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(f ) Les Faqairs et les Fées sont des corporations régalatrices de la passion Amour. Noos parlerons des Vestales au chapitre suivant.
(2) Le trône à titre d'Amitié sera donné aux enfants qui auront montré le plus de courage et de dévouement dans les travaux répugnants.
(5) Le trône à titre d'Ambition appartiendra à ceux qui auront servi avec éclat dans les armées industrielles.
ORGANISATION BB LÀ SOGlÉTlÊ. 169
Tous ces trônes, le 6*. excepté, sont donnés par l'élection. La plupart sont annuels avec facilité de réélection.
Le principal trône (n°. 16, branche d'Unitéisme) est donné pour la vie , c'est-à-dire pour cette période de la vie pendant laquelle Thomme jouit de la plénitude de ses facultés. Le choix sera facile ; pour ces fonctions compliquées qui donnent la surveillance de tous les travaux d'une division du territoire, il se présentera peu de prétendants. Pour être capable de remplir ce poste, il faut y avoir été disposé par la nature, et celui qui en serait chargé , sans y être propre , souffrirait d'une impuissance, évidente bientôt pour lui-même comme pour tous. Les prétendahts aux autres trônes électifs seront plus nombreux : mais ces trônes étant annuels ou bisannuels, il sera possible de satisfaire toutes les ambitions légitimes.
C'est que nous admettons qu'il y a entre les vocations, les caractères et les choses à exécuter, un juste équilibre, sans lequel toute tentative d'amélioration sociale serait radicalement impuissante. La science peut seulement mettre chacun en présence de son œuvre : il faut qu'alors chaque œuvre ait trouvé son ouvrier. Pour toute action il doit se présenter beaucoup de soldats et peu de chefs, de manière que chacun puisse prendre la place qu'il est heureux de remplir.
La Société n'a pas à donner des vocations, mais À discerner les tendances naturelles, à les développer et à leur fournir de Temploi ^ au contraire de la Société présente, qui ne sait offrir qu'une fonction aux trente vocations de Findividu, sans même s'inquiéter si Fex^cice de cette fonction unique peut développer un seul de ses goûts.
Cet équilibre entre les vocations et les fonctions sera facilement admis par tous ceux qui, ayant étudié le grand livre de la nature , sont accoutumés à admirer la suprême sagesse de ses lois. Nous voyons déjà un équilibre de cette espèce entre les sexes , et ceux qui donnent le hasard pour seul principe, n'ont pas cru à leur théorie assez {fbur s'inquiéter de ce qui adviendrait si le hasard faisait que cet équilibre fût rompu , et que l'égalité numérique entre les hommes et les femmes cessait d'exister.
Nous avons dit qu'un des trônes, faisant seul exception à la règle commune, ne se donnait pas par le mode électif. C'est le trône au titre Familisme : il est héréditaire et reste dans la même famille à perpétuité.
La passion Familisme présente un caractère qui la sépare tranchément des autres affectives : les liens formés par celles-ci sont des liens de choix-, on choisit ses amis, sa femme, son mari^ on se rattache librement, par ambition, aux corporations qui tendent au bqt
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vers lequel on se sent entraîné : mais on ne choisit ni ses parents, ni ses enfants^ la nature les donne, on les accepte et on les aime (on les aimera du moins), quels qu'ils soient, lors même que Ton n'aurait avec eux d'autre lien que celui du sang.
Il est facile de concevoir la haute utilité de ce caractère exceptionnel du Familisme. Il est bon qu'un homme soit lié aux autres hommes à tous les instants de sa vie , ce qui ne serait pas si toutes les passions dépendaient du choix, puisque Tenfant n'aurait aucun lien avec ses semblables avant d'avoir pris un développement suffisant pour être connu et apprécié. C'est par le Familisme que l'enfant est chéri, même avant de voirie jour, qu'il est impatiemment attendu à son entrée]dans la vie, qu'il tient affectueusement à plusieurs déjà , en attendant qu'il puisse tenir à un plus grand nombre parles autres passions.
S'il faut que le Familisme soit une passion pour ainsi dire instinctive, agissant sans la participation du libre arbitre, ne faut-il pas encore que le caractère particulier de cette passion se reproduise dans tout ce qui dépend d'elle , dans tout ce qui tend à en régler l'exercice.
Il se trouvera donc, à chaque degré de la hiérarchie, dans chaque Régence, un trône héréditaire pour la direction de tout ce qui tient à la famille, à l'état civil ^ pour conserver les traces du passé, les archives, les généalogies, les traditions, l'histoire -, pour tenir compté
des croisements des races et de leurs effets , etc. L'hé^ redite était nécessaire pour des fonctions qui exigent des soins minutieux, des recherches scrupuleuses, un travail continué avec régularité pendant des siècles^ car ces qualités ne peuvent se rencontrer que dans une famille traditionnelle elle-même, pour ainsi dire, et dans laquelle se transmet, de générations en générations , une fonction où elle trouve depuis longtemps sa grandeur et sa fortune.
Toutes les opinions politiques et autres ont nécessairement leur raison d'être-, elles tiennent à une tendance naturelle, à un sentiment vrai du cœur humain : ce n'est pas dans ce qu'ils demandent que les partis ont tort, c'est toujours dans ce qu'ils refusent. La science, la vérité sociale, doit accepter tous les vœux, en levant l'obstacle qui les rendait inconciliables, en offrant une combinaison assez large pour les contenir , pour les contenter tous à la fois.
