DISTINCTION ESSENTIELLE ENTRE LES DEUX PARTIES
DE l'ouvrage.
Aujourd'hui ii se trouve dans tous les partis des hommes qui reconnaissent que l'industrie ne peut pas , sans un immense danger, être abandonnée plus longtemps au caprice, à l'arbitraire de l'intérêt privé 5 qu'un besoin pressant des Sociétés réclame une prompte organisation des travailleurs. Malheureusement, nul ne propose un plan pour cette organisation, nul ne peut dire ce qu'il ferait s'il était mis en demeure d'exécuter (0.
(1) Quelques-uns ont donné la réforme électorale comme un moyen , comme la Toie qui deTait conduire à l'Organisation du tra-
iS6 INTERMÈDE.
Fourier seul offre un projet , expose avec précisiocr tous les détails d'une réforme complète. Comment ce plan unique d'une réforme dont la nécessité est si généralement sentie , n'est-il pas étudié de toute part avec un soin religieux ?
Des attaques sans bases ont été portées contre la Théorie par des hommes qui n'en connaissaient pas le premier mot ^ et d'autres hommes, dont le rôle intellectuel ici-bas est de répéter ce qu'ils ont entendu, ont répandu ces accusations en les grossissant. Mais ces vains bruits ne peuvent prévaloir longtemps contre le bon sens -, et notre prière , si ju^e puisque nous demandons seulement qu'on nous écoute avant de nous condamner, si pressante puisqu'il s'agit du salut de notre espèce, sera bientôt entendue; et même déjà, de toute part, les hommes de cœur nous encouragent en témoignant pour nos efforts une généreuse sympathie.
En quoi donc nos idées peuvent-elles inspirer cette
Tail. Mais, en vérité, il n'est pas possible de prendre au sérieux une semblable proposition. Les partisans de la réforme peuvent prétendre , ce qui n'est pas prouvé certainement , que le pouvoir constitué par cette réforme aura meilleure volonté que l'ancien. Mais saura-t-il mieux ce qu'il faut faire? Evidemment non. Ces hommes que la réforme appellerait à la Chambre existent en ce moment , et rien ne les empè:;he d'exposer leur projet d'Organisation , s'ils en ont un ; ce serait en le mettant en demeure d'agir, qu'ils prouveraient le mauvais vouloir du Gouvernement et la nécessité de le modifier. S'ils se taisent, c'est qu'ils ne savent pas; sMIs ne savent pas, ce ne sont pas les bancs de la Chambre qui leur inspireront la science qui leur manque; et tant que la science manquera, la proposition d'organiser le travail pourra prendre rang , quant au résultat, à côté de la fameuse proposition faite à la tribune des rats, d'attacher un grelot au cou de Rwainagrohis, Certes les rata de l'assemblée étaient pénétrés de l'excellence de la motion , pétris de bonnes intentions en sa faveur; mais, comme dit Y. Considérant ;. les bonnes intentions ne suffisent pas, il faut encore antre chose
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répulsion qui les ferait mettre, sans examen, hors la discussion. Quels sont les principes respectables, les préjugés mêmes sanctionnés par Tusage et le temps, que nous cherchons à renverser. En morale, en religion, en politique, n'acceptons-nous pas tout ce qui est? Chez quel peuple trouverait-on un article de loi, une sentence morale, une prescription religieuse, au nom desquels on serait en droit de s'opposer à Tessai que nous proposons? Cet essai est entièrement expliqué dans la première partie de ce livre : quiconque nous a suivi jusqu'à ce moment peut prononcer.
Dans nos spéculations nous parlons peu de ce qui est organisé bien ou mal. Nous allons au plus pressant , au point où nulle trace d'Organisation ne se montre, où régnent le désordre et l'anarchie. C'est là que la réforme doit se porter d'abord , et là nous ne pouvons heurter un principe : il n'y en a pas *, troubler une fonction régulière : il n'y en a pas ^ compromettre l'ordre : il n'y en a pas! Le champ de l'industrie, c'est le chaos.
Que ceux qui veulent nous combattre laissent donc dormir ces foudres morales, religieuses, politiques, qui se consument sans nous atteindre : qu'ils examinent enfin le projet que nous offrons, qu'ils en cherchent les points faibles, qu'ils prouvent qu'il est par lui-même impraticable ou sans valeur.
