CHAPITRE VI
Allez, tous vos discours ne me font pas de peur. Je sais comme je parle, et le ciel voit mon coeur.
MOUÈRK.
On a YU que les nations les meilleures furent toujours celles qui accordèrent aux femmes le plus de liberté; on Ta tu chez les Sauvages {Otahitiens), les Barbares ( Japwiais ) , comme diez les Civilisés [Français),..,
En résumé, l'extension des privilèges des femmes est le principe général de tous progrès sociaux.
FOUBJER.
EN abordant .des questions délicates, questions qui ne peuvent être touchées qu'avec une extrême réserve , nous sentons le besoin de rappeler encore une fois que l'Ecole propose exclusivement d'organiser le travail.
Si cette proposition était acceptée , si l'effet éprouvé
de Torganisation du travail était de confondre la raison et la passion dans une même tendance , d'identifier rintérêt privé avec l'intérêt général , toute contrainte morale ou légale , toute action répressive, serait sans but , puisqu'elle manquerait d'occasion pour se manifester.
Nous ne prétendons rien de plus^ nous ne sommes pas assez insensés pour vouloir la suppression de tout moyen coêrcitif, le plein essor des passions, avant qu'une expérience suffisamment longue du milieu réformé n'ait démontré , aux générations futures , que cet essor est sans danger.
Et tant que la passion peut enfanter le désordre , tant qu'elle peut être en opposition avec le devoir , nous voulons aussi que l'homme sache se vaincre ^ et si sa raison n'y suffit pas, qu'il craigne la loi armée pour prévenir d'abord, puis pour frapper.
Âpres cette explication nécessaire , nous entrerons sans crainte dans notre sujet.
La loi, la morale plus sévère encore en principe , ne peuvent avoir qu'une tendance légitime : enseigner à l'homme à éviter les excès qui lui nuiraient personnellement , à préférer son bonheur à un plaisir passager, puis encore à sacrifier son intérêt privé, dès qu'il est en opposition avec un intérêt plus général.
Agir de manière à être utile à soi et aux autres, aux
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autres surtout , telle doit être la prescription de la morale, qui ne peut aller au delà.
Si la morale commandait ce qui peut nuire à Tindiyidu ou à Tespëce, elle serait odieuse et insensée; si elle condamnait des choses innocentes, elle serait capri-* cieuse et arbitraire.
Les actes proscrits par la morale sont : i''. des actes mauvais, absolument^ indépendamment de la forme actuelle de la Société *, 2"". des actes nuisibles, accidefitellement , par suite de l'organisation même de cette Société.
Les actes mauvais absolument , qu'ils nuisent à autrui (0 ou à nous-mêmes, sont à jamais condamnables et seront condamnés sous toute forme sociale. La science doit fournir le moyen de prévenir ces actes, en détruisant leurs causes.
Les actes qui nuisent accidentellement ^ par suite de l'organisation particulière de la Société où ils se montrent, peuvent devenir innocents sous une autre forme sociale , et la morale doit cesser de les condamner.
En Harmonie , la morale continuera à interdire les choses qu'elle défend parce qu'elles sont mauvaises
(i ) Les actes qui nuisent à autrui peuvent se ranger en deux grandes classes : \^, Tiolence matérielle, abus de la force physique, brutalité ; 2p, violence morale, abus de la force intellectuelle, perfidie.
d'une maaière absolue. Pour prévenir leur retour, on conservera toutes les lois existantes, tout Tappareil de la justice, Tamende, la prison, le bagne, le juge et le bourreau. On conservera cet appareil^ jusqu'à ce qu'il soit bien constaté qu'il ne sert à rien, jusqu'à ce qu'il se soit rouillé dans une heureuse et complète inaction.
II ne faut pas repousser comme une vaine illusion cet espoir qu'un jour il n'y aura plus de répression , parce qu'il n'y aura plus de crimes. Chez nous, déjà, les crimes sont-ils bien fréquents dans les classes qui jouissent de quelque aisance? Ne partent- ils pas, presque toujours, des classes inférieures, rongées par l'ignorance et la misère.
Ne faut-il pas conclure de ce fait, que si les classes pauvres étaient élevées à la condition des classes moyennes , la plupart des crimes seraient prévenus ? Les crimes ne seront-ils pas évités plus sûrement encore dans la Société harmonienne, où tous les humains seront développés physiquement, intellectuellement et moralement , de la manière la plus complète ; où tous seront assurés, pour eux et pour ceux qu'ils aiment, d'un présent et d'un avenir exempts d'inquiétude?
Comment les passions conduiraient-elles au crime, quand tout sera disposé pour les satisfaire d'une manière heureuse ^ quand leur énergie déterminera la part de chacun en richesse, en jouissance, en plaisirs ? Par quel étrange caprice, quand toute voie honorable sera
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largement ouverte à Tessor passionnel, Thomme iraitil chercher une voie honteuse, qui ne pourrait le conduire qu'au mépris et à la ruine de toutes ses affections!
Car le crime ne pourrait se cacher, dans cette Société où tous se voient à chaque instant du jour; où Ton peut connaître, heure par heure, ce que chacun a fait. Par exemple : quand et comment se servirait-on d'un objet volé? à. qui le vendrait-on? par quel moyen l'utiliser?
Si le crime se montre encore en Harmonie , ce sera dans une proportion tellement réduite, que la Société, regardant le coupable comme un insensé , cherchera seulement à se préserver d'une nouvelle attaque en mettant ce coupable dans l'impossibilité de nuire une seconde fois.
Les excès que la morale condamne encore, à juste titre, parce qu'ils nuisent à l'individu, seront évités dans un milieu où toujours l'exercice attrayant d'une faculté succède à l'exercice attrayant d'une autre. Ainsi , quelque amateur qu'il soit du plaisir de la table, le chasseur n'y reste que le temps nécessaire pour satisfaire son appétit , si le plaisir de la chasse l'appelle autre part. Les hommes commettent des excès parce qu'aucun plaisir ne tend à les arracher au plaisir du moment, parce que la Papillonne, qui les sollicite à changer d'occupation, ne peut leur offrir aucune occupation agréable en alternat.
séduite !.. La fille du pauvre, qui doit, hélas! alimenter de sa chair rinfamie et la prostitution !
Et parmi les premières, les plus heureuses, combien encore succombent, lorsqu'elles ont formé ce lien qui doit les attacher pour la vie à un seul homme, à un seul amour \
Cette chute n'est pas chose rare *, le drame et le roman , miroir des mœurs , n'ont plus puissance d'émouvoir sans l'adultère, l'adultère qu'ils montrent sinon heureux et paisible , du moins tombant avec grandeur , comme César au pied des conjurés, comme Hippolyte entre les débris de son char ! Et cependant l'adultère se cache dans l'ombre, insulte par derrière; l'adultère est faux et perfide, il n'a même rien de la grandeur brutale du crime hardi qui s'étale au soleil.
N'en ai*je pas assez dit? dois-je aller plus loin ? J'ai montré la presque totalité de l'espèce humaine en révolte contre la loi ; j'ai parlé du libertinage, de l'adultère, de la prostitution ! Faut*il entrer dans les détails, toucher toutes les plaies , découvrir tous les ulcères ?
Ici c'est une femme qu'une faute peut conduire à des malheurs si grands, qu'alors une mère.., la mère tue