La hiérarchie que Fourier a conçue donne bien satisfaction à tous les vœux qui se sont manifestés au sein des nations , au désir de chefs électifs comme au désir de trônes héréditaires, mais elle circonscrit l'hérédité dans ses limites naturelles en lui livrant le seul domaine de la famille.
Par contraste avec ce tr^ne héréditaire donné par le hasard , sans que la volonté humaine soit consultée, la
hiérarchie comprend un trône que Thomme décerne en obéissant seulement à son caprice. C'est le trône tunnel de Favoritisme (n°. 15) (branche d'Unitéisme). On y est élevé parce que Ton plaît, sans autre raison. Le trône de Favoritisme donne la présidence des fêtes, des plaisirs , des réceptions ; cette présidence n'appartient-elle pas de droit à celui qui sait le mieux séduire et entraîner ? Cet engouement aveugle des masses pour quelques individus est bien naturel à Thomme : i\ devait être satisfait , mais toujours dans les limites où il ne peut agir qu'heureusement.
Lorsque la réforme sera généralement acceptée , on désignerales premiers tituIairesdestrônesdeFamilisme, on distribuera des sceptres héréditaires vingt fois plus nombreux que les trônes occupés aujourd'hui , et dont plusieurs correspondront à des territoires bien supé-rieurs en étendue aux plus vastes empires du présent et du passé.
Cette distribution de trônes de tous les degrés permettra non-seulement de laisser en place tous les princes aujourd'hui régnants, tous les personnages en possession de hauts emplois , mais encore de replacer les princes dépossédés, les prétendants, tous ceux qui ont perdu une position parles révolutions et les guerres. Ainsi la science ne fait jamais défaut à son principe conciliateur^ au lieu des trônes chancelants, sans cesse
menacés par les orages, sur lesquels sont assis les chefs de la Civilisation , elle offre à ceux-<;i des trônes fermes et stables, et à jamais assurés à leurs descendants.
La régence des degrés inférieurs de la division du territoire pourra s'établir dans un Phalanstère cheflieu , aux constructions duquel on ajoutera quelques annexes. Pour le gouvernement des divisions supérieures , à partir de la Pentarchie , par exemple , qui correspondra en étendue à Tun de nos départements , il faudra des chefs-lieux distincts des Phalanstères, des villes de plus en plus importantes , s'élevant par degrés jusqu'au chef-lieu de TOmniarchie, ville capitale du Globe 0).
Ces villes seront les centres des mouvements commerciaux, les points de ralliement des armées industrielles dont nous parlerons plus loin. Là se réuniront les sociétés savantes, artistiques, agricoles, industrielles , les personnes avides d'un haut enseignement ;
(f ) Fourier désigne Gonstartiiiople comme la Tille qui, par sa position géographique . est appelée à remplir ce premier rôle. Après la canalisation de l'isthme de Suez, lorsque les vaisseaux pourront se rendre, par la mer Rouge, de la Méditerranée dans la mer des Indes, Gonstantinople sera le centre des populations.
Napoléon, qui croyait, lui aussi, à la constitution de l'unité humaine par Tassociation des peuples (yoir le Mémorial de Ste, -Hélène ), avait sur Gonstantinople la même pensée que Fourier. « Mesurant avec » un compas , dit M. de Las Gases , les distances sur la carte, l'empe- » reur disait Gonstantinople placée pour être le centre et le siège de « la domination universelle. »
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là se trouveront les expositions, les bibliothèques^ les musées, les galeries» les collections de plans, de cartes, de minéralogie, de géologie, d'histoire naturelle, les grands théâtres^ etc., etc.; là les hommes éminents en tous genres viendront se chercher, se grouper, se mesurer.
Les villes seront ainsi occupées par une population flottante, par des corporations et des individus venant périodiquement de divers lieux. Pour le service régulier, chaque Phalange du ressort de la ville fournira des détachements successifs, relevés aussi souvent qu'il sera nécessaire, et qui en formeront, pour ainsi dire, la garnison. Ainsi, pour tous, à peu près, le séjour des villes ne sera que momentané.
Les villes ressembleront aux Phalanstères par leurs dispositions matérielles. Elles se composeront, comme les villes actuelles, d'îles de maisons entourées de toute part par des rues -, mais chaque île n'aura qu'un corps de logis sur ces rues : l'emplacement en arrière, occupé aujourd'hui par Iles seconds et troisièmes corps de logis, formera un grand jardin central. Ces jardins et les rues plantées d'arbres embelliront et assainiront tous les quartiers.
Une rue-galerie donnant sur les jardins régnera au premier étage de tous les bâtiments. On traversera les rues, pour passer d'une île à une autre, au moyen de ponts sous lesquels les voitures pourront circuler.
i76 SECONDE PARTIE. CH. Y.
Ainsi , comme dans les Phalanstères , on parcourra les villes en toutes saisons, sans craindre Thumidité ni les influences de Tair.
La culture des jardins, des boulevards, des promenades et du territoire de la ville, n'exigera qu'une faible partie du temps d'une population aussi nombreuse. Aussi, par exception, dans les villes, les travaux des sciences, des arts, des manufactures, du commerce, domineront, par leur importance, les travaux purement agricoles-, purement agricoles, car dans les villes se trouveront encore les travaux théoriques de culture, les jardins botaniques, les pépinières, les essais, etc., etc.
