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CHARITÉ

Le bon et le beau, la raison et le merveilleux, la logique et la poésie, ne sont-ils pas unis et confondus dans la création, telle queFourier nous la révèle (0 ? La destinée de rbonune ainsi comprise, ne satisfaitelle pas harmonieusement tout ce qui est dans ses sens, dans son esprit et dans son cœur ? n'offre-t-elle pas un large développement à toute grande pensée , à toute tendance généreuse , à tout noble sentiment ? Dieu n'apparaît-il pas , au sommet de la création , dans toute la splendeur de sa majesté infinie, recelant tous les êtres dans son sein , et formant avec eux un immense concert de bonheur et d'amour ?

Fourier n'a-t-il pas apporté au monde des paroles par lesquelles sont immédiatement étouffés, au cœur de rhomme, la haine, Tenvie, la colère et tous les mauvais sentiments ; par lesquelles la douleur se calme et le désespoir s'apaise ? des paroles toujours empreintes du sentiment religieux le plus large, ^le plus élevé ? des paroles qui font ressortir avec édaftlla dignité humaine, ia grandeur de notre destinée, i'faannonie de nos rapports avec Dieu ?

Que proposent donc, iqui n^ait été essayé mille fois et sans succès , contre les idouleurs de la Société , ces hommes qui iioudraient étouffer natre voix sous leur

(I) Noa3 n*attachoasau root révéler aaeun sens mystique ou ottranaturel : nous l'employons comme nous l'aurions employé dans cette phrase : liewUm a révélé les lois du mouvement des corps célestes.

anathème ? que veulent, à cette imposante conception , ces tristes bouffons qui, de chaque grande pensée contre laquelle ils se sont heurtés, n'ont su extraire qu'un quolibet? Que ceux-ci montrent le point de la doctrine dont on peut rire ! que ceux-là indiquent la partie dont il faut s'indigner I

Ils chercheraient vainement, et la doctrine compte" rait bien peu d'adversaires, si tous songeaient à approfondir une idée avant de la repousser, si Ton ne frappait jamais sans savoir, si Ton étudiait pour connattre et non pour découvrir quelques fragments de phrases à citer à l'appui d'une <;ritique irréfléchie. Pour sentir combien sont mérités ces reproches que nous adressons à ces hommes qu4 n'ont fait aucun effort pour nous comprendre et qui cependant prétendent nous juger, il suffit d'avoir parcouru cet ouvrage que nous allons résumer eh peu de mots :

Nos Sociétés sont divisées en partis dont les vœux semblent inconciliables, de sorte que chacun d'eux, pour triompher, doit désirer la compression et la ruine des partis opposés.

Nos Sociétés sont composées de classes qui veulent conserver ce qu'elles ont, et de classes qui veulent obtenir ce qu'elles n'ont pas : les premières pensent qu'elles ne peuvent accorder sans perdre; les secondes, qu'elles ne peuvent gagner sans prendre,

L'Ecole phalanstérienne se présente seule avec une parole de paiœ, puisque seule elle reconnaît la légitimité de tous les vœux, et offre un projet capable de les satisfaire tous à la fois*

30i POSTFACE.

Elle dit aux classes supérieures que les biens qu'elles ont, que les avantages qu'elles possèdent, leur appar-> tiennent en toute légitimité, qu'il y aurait crime à les dépouiller delà moindre parcelle. Mais elle ajoute qu'à côté de ce droit, il s'élève un droit non moins sacré, le droit de vivre que réclame le prolétaire, droit menaçant pour le riche et pour l'ordre social , tant qu'il ne sera pas reconnu et satisfait.

Elle dit aux classes inférieures qu'elles auraient à souffrir encore plus si elles dépouillaient les classes plus heureuses, parce qu'ainsi elles appauvriraient les riches , sans enrichir sensiblement les pauvres , de sorte que , tous étant misérablement occupés à se défendre contre la faim, les arts, les sciences, la haute industrie seraient abandonnés, et l'humanité rétrograderait vers la barbarie.

Elle prouve que le mal vient du mauvais emploi de la force humaine , qui s'use infructueusement dans les guerres , dans les luttes de l'homme contre l'homme.

Elle propose un plan d'organisation du travail, qui, faisant converger tous les efforts pour extraire du globe, inépuisable réservoir^ une plus grande somme de biens et d'éléments de bonheur , permettrait de donner à tous, de donner à ceux qui n'ont pas, en donnant encore à ceux qui ont.

D'autre part TEcole accepte toutes les individualités que Dieu a faites^ elle met chacun en position de servir la Société, tout en satisfaisant ses penchants et ses goûts. Pour elle, chaque caractère a sa raison d'être -, et quand un caractère semble mauvais, c'est qu'il n'a

pas trouvé sa fonction propre, c'est qu'il est attaché à une œuvre qui discorde avec ses aptitudes.

Ainsi la doctrine se distingue par un caractère qui est, quand on a su comprendre Dieu, le sceau même de la vérité.

Elle concilie tout, peuples, classes, individus^ devoirs et penchants -, ordre et liberté. Elle est essentiellement pacifique, non plus seulement parce qu'elle prêche raccord et la fraternité, mais surtout parce qu'elle a puissance de placer les hommes dans des conditions telles que jamais ils ne songeront à rompre cet accord, à violer les lois de cette fraternité.

N'est-il pas évident que Dieu a créé et organisé rhomme en vue d'un ordre de choses aussi parfait? Quelle science lui aurait-il fallu pour donner aux êtres des instincts, des penchants, des besoins contradictoires ^ pour leur offrir des tâches sans rapports avec leurs aptitudes ! Etait--il digne de lui de préparer ainsi des matériaux qui ne pourraient se coordonner, s'assembler , former un tout ! Pour produire le chaos , le hasard à lui seul eût largement suffi.

Faut-il à l'homme des preuves palpables qu'il est aujourd'hui hors de la loi divine, qu'il a manqué sa destinée ? Que l'homme jette les yeux sur la surface de la terre.

Tout n'est-il pas harmonieux et magnifique dans la création ? Est-ce donc chichement que Dieu mesure ses bienfaits ? Dieu nous offre-t-il strictement le nécessaire, ou nous invite-t-il à vivre au sein de l'abondance, avec tous les raffinements du luxe et du superflu ?

L'arbre donne le fruit, mais auparayant i) se cou^ ronne de fleurs. La fleur est parée des couleurs les plas riantes , et elle répand encore les plus enivrants parfums. L'oiseau, Titisecte, la bête faute, rifaliseol pour leur parure , de propreté , de confortable et d*é* clat. Sur le globe tous chantent , tous sont heureux , tout est richesse, tout est splendeur !

Pour admirer, parcourez les champs et les bois, regardez les animaux sauvages y mais n'approchez pas de la demeure de Thomme. Prince déchu, roi détrôné, rhomme connatt seul les