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» pieds les raisins , fera couler du penchant des mon- » tagnes, des ruisseaux de vin plus doux que le Nectar ^ » et les creux vallons retentiront des «oncerts des » bergers. »
Nul doute que les bergers et les paysans ne chantent miracle, quand ils verront les ruisseaux changés en vin aussi bon que du Nectar. La joie sera la même qu^aux noces de Cana. Mais il faudra bien leur permettre de boire de cet excellent vin, puisqu'on les punit par des taxes et amendes, ^Hls en négligent la culture.
Un célèbre fabuliste blâme les médecins Tant Pis et Tant Mieux, d'ouvrir deux avis contradictoires dont le malade est victime. Ces médecins ont du moins l'excuse de la dualité d'individus. Ici le moraliste étant seul ne devrait avoir qu'une opinion, et il en a non pas deux, mais trois bien distinctes : en effet,
1**. Il veut d'abord faire arracher les vignes, source des plus grands maux ; n'en laisser que pour les sacrifices religieux, contre l'avis des prêtres mêmes, qui ne sont pas fâchés de voir du vin sur table.
2"*. Après avoir condamné l'usage du vin, il excite le Roi à donner l'exemple déboire chaque jour, à l'ordinaire, du vin agréable et fort : c'est vouloir que le Roi invite â l'immoralité , puisque le vin et les ragoûts sont la source des plus grands maux.
5^ Oubliant ses diatribes contre le vin, il finit par changer les ruisseaux eiiVmàfe\vdw^«io«\\sft^\\^^ç.^^
dont les paysans ne manqueront pas de se gorger au point de tomber morts4yres etse livrer dans Tivrognerie à tous les déportements.
Toutes ces contradictions sont applaudies moyennant le passe-port de morale douce «t pure. Un écrivain sensé et non philosophe aurait adopté une seule opinion, un parti raisonnable, comme de permettre qu'on bût modérément du yin, chose assez nécessaire au cultivateur, sous un climat brûlaut comme celui de Naples.
Fénélon, dans un autre chant de son livre, fait Téloge des doux présents de Baeekus pour charmer les soucis des hommes : pourquoi vouloir en priver le cultivateur qui en a besoin, non pour se cliarmer, mais pour prévenir des maladies si réparer ses for^ses épuisées par les feux de Ja canicule? Un pauvre moissonneur brûlé pendant une journée par le soleil de Naples, aurait besoin d'un p^u de vin pour se soutenir : il n'en aura point-, cela ne convient pas i la morale : il faut que les moissonneurs deviennent philosophes, qu'ils s'exposent à une bonne fièvre , plutôt que de se restaurer par un verre de vin ! risum teneaiis.
Le Télémàqce est vanté comme orade de saines doctrines de l'éducation philosophique : je n'y vois, ainsi que dans tous les livres de morale , qu'un tissu de fadaises faites pour fausser l'esprit des jeunes gens, les conduire à la perdition s'Wa s\\\n^\\\ ^^oSfôavîsïîXV, ^s^skslV
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ée ces préceptes , que tout père a bien raison de menfir par imHtuticn eupiéi^. Un enfant imbu, de tel» principes ne serait qu'un pédant hébôté : arrivant à la tabte de son père, it y verrait, comme dans tous les ménages , un ragoût des restes de la veille : il faudrait donc qu'il sortît de table en disant au père : a Je ne » veux pas amollir mon àme m faire eomister ma » grandeur dans les ragùûis. )> Si c'est un prince élevé selon le Télèmaque, il faudra qu'en montant au trône de France , il dise à ses peuples : « Habitants de Bor- )) deanx et Cognac , de Languedoc et Provence , de y> Bourgogne et Chatnpagne, arraôhez toutes vos vignes • )) n*en gardez qne de quoi dire la messe ; k vin est la, » source des plus grands maux* Quand il n'y aura pins » ni vins ni eanx*de-vie à vendre dans Bordeaux et la )> ttocbelle, dans Marseille et Cette, vous verrez les » vaisseaux y aecoarir de tontes parts , et les trésors y )) entrer comme les flots viennent l'un sur l'autre. »
<( C'est mal interpréter , réplique-t-on : Fénélon )> disait cela au figuré* » Non vraiment : d'ailleurs , à qui servent des préceptes qu'il ne faut prendre qu'au figuré ? Il ordoitne très-positivement, anrec des augures sinistres contre ceux qvt n^'obéirônt pas : toutefois , si l'on doute du ridicule de ces doctrine, examinons-en pièce à pièce quelques-unes, d'où il sera évident que l'auteur veut anéantir la civilisation-, ce qui serait fort sage s'il indiquait une meiWewv^ soà^V.^*^ \svm <sjis«Nr>
btaUe à Un» les philosophes, il veut délnûre sdu» «avoir èéifier. Démontrons par des ekations.
