ne peuvent gagner sans prendre.

L'école phalanstérienne se présente seule (wee tme parole de paix, puisque seule elle reconnaît la légitimité de tous les vœux, et offre un projet capable de les satisfaire tous à la fois.

Elle dit aux classes supérieures que les biens qu'elles ont , que les avantages qu'elles possèdent leur appartiennent en toute légitimité, qu'il y aurait crime à les dépouîHer de la moindre parcelle. Mais elle ajoute qu'à côté de ce droit, f) s'élève un droit non moins sacré, le droit de vivre que réclame le prolétaire, droit menaçant pour le riche et pour l'ordre social , tant qu'il ne sera pas reconnu et satisfait*

Elle dit aux classes întemwte?» ^îfi^^î^ ^»lt^î««^'^

souffrir encore plus , si elles dépouillaient les classes plus heureuses, puisqu'ainsi elles appauvriraient les riches, sans enrichir sensiblement les pauvres^ de sorte que, tous étant misérablement occupés à se défendre contre la faim , les sciences, les arts, la haute industrie seraient abandonnés, et Thumanité rétrograderait vers la barbarie.

Elle prouve que le mal vient du mauvais emploi de la force humaine, qui s'use infructueusement, en s'opposant à elle-même, dans les guerres, dans les luttes de rhomme contre Thomme.

Elle propose un plan d'organisation du travail , qui faisant converger tous les efforts, pour extraire du globe , inépuisable réservoir , une plus grande somme de biens et d'éléments de bonheur, permettrait de donner largement à tous, de donner à ceux qui n'ont pas, en donnant encore à ceux qui ont.

Enfin l'école démontre que les masses n'ont aucun intérêt aux irritantes questions de la politique, que la forme du gouvernement les touche fort peu , que leur sort dépend exclusivement de la réforme de la commune, réforme d'autant plus inoffensive qu'elle doit être essayée sur une échelle assez réduite, pour que l'insuccès même ne puisse compromettre aucun intérêt sérieux.

Gomment ces pacifiques idées seraient-eiles dangereuses pour l'ordre? Quel sentiment pourrait pousser au désordre celui qui sait, parce qu'il nous a compris^ qu'aucun bien ne peut sortir d'un mouvement subver^ sif, d'une perturbation révolutionnaire?

2"*. La doctrine est immorale.

L'école propose d'organVset \ft Vc^^^il *. celte propo- ^ition ne peut donner lieu kuiiftBiiiÇ.vvs^>Ào\iX m\sv^\;^^^

Mais l'école est accusée , parce que Fourier a exprimé une pensée évidemment juste, parce qu'il a écrit que, tout étant lié dans le mouvement social, les mœurs des sociétés de l'avenir ne ressembleraient pas aux mœurs de la civilisation, pas plus que les mœurs de la civilisation ne ressemblent aux mœurs barbares, pa^ triarcales ou sauvages.

Nous avons répondu î si lés prévisions de Fourier déplaisent, il nous importe assez peu qu'on les rejette-^ cela ne touche en rien au projet dont nous poursuivons la réalisation. Puis abordant la question directement, nous avons fait sentir que le mot vertu serait vide de sens , si la vertu ne se mesurait pas au bien qu'elle apporte à l'humanité. Toute la question est là : si Ton ne définit pas la vertu, on reste dans un vague où il est impossible de s'entendre^ si l'on définit, on est forcé de le faire dans les termes mêmes que nous employons.

Quelques-uns croient définir en disant : le bien est ce que Dieu ordonne; le mal est ce que Dieu défend. Ils font ainsi une pétition de principes, et non pas une définition. Qu'ils ajoutent : Dieu a voulu que le bien fût utile et le mal nuisible , et nous serons d'accord avec eux. Mais s'ils admettent que Dieu peut commander arbitrairement , peut, par fantaisie, ordonner aujourd'hui ce qu'il réprouvait hier ^ s'ils prétendent, par exemple, qu'après avoir dit à l'homme : Tu ne tueras point, Dieu a voulu qu'un père immolât son fils innocent, nous le nierons, quand toutes les traditions, tous les Conciles, tous les Papes se réuniraient contre nous, parce que nous croyons en Dieu, plus encore que nous ne croyons aux Papes, aux Conciles et aux traditions, en Dieu qui a mis dans notre cœur un sentiment du jusie, un bon sent'imeul ç^x X^ojMÎi \ns>w& \sss^^ '^'s^-

iéverioBS contre bU-méme , s'il commandait un parricide, s'il enjoignait au fils de violer sa mère, au frère de- manger sa sœur, suppositions monstrueuses à un égal degré.

En ordonnant aux créatures, toujours dans l'ukté- RÊT DES CRÉATURES, Dieu Satisfait pleinement la raison qu'il nous a donnée pour le comprendre. Mais s'il ordonnait capricieusement, parce qu'il est le matire» l'homme se soumettrait peut-être, comme Abraham, pour flatter un despote dont il aurait peur *, mais Dieu gouvernerait à un titre indigne de lui , par le seul

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