On utilisera les villes actuelles, qui seront reconstruites par parties, et à mesure que l'accroissement de la richesse permettra de nouvelles dépenses, en rasant les seconds corps de logis pour l'établissement des jardins; en mettant en communication les chambres des premiers étages donnant sur les cours, par des percées et des escaliers, de manière à former une ruegalerie plus ou moins commode; en jetant des ponts par-dessus les rues, en détruisant les quartiers malsains, etc., etc.
Les armées industrielles seront chargées de tous les travaux qui intéressent plusieurs Phalanges à la fois, comme chaussées, ponts, chemins de fer, canaux, encaissements des fleuves , reboisements des montagnes ;
ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ. i77
elles auront à assainir, à fertiliser toutes les parties du globe , les landes, les steppes, les savanes, les ianos, les marécages , les déserts , qu'il faudra conquérir pied à pied ; elles devront percer les isthmes comme ceux de Suez et de Panama, mettre en communication avec rOcéan les grands lacs qui en sont assez rapprochés, etc.
Une armée sera du degré marqué par le degré de la division territoriale intéressée à ses travaux; elle sera convoquée et rassemblée par les soins de la régence de cette division , régence qui prendra une partie de Tarmée dans la région qu'elle gouverne, et demandera les autres parties aux régences d'autres régions. Un pays qui aura reçu , de cette manière, des secours de ses alliés, devra à ceux-ci des secours équivalents dans des circonstances analogues.
La réunion de corps pris dans diverses contrées, et exécutant chacun suivant la méthode de ses ingénieurs, entretiendra dans l'armée une puissante émulation. Il se livrera de véritables batailles industrielles, et le triomphe, célébré avec pompe, retentira sur toute la terre. Les travaux des armées industrielles auront encore plus de grandeur et de poésie que les travaux guerriers. Quand il s'agira, par exemple, de rendre à la culture les sables brûlants de l'Afrique , il faudra braver assez de fatigue et de dangers , déployer assez d'énergie , prouver assez d'intelligence, pour légitimer le noble orgueil des conquérants.
178 SBGOKDE PitlTie. GH. T.
Les armées , composées des trois sexes , réuniront tout ce qu'il y a de plus brillant dans la jeunesse et dans la virilité. Visitées par les caravanes d'artistes qui parcourront le globe comme autrefois les troubadours et les trouvères (0 , elles attireront à elles par leur composition, par la grandeur et le lustre de leurs travaux , par Téclat de leurs fêtes : chacun désirant en faire partie, loin d'employer la contrainte pour les recruter, on devra modérer Télan en exigeant certaines conditions des candidats.
§ II. Equilibre atmosphérique.
Le travail intelligent et combiné des Phalanges et des armées industrielles rendra l'humanité de plus en plus maîtresse de son globe. Fourier annonce qu'un des résultats de la culture unitaire sera de régulariser les saisons, de prévenir les intempéries, de régler les climalures de manière à les avoir toujours favorables. Fourier va même plus loin, il pense qu'en
(f) Les troubadours, les trouTères, les artistes en général, ne seront pas seulement artistes : ils auront développé toutes leurs facultés, leurs facultés industrielles par conséquent. Chaque membre d'une troupe voyageuse, arrivant dans une armée ou dans une Phalange, s'entremettra aux travaux des groupes , fera connaître ce qu'il sait 4 ce qu'if a appris ailleurs en perfectionnements, en bonnes méthodes, en procédés nouyeaux, etc. Ces artistes apporteront ainsi l'instruction en même temps que le plaisir.
persistant dans cette voie, rhomme parviendra à refouler les glaces qui défendent l'abord des régions circumpolaires, à conquérir ces dernières parties de son domaine, parties qui lui appartiennent légitimement, à moins que Dieu ne les ait créées dans le but unique et cruel de préparer des désastres et des naufrages à nos navigateurs.
Ces affirmations audacieuses sont de celles qui ont fait croire à quelques-uns que Fourier se laissait égarer par son imagination. Nous allons examiner ces prévisions, et nous verrons si elles méritent les railleries et le dédain avec lesquels on a tenté de les repousser.
On peut établir qu'il existe une intime relation entre ces trois choses : la culture du globe d'une part, et d'autre part, les mouvements de l'atmosphère et la circulation des fluides impondérables à travers la terre, circulation bien démontrée , entre mille phénomènes , par l'orientation de l'aiguille aimantée.
Par culture du globe, nous entendons tout ce qui tient à la vie proprement dite, aussi bien qu'à la végétation , la population animale d'une contrée étant la conséquence de son état agricole.
Comment l'homme, qui a la prétention de désarmer la nue au moyen de quelques tiges métalliques élevées sur ses édifices, refuserait-il d'admettre l'action éner» gique exercée sur les tempêtes par les myriades de
pointes offertes par les forêts dont il peut couvrir ses montagnes et ses coteaux.