Education des Cretois. <« On ne ienr propose jamais » d'awire plaisir queceioid'ètreinvincibiesparlayertu.)» Quelques-uns penseront qu'avec la vertu il faut de FartiBerie; encore n'esVQQ pas sûr d'être invincible avec des vertus- et des canons. Si je ne craignais les longueurs, je voudrais analyser au moins vingt balourdises dans cette proposition de plaisir moral ,. où il est impossible de trouver nn sens. Allons plus loin.
(( En Crëte^ oo met le courage à fouler aux piiedsles )) trop grandes richesses., v Encore une viaglaine de balourdises dans ee genre de courage, comme dans le plaisir précédent. Tous les riches Cretois sont occupés à fouler aux pieds des sacs d'argent! S'ils le mépriseBl tant, pourquoi ont- ils pri^ la peine é^ le gagner? La belle chose que les idées n^orsdes, quand on les met en parall^ avec le bon sens.
a Ea Crète, on punit trois vices qui sont impunis » chez les autres peuples^ l'ingratitude, la dissimula^ » tion et l'avarice. » Eh ! ce sont les colonnes de la civilisation. Ego'ismey faussMr cupidité. Si Fénélon ne veut pas de ces trois vices , il ne veut pas de la civilisation.
(( En Crète tout le monde travaille el personne ne » songe à s'enrichir, w De plus fort en plus fort ! Comment se fait- il donc c\u'\V ^ ^\V. V^'e^X^^ ^^^xic^-^
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richei , mettant leur courage à fouler aux pieds les trop grandes richesses? Ile fortunée! on s'y enridiità l'excès, sans songer à rien gagner ! Le seigneur Fénélon a rêvé ici un effet de THarmonie sociétaire*, il ne lui restait qu'à en inventer la théorie.
« On n'y souffre ni meubles précieux , ni festins dé- » licieux , ni habits magnifiques , etc. , etc. On y boit » peu de vin (c'est dommage, dans le pays de Mal- » voisie). Tout au plus y mange -t -on de grosses » viandes, sans ragoûts. » Encore la guerre aux ragoûts et au vin ! mais les Mahométans qui ne boivent pas de vin, sont- ils meilleurs que nous? Voyez les massacreurs de Scio, les bourreaux ottomans occupés à faire périr une nation entière dans les supplices! Sontils donc moins yicieux que les buveurs anglais qui leur aident à exterminer les Grecs?
Parlant du Roi de Crète il dit : « Les lois peuvent » tout sur lui : il a les mains liées dès qu'il veut faire » le mal ( voici les principes jacobites dans un traité )) de morale douce et pure et d'éducation vertueuse). » Les lois, en Crête, ne veulent pas que tant d'hommes » servent, par leur misère et leur lâche servitude, à » flatter l'orgueil et la mollesse d'un seul homme. Le » Roi ne doit rien avoir au-dessus des autres; il » doit être plus sobre , plus exempt de faste qu'aucun » autre ; il ne doit pas avoir plus de richesses et de » plaisirs (lat sainte ègaVilèy. c^ n' ^sV ^w»\. ^w« V\v.