L'Ecole phalanstérienne propose donc une seule chose : organiser le travail dans une Commune.
Si l'essai était fait, s'il donnait tous les résultats promis par la Théorie, il serait nécessairement imité, et la réforme, s'étendant de proche en proche, envahirait rapidement toutes les Communes du Monde civilisé.
L'esclavage serait aboli de fait le jour où , par le
mécanisme de la série , toute industrie deviendrait attrayante ; car il ne serait plus nécessaire de contraindre au travail Thomme qui s'y livrerait par passion.
Puis les barbares et les sauvages, qui répugnent à nos coutumes , les accepteraient avec transport quand elles offriraient à leurs penchants , qui sont les nôtres , une pleine et légitime satisfaction.
Et sur le Globe entier, couvert de Phalanges, les sciences, les arts et l'industrie se développeraient largement, et Tordre le plus parfait pourrait régner enfin avec la liberté la plus absolue.
Alors tout ce qui est en dehors de la Commune, tout ce qui réunit et centralise , lois , mœurâ , religion , gouvernement , tout tendrait à se mettre en harmonie avec Tordre nouveau : alors , Texercice de l'industrie étant unitaire, tout convergerait vers l'Unité, et les hommes chercheraient à s'unir dans une même foi religieuse, sous une même loi, avec des coutumes morales identiques.
Ce désir de voir l'Unité régner en toutes relations humaines est un désir saint et légitime. La vérité est UNE : il est bien d'espérer qu'en toutes choses les hommes sont appelés à la connaître , à la pratiquer.
Fourier a donc pu, sans se soucier du blâme injuste qu'il prévoyait, exposer sa pensée sur ces croyances, surces coutumes unitaires de l'Harmonie. Cette pensée, dans le domaine de la théorie pure, non suivie d'une proposition , doit rester sans action sur le présent. Elle sera acceptée ou repoussée par les générations de l'avenir, qui seules auront à décider.
C'est de ce point de vue qu'il faut étudier la seconde partie de cet ouvrage, où sont exposées ces idées que Fourier lui-même ne donne que comme des rêveries. Ces rêves, j'en conviens, sont pour moi de hautes ex
LIMPIDES VÉRITÉS , auxquelles je crois apec toute Vënergie d'une conviction raisonnée. Mais si Ton admet le côté pratique de la Doctrine, on doit appuyer les tendances de l'Ecole qui y sont toutes renfermées, lors même que l'on rejetterait ce que nous avons encore à dire.
Car ces idées d'avenir, fussent-elles aussi condamnables que quelques-uns l'ont prétendu, prouvent-elles que l'Organisation de la Commune doit être repoussée ? Le même homme ne peut-il avoir formulé de bonnes et de mauvaises pensées? Et, dans ce cas, ne doit-on pas faire un choix? ne serait-il pas absurde de tout confondre dans une même réprobation ? Si ce que nous avons proposé est bon , comment ce que nous avons à dire encore pourrait-il le rendre mauvais ?
Après cette réserve (0 , que tout loyal adversaire acceptera , nous aborderons franchement toutes les questions , bien convaincu que celui qui nous aura compris avouera, du moins, que des idées semblables sont nécessairement parties d'uNE puissante intelligence et
d'UN noble COEUÏi !
{{) Pensant qu'il était inutile de souleyer des questions que le temps seul peut résoudre pratiquement « l'Ecole, jusqu'à ce jour, a gardé le silence sur la partie transcendante de la découverte. Ce silence n'a pas été compris : certains moralistes et dévots, croyant y Toir l'indication d'un point vulnérable , ont refusé d'examiner le projet d'Organisation qu'on leur présentait, et se sont occupés exclusivement de choses dont on ne leur parlait pas ; cherchant avec amour de la matière à scandale , tressaillant de joie quand ils parvenaient à pécher dans les livres de l'Ecole quelque mot au moyen duquel il leur fût possible d'équivoquer, d'injurier, de diffamer, ils ont dit de la Doctrine : sottises et infamies !
Ceci est un des motifs qui nous ont déterminé à faire connaître, une à une, toutes les sottises, toutes les infamies de cette Science dont personnellement nous acceptons toutes les conclusions.