Sans parler de Ténorme quantité de gaz absorbé et décomposé par la respiration animale et végétale , ne sait-on pas que Tétat de culture d'un pays influe essentiellement sur sa température, et que cette température réagit sur l'équilibre atmosphérique? Que Ton pense encore à Taclion mécanique d'une forêt sur le courant d'air qui la traverse. Les arbres sont agités en tous sens ^ les branches, les feuilles, sont ployées» déplacées, secouées , et toute la force qui agit pour produire ces mouvements est une force perdue par le fluide moteur : qu'on se rappelle que la pesanteur spécifique du bois est sixà septcentsfoiscellede l'air, et que par conséquent le mouvement d'un arbre réduirait à l'immobilité sept cents fois son volume d'air , animé d'un mouvement équivalent : on concevra quelle puissante action doivent exercer sur l'atmosphère le boisement et le déboisement des montagnes ^ on comprendra pourquoi les vents réguliers régnent seulement en mer et sur les plaines arides, et comment leur action est bientôt annulée quand ils traversent des contrées couvertes de hauts végétaux.
La dépendance entre l'état de culture du globe et la circulation électro-magnétique, devient également évidente, si l'on veut y réfléchir.
Quelle est l'action d'une pile galvanique sur un liquide
ORGANISATION DE LA SOCléTiS. 184
tenant en dissolution des sets ou d'autres composés? Chaque molécule, sous cette influence, semble douée d'intelligence et de vie; elle se meut, se sépare des molécules qui lui déplaisent , se joint à d'autres avec lesquelles elle se sent en affinité, et toujours avec nombre et mesure. Il se passe dans tout phénomène de vie quelque chose de parfaitement semblable ; le liquide , sève ou sang , qui doit porter la nourriture et l'accroissement à chaque partie d'un être vivant, choisit, accepte ou repousse avec sagacité les matériaux qui lui sont offerts, les entraîne et les dépose avec discernement et symétrie. On ne peut méconnaître ici l'action galvanique, qui nécessairement se rattache à l'action de l'énorme pile nommée la terre , dont l'influence se fait sentir à tous et partout.
Et comme toute action produit une égale réaction, il y a réaction puissante des phénomènes de vie et de végétation sur le grand courant magnétique.
Enfin l'action du fluide électro-magnétique sur les mouvements de l'atmosphère est tellement évidente qu'il suffit de l'indiquer ici.
Ainsi, comme nous l'avons posé, il y a dépendance étroite entre les mouvements de l'atmosphère, la cir-< culation électro-magnétique et la culture du globe.
L'action réciproque de ces trois choses n'est cependant pas la seule qui agisse sur leur équilibre. Il est des
i82 SECONDE PARTIE. CH. Y.
causes esLtérieures au globe qui tendeui à le déranger.
Ces causes extérieures sont d'abord l'attraction des corps célestes, le soleil et la lune principalement. Cette attraction produit sur Tatmosphére un effet analogue aux marées; le mouvement revient périodiquement, avec une intensité variable, d'après la position relative des astres qui le déterminent.
Le mouvement de rotation du globe peut être encore rangé dans les causes extérieures, puisqu'il a lieu en vertu d'une impulsion première, partie du dehors. Cette rotation, cette révolution diurne, produit les vents alises et les courants d'air analogues qui se font sentir périodiquement et dans les mêmes lieux. Le soleil , comité on le sait, concourt par son action calorifique ^ la production du phénomène.
Telles sont, en général, les causes qui tendent à déranger l'équilibre atmosphérique et l'équilibre électromagnétique. Mais ce qui importe, c'est de déterminer celles de ces causes qui peuvent agu* irrégulièrement sur ces équilibres.
Les causes extérieures produisant des mouvements réguliers que l'on peut prévoir et annoncer , c'est dans le globe lui-même qu'il faut chercher la cause des mouvements iriréguliers, des perturbations.
Et comme dans le globe tout marche régulièrement
excepté Tétat de sa surface , on est forcé de reconnaître que tout mouvement irréguHer de l'atmosphère ou du système électro-magnétique, vient de Faction irrégulière de rhomme sur la surface de la terre.
Tout est régulier dans le globe, car les perturbations séculaires ne doivent pas être prises en considération , quant à la question qui nous occupe : et parmi ces perturbations nous rangerons le refroidissement du globe, qui, à Tépoque où nous nous trouvons, est à peine sensible dans un grand nombre de siècles. L'action de ce refroidissement sur les irruptions volcaniques et les tremblements de terre ne peut être que secondaire aujourd'hui ^ un dérangement dans la circulation électromagnétique est la principale cause de ces phénomènes.
Ainsi d'une part on ne peut trouver aux irrégularités dont nous parlons d'autre cause que l'état de la culture du globe*, et d'autre part on comprend que l'action de cette culture est assez énergique pour expliquer ces irrégularités.
On est donc conduit à reconnaître que par une culture régulière du globe , l'homme ramènerait tous ces phénomènes à la régularité.
Ainsi , en agissant sur son domaine d'une manière unitaire , en parfaite harmonie avec les lois naturelles, l'hommepréviendrait toutexcès, toute intempérie, toute perturbation atmosphérique et électro-magnétique.
Alors, dominateur des airs, il les façonnerait à lui
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i84 SECONDE PARTIE. GH. T.
donner chaque année d'abondantes richesses, juste fruit de sa sagesse et de son travail intelligent.