» même que les Dieux Tont fait Roi; il ne Test que )> pour être Thomme des peuples. Quelle horrible inhu- » inanité de leur arracher les doux fruits de la terre » qu'ils ne tiennent que de la nature libérale et de la » sueur de leur front ! »
En substance, il veut qu'on supprime les impôts, qu'on rédime la liste civile, qu'on lie les mains au Bot, et que l'autorité passe au peuple. Voilà en propres termes l'argot de la jacobiniére, le pendant de la loi agraire conseillée plus haut. Cependant c'est Fénélon qui parle ; c'est le livre sans pareil , la boussole d'éducation, la quintessence de morale ^uce et pure. Eh! trouve-t-on dans la morale autre chose que l'esprit démagogique allié aux rêveries des folles vertus? Tel estle piège des ouvrages bien écrits : déraison politique et morale; pas une phrase où l'on puisse concilier l'auteur avec lui-même; pas un précepte compatible avec le sens commun! Tout à l'heure Mentor a retranché la musique molle et efféminée qui corrompt toute la jeumsse^ et plus loin il met ses bergers en quête pour aller chercher des chansonnettes !
« Le berger revient avec sa flûte , et chante à sa )) famille assemblée les nouvelles chansons qu'il a )) apprises dans les hameaux voisins. > Quoi, seigneur Fénélon, vous voulez qu'on mène une vie sérieuse et noble , sans aucune musi(\we motte et e^€MW(vt^\ ^ you& comeinei de perdre \^ \^vk^% ^ ^^^5s«^"^^ ^"^
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ehansons, en changer tous les jours l A telle page yous n'admettez que la gravité et la constance, puis au feuillet suivant vous prêchez la frivolité et la nouveauté à ces misérables Salentins. Vous dites : « Ils n'auront )) que du pain et des fruits de leur propre terre , gagnés )) à la sueur de leur visage. L'époux avec les ehers » enfants doivent revenir fatigués \ tous les maux du » travail finissent avec la journée. » Les voilà donc harassés, ne songeant qu'à trouver leur soupe aux choux et leur châlit, n'ayant pas le temps de courir les villages voisins j pour s'y meubler l'esprit de chansons efféminées et interdites selon vos dogmes , qui « bornent » la musique aux fêtes des temples, aux louanges des » Dieux et des Héros r »
Pour en finir de ces billevesées morales, voici le vertueux Narbal prouvant qu'il vaut mieux mourir que de mentir*, soutenant que Télémaque et lut doivent aller à l'échafaud plutôt que de dire ua petit mensonge qui leur sauverait la vie. Mais si nous avions raisonné de la sorte en 93 et 94, où en serionsnous.^ Chacun pour sauver sa vie a dit force mensonges aux comités révolutionnaires : pour mon compte, j'ai trompé trois fois en un jour le comité, et la visite domiciliaire : dans ce seul jour j'ai trois fois écha^^ à^ la guilloiine par de bons mensonges, et je crois avoir
bien fait, n'en déplaise aux. mot^\\^V«&
Jo viens d'appuyer la Ihèse çai wti ^^^t^>v^fc&s^\SvaR&
dogmatiques de Télémaque^ le bon homme Fénélon ne se doutait guère des résultats qu'aurait, en 1789, sa doctrine essayée en France. Fénélon n'est pourtant pas suspect de perversité : qu'est-ce donc des auteurs écrivant bien comme lui et n'usant de ce talent que pour exciter le désordre, s'élever aux fonctions publiques en bouleversant le système social ? Ne suffiraitil pas de cette considération , pour apprendre enfin aux modernes qu'il faut, en politique sociale, se défier des ouvrages bien écrits, recourir aux inventions bien raisonnées , reconnaître enfin à quels travers systéma-
tiques, à quel degré de folie les dogmes de modération et les jongleries oratoires peuvent conduire la politique, lorsqu'elle se confie aux systèmes des philosophes qui , en feignant de vouloir modérer les passions, ne veulent que se livrer à leurs fantaisies et y asservir tout ce qui existe.
( Théorie de VUnHé universeBe , par Ca. Foubieb.)