Comment Foarier est-il arrivé à croire que le nouvel équilibre aurait pour résultat de fondre les glaces du pôle, de désobstruer les mers et les détroits de ces latitudes , d'agrandir ainsi le domaine de Thomme de tant de contrées aujourd'hui désertes, dont on s'inquiète depuis tant d'années, avec tant de fatigues, de dangers , et si peu de succès?
En étudiant les dispositions des continents, on a souvent remarqué qu'ils présentent tous une pointe allongée vers le sud, et que, de ce côté, les terres sont terminées à une assez grande distance du cercle polaire. Au nord au contraire , les continents se rapprochent du pôle, pénèirent en s'évasant dans la zone glaciale, de sorte que l'océan arctique, s'il était praticable, deviendrait bientôt, à l'égal de la Méditerranée, un centre d'activité, un lien de communication pour tous les peuples.
Mais ces terres et ces mers , si bien disposées en faveur de l'homme, lui sont inutiles par suite du froid et des glaces qui en défendent l'abord. On pourrait même concevoir, avec l'équilibre actuel de température, une autre disposition des continents, qui, permettant de les doubler au nord comme au sud, serait plus favorable à l'humanité.
ORGANISATION DB LA SOCIÉTÉ. iSS
Fourier ne croit pas au hasard : il admet une cause première régissant les créations par les lois les plus favorables, et il conclut hardiment de la disposition des terres , que le globe ayant été providentiellement préparé pour rhomme , Thomme doit être doué de forces sufiisantes pour écarter tout obstacle à sa domination.
El comme l'obstacle ici est la température du pôle , Fourier pense qu'il est donné à Thomme de modifier cette température.
L'homme, avons-nous dit, peut, par son action sur la surface de la terre, rendre réguliers, et les vents et la circulation des fluides électro-magnétiques.
L'irrégularité des courants électro-magnétiques se manifeste de plusieurs manières , entre autres par les irrégularités dans l'émission du fluide , dans les apparitions des aurores boréales.
Si, par la culture unitaire, le mouvement électromagnétique était régularisé , les aurores boréales devraient paraître régulièrement. Fourier annoncequ'elles augmenteraient en durée de manière à devenir permanentes , en intensité jusqu'à tirer, par leur action calorifique , les régions circumpolaires de leur linceul de glace, pour les ressusciter à la vie et à la végétation.
Et Fourier ne doute pas de ce résultat, parce qu'ainsi seulement il est possible de comprendre pourquoi les continents ont reçu une disposition qui, sans cette nouvelle
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source de chaleur et de lumière, sans la couronne ioréeUe, serait malheureuse et peu digne de la sagesse de Di^i. Fourier n'est pas le seul qui ait supposé aux aurores boréales une action calorifique : William Herschel et son fils ont eu la même pensée, lorsqu'ils ont admis qu'il y ayait analogie entre le fluide boréal et l'atmosphère lumineuse du soleil (0.
Un équilibre atmosphérique et électro-magnétique devait exister avant la création de l'homme , lorsque la terre, vierge encore, n'avait reçu aucune perturr bation par l'action de celui-ci. Alors , échauffés par la couronne boréale , les pôles étaient peuplés d'animaux et de végétaux. La couronne s'est éteinte lorsque l'homme, voué à l'incohérence sociale, ne prenant conseil que de son intérêt privé , a porté au hasard sa cognée inintelligente , pour flétrir la terre de l'ignoble empreinte de la culture morcelée (^). La couronne
(1) « L'électricité qni trayerse im air on des Tapeors eioeuiTement » raréfiées, nous donne de la lumière et sans doute de la chaleur. » Un courant continuel de matière électrique ne peut-il pas, en cir- » cotant dans le Toisinage immédiat du soleil , ou en traversant les » espaces planétaires . déterminer » dans les régions supérieures de » Tatmospbère solaire, des phénomènes du genre de ceux qui se » manifestent d'une manière non équivoque, quoique sur une plus » petite échelle , dans nos aurores boréales ? L'analogie possible » entre la lumière boréale et celle du soleil , est un point sur lequel » mon père a très-fortement insisté dans le mémoire cité plus haut. »
( Traité d'astronomie, par sir John Herschel. )
(2) Lerefh>idissementdo globe, d'abord rapide, a été une des causes
0R6AN1SAT10H BB Là SOCliT£. 187
renaîtra plus radieuse , lorsque l'humanité ayant iden^ tifié rintérèt privé avec Tintérêt général, marehant comme un seul homme à un seul but, embeilbsant son globe par une culture régulière et unitaire, fera succéder au désordre, non plus l'équilibre primitif et brut, mais un équilibre composé et raffiné.
Telles sont les menreilles que Fourier , illuminé par son audacieuse synthèse, ose annoncer aux hommes qui l'ont accueilli avec le rire de Tincrédulité. Pendant ce temps, chaque jour, la science positive et reconnue» marchant lentement d'observations en observations , découvre quelques fragments de ces grandes choses , sous Tobjectif de son analyse. Ainsi M. de CandoUe, de Genève, le savant naturaliste, le correspondant de rinstitut, a reconnu aussi qu'autrefois la couronne boréale avait existé. Je cite le Dictionnaire pittoresque d'histoire naturelle , article Géologie^ tome 3 » page 405. (( L'opinion d'un savant naturaliste, M. de Can- )) dolle , relativement à ces végétaux anciens qu'on re- » trouve fossiles dans toutes les contrées du globe,
de ces grands boalerersemenlB , de ces cataclysmes qui ont séparé les époques géologiques. Le refroidissement est devenu fort peu sensible en dernier lieu, et sur le globe préparé pour les animaux supérieurs et pour l'homme, un équilibre atmosphérique et électro-magnétique s'est établi. L'homme devait rafflner cet équilibre par le défrichement, mais par le défrichement auquel succédait la culture, et non par le déboisement des lieux élevés , par la destruction des forêts. L'action de l'homme sur les hauts végétaux a été presque toujours inintelligente et ftaneste.
» oblige à admettre en principe que ces végétaux , dont » quelques analogues ^loignés et d'une taille infiniment )) moins grande n'existent que dans la zone tropicale, y> n'ont pu exister qu'en admettant des changements )) dans l'axe de la terre, supposition que les géomètres » et les physiciens repoussent*, ou bien que ces végé- » taux, qui ont besoin de l'action d'une grande lumière, » outre celle d'une forte chaleur , n'ont pu trouver ces )> conditions essentielles à leur existence que dans » l'existence du feu central, jointe à celle d'un fluide
» LUMINEUX DIFFÉRENT DE LÀ LUMIÈRE DU SOLEIL. AÎUSi,
» pour expliquer la présence de ces végétaux, on est » forcé d'admettre un agent qui n'existe plus. En un » mot, la présence d'une lumière semblable à celle que » la Genèse fait apparaître avant l'astre du jour, devient » ici nécessaire. »
La Genèse et M. de CandoUe admettent donc aussi l'existence antérieure de la couronne !
Si cependant il en coûte trop aux esprits matérialisés de notre époque pour s'élever à de telles pensées sur la munificence du Créateur , cessant de spéculer sur la renaissance de la couronne, nous les renverrons à la Théorie de l'Unité universelle, tomel. Introduction, note A.
Dans cette note, Fourier étudie les faits qui se passent aujourd'hui sur la surface du globe ^ il désigne
des lieux, des villes, situés sous un même parallèle, et qui cependant diffèrent considérablement par leurs températures extrêmes et moyennes ^ il montre que les climatures les plus favorables correspondent toujours aux lieux soumis à la culture et environnés par des terres pareillement cultivées, car Tétat du sol réagit sur Tatmosphère d'une manière heureuse ou funeste , à des distances considérables.
Ainsi Tours, Astracan, Québec, sont trois villes de même latitude (^T""), situées sur des sols fertiles et bien cultivée. Cependant à Tours le froid ne descend en hiver qu'à iO ou 12° Réaumur, tandis qu'à Astracan et à Québec il atteint 30° et quelquefois 37° au-dessous de zéro. C'est que Tours est au centre d'une vaste étendue de terres cultivées , tandis qu'Astracan et Québec touchent à d'immenses déserts.
En résumé , Fourier établit p^r des exemples que, par la culture intégrale et unitaire du globe, chaque point inculte peut obtenir au moins » en température , 50** de bénéfice à répartir sur les excès de froid et de chaud. Ainsi si la culture s'avançait de toute part graduellement vers le nord , le climat des côtes boréales des continents s'adoucirait^ et les mers voisines seraient débarrassées de glace, pendant une partie de l'année du moins, lors même que la couronne ne devrait plus se remontrer.
190 SECONDS PARTIB. CB. T.
AiDfi-TOi , LE ciBL t'àide»a. Si ce(te pensée était comprise, l'humanité marcherait rapidement vers le bonheur.
Sur la terre, tout est régi par Taction combinée de l'homme et de Dieu . Dieu travaille avec nous, il est notre coopérateur , il fait jouer pour nous les grandes forces de la nature ^ mais il veut que nous unissions nos efforts aux siens, que nous agissions de concert avec lui : rhomme ne peut pas se passer de Dieu^ Dieu ne veut pas se passer de Thomme. Dieunou»mde^ aidons-n&w!
De Faction combinée et convergente de Thomme et de Dieu , Tordre, Tharmonie, le bonheur, doivent naître et envahir toutes lesbranches du mouvement , tous les régnes de la nature. Que Thomme comprenne et remplisse sa tâche, Dieu ne lui fera pas défaut!
Si quelque part il y a désordre, mal, douleur, auquel des associés faut-il s en prendre ? Qui de Dieu ou de rhomme a manqué à Tœuvre commune , a négligé son devoir ?
C'est Dieu ! ont répondupresquetoujours les hommes, et des hommes se croyant religieux. Ainsi, s'il y a désordre dans l'atmosphère, c'est Dieu qui le veut, c'est Dieu qui se plaît à geler les vignes , à brûler les prairies , à grêler les moissons , à inonder les campagnes-, c'est Dieu qui dévaste les champs, qili se rit des travaux de l'agriculteur, qui affame les populations !
ORGÀMISATIOM B£ LA SOCIÉTÉ. 191
Effrayé de tant de fléaux qui frappent inoessainineiit sur notre pauvre espèce , les prêtres élèvent leure voix vers le ciel ^ ils prient afin que Dieu se montre moins cruel, afin qu'il daigne nous épargner, nous pardonner.
Pardonner !... Mais la première condition du pardon est de se repentir, de ne pas persister dmàs sa faute. Si cette vallée est dévastée par des ouragans , la faute est d'avoir détruit cette forêt qui en couronnait les hauteurs et la protégeait contre Torage^ c'est cette faute qu'il faut reconnaître et réparer. Que l'boDime médite, comprenne, et qu'il se mette à l'œuvre : voilà la prière composée que Dieu aime , à laquelle il ne sana jamais sourd ^ tandis qu'il ne peut exaucer la prière simpliste que l'homme lui adresse , en se croisant les bras , sans réfléchir sur ses erreurs , saps travailler h en sortir.
La prière simpliste , la prière inactive , exprime Tespoir que Dieu bouleversera toutes les lois de la na-r ture pour que l'homme jouisse des biens que Dieu a mis à sa portée , quoiqu'il refuse de faire usage de ses facultés pour les prendre. L'homme ne veut pas faire quelques pas et étendre le bras pour s'emparer d'un fruit qui le tente, et il prie afin que Dieu, venant en aide à son inertie, place lui-même le fruit entre ses dents.
Parce que les lois de certains phénomènes ne aoiit
pas encore connues , nous imaginons que ces lois n'existent pas, que Dieu s'est réseryé d'agir sur ces points, jour par jour et capricieusement , aujourd'hui en bien, demain en mal. Alors nous le prions d'être bon, comme s'il n'était pas bonté infinie -, d'être libéral, comme si, déjà, il ne nous avait pas tout donné.
Car lorsque les lois de la nature sont bien connues , il ne nous vient pas de prier pour qu'elles soient modifiées en notre faveur. Ainsi nous ne demandons pas que le fleuve remonte vers sa source, que la pierre serve à apaiser notre faim ; le naufragé dont le vaisseau s'engloutit ne prie pas afin de pouvoir gagner le port en marchant sur les flots.
§ III. ÉquilAre des populations.
Nous ne pouvons nous dispenser de dire ici quelques mots d'^ine question sur laquelle les économistes ont raisonné, ou, plus exactement parlant, déraisonné comme à l'envi les uns des autres : la question de Véquilibre des populations.
Qu'on ne s'étonne pas si nous, obscur écrivain, nous osons ainsi accuser de déraison des hommes qui , par leurs travaux, ont conquis une haute position dans l'opinion et dans la société. Les économistes ont osé cent fois plus, puisqu'ils ont toujours admis, dans leurs
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vaines théories, que les lois providentielles étaient absurdes , stupides , impitoyables ! puisque , sans hésiter, ils ont implicitement accusé Dieu d'impéritie ou de cruauté.
Gomment ces hommes ont-ils imaginé que Dieu ne s'inquiétait en rien du mouvement des populations ? qu'il leur avait laissé le soin , pour prévenir une désastreuse exubérance , d'enseigner la prudence dans les mariages , tenant en réserve , pour rétablir l'équilibre, des moyens intelligents et paternels comme la guerre, la peste, le choléra !! •
Voyons si, avec plus de foi, nous n'arriverons pas à comprendre la loi du mouvement des populations ; et si cette loi, comme toute loi providentielle, n'est pas bonne pour l'espèce, dès que l'espèce veut en profiter.
L'homme, évidemment , doit tendre à s'emparer de toutes les parties de la terre, à les cultiver, à les assainir, pour tirer du globe toutes les richesses qu'il renferme , pour augmenter la somme de ses jouissances , pour compléter son bonheur.
Donc il est bon pour l'homme que la population croisse, jusqu'à ce que l'espèce ait occupé toutes les contrées , les déserts brûlants aussi bien que les déserts glacés^ jusqu'à ce que la surface de la terre soit couverte de travailleurs, en nombre suffisant pour sa parfaite exploitation.
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Par conséquent, à priori^ on doit penser que la iof tend à ce résultat , réellement providentiel et digne de Dieu, puisque rien , jusqu'à ce jour , ne tend à prouver qu'il en soit autrement.
Car Dieu n'ayant pas tracé les limites qui séparent les peuples , pour les parquer , chacun chez soi , en troupeaux ennemis , Dieu ne peut être rendu responsable s'il y a excès de population sur un point , tandis que d'immenses contrées sont encore désertes , ou à peine parcourues par quelques hordes sauvages, par qtielques audacieux voyageurs. Dieu ne pouvait faire pousser les hommes au milieu des déserts, et, tant qu'il est bon que la population augmente, les hommes doivent naître dans les pays déjà peuplés. Au lieu de • tenter, si ridiculement , de s'opposer à un mouvement résultant d'une loi naturelle, les économistes avaient à chercher comment cette loi était avantageuse, à indiquer les moyens faciles de répandre par essaims l'excédant de la population d'un pays, sur les régions qui manquent de travailleurs.
Ainsi la loi est bonne , si la population tend à augmenter d'autant plus rapidement que le nombre des hommes est plus éloigné du complet nécessaire à la parfaite exploitation du globe ; si le mouvement se ralentit à mesure que l'on approche de cette limite; s'il devient nul lorsqu'elle est atteinte, c'est-à-dire si
alors Téquilibre s'établit entre les naissances et \es décès.
Mais le mouvement des populations doit dépendre d€s conditions internes et externes de vie dans lesquelles rhomme se trouve placé. Voyons quels rapports peuvent exister entre la puissance de Thumanité sur son globe et Tétat physiologique des individus.
C'est par le progrès des sciences , des arts et de rindustrie, que Thomme deviendra de plus en plus maître de son domaine ; la puissance humaine atteindra donc son plus haut terme, lorsque toutes ces choses auront pris un large développement.
Ce développement aura pour résultat de placer rhomme dans des circonstances de plus en plus favorables à Tusage harmonique de toutes ses facultés , de toutes ses forces , â sa richesse , à son bonheur , à sa vigueur physique et intellectuelle.
Donc toutes ces. choses, puissance de l'homme sur son globe, progrés des sciences et deFinduslrie, perfectionnement, raffinement de l'espèce, doivent marcher parallèlement et tendre ensemble à un commun apogée.
Par raffinement de l'espèce nous entendons l'état où la conduira l'emploi complet et équilibré de toutes les facultés humaines. Ainsi une population de paysans peut être composée d'individus robustes ^ mais cette vigueur sans grâce , cette force sans adresse , cette
santé sans intelligence, ne constituent pas le rafSnemenC auquel Thumanité doit parvenir.
Donc enfin la loi des populations doit être telle , que la reproduction soit d'autant moins active que l'espèce sera plus raffinée.
Encore une fois, cette loi devrait être admise à priori, puisque la loi contraire, celle qui supposerait le mouvement d'autant plus facile que les individus seraient placés dans de meilleures conditions , conduirait à des résultats atroces, en pleine contradiction avec tout ce que nous connaissons de la nature.
On comprend d'ailleurs que l'homme utilisant toutes ses facultés , employant toutes ses forces , ne laissant dans l'inaction aucun de ses muscles, aucune partie de son cerveau» faisant» en un mot, tout ce qu'il lui est possible de faire, doit dépenser une somme de principes vitaux dont une partie aurait reflué sur le$ organes de la génération, si elle avait été sans emploi,
Mais nous examinerons l'hypothèse en elle-même , et nous reconnaîtrons qu'elle se vérifie dans tous les cas particuliers où il a été possible de l'appliquer.
Règne végétal : Lorsqu'une plante est cultivée avec soin , sous un ciel et dans un sol qui lui conviennent , lorsqu'elle se trouve dans les conditions les plus favorables à son développement , elle devient belle et vigoureuse ] mais, si la fleur est brillante, c'est que le
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nombre des pétales s'est accru aux dépens des étamines et des pistils, c'est que les organes de la reproduction ont été amoindris, c'est que même ils çnt pu s'eflacer entièrement.
Si de cette plate^bande où Ton cultive la plante avec tant de soins , il s'échappe une graine que le vent porte sur un sol aride, cette graine donnera une plante faible et maladive , mais présentant au complet tous les organes de la reproduction, par la réduction des pétales à leur moindre nombre. Il semble, disent les naturalistes, que la plante, sentant le danger de mort qui pèse sur elle, reporte tout ce qui lui reste d'énergie sur les organes sexuels , afin que la perte de l'espèce ne soit pas la conséquence de la mort de rindiyidu.
Règne animal: Il est assez bien établi que, dans les animaux domestiques , la femelle conçoit avec d'autant moins de facilité qu'elle appartient à une race plus belle, plus raffinée. Ainsi , en Angleterre , les juments de race ne sont livrées à l'étalon qu'après avoir été prédisposées à la conception par des précautions , par un régime convenable. Ces précautions ont pour but de déranger le parfait équilibre existant dans les fonctions de Tanimal , en ne lui offrant qu'une nourriture peu substantielle, en le fatiguant et même en le maltraitant. Nous savons que plusieurs juments anglaises reçues à Técole de cavalerie de Saumur , il y a peu d'années , avaient été saillies à plusieurs reprises et sans succès , jusqu'à
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ce qu'on ait discontinué les soins raffinés qu'on leur prodiguait, pour les préparer à la conception par ce régime anti-hygiénique.
Règne hominal : Sous le rapport physiologique , le passage deâ yégétaux aux animaux et des animaux à l'homme est insensible, et Ton doit croire que la loi qui se découvre chez les deux premiers est encore la loi de Tespéce humaine. D'ailleurs, il est possible d'observer dans l'humanité un grand nombre de faits qui la confirment. Les classes pauvres, misérables, étiolées, sont-elles donc les moins fécondes ? Les femmes les plus robustes sont-elles donc les plus aptes à la reproduction ?
Des publications récentes nous apprennent que la population du Paraguay , qui vit dans des conditions trés-favorables à la satisfaction de ses besoins matériels, s^'accrolt avec une lenteur surprenante pour ceux qui regardent l'accroissement rapide des populations comme un des signes de la prospérité d'un pays.
Enfin il résulte de travaux soumis à l'académie des sciences, en i842 et 1845, par MM. Bellingeri, physiologiste italien , et Doubleday , économiste anglais , qu'une nourriture abondante et substantielle est loin de favoriser la fécondité*, qu'une espèce se multiplie avec plus ou moins de rapidité suivant qu'elle est ou non menacée de s'éteindre, surtout quand le danger provient d'une diminution dans les aliments. Ici donc^
comme toujours, chaque observation nouvelle , chaque pas dans la science , est une confirmation des grands principes posés par Fourier.
Ainsi, i"". la loi que nous avons posée est seule digne de rintelligence infinie^ 2°. cette loi est vérifiée et confirmée par tous les faits qu'il a été possible d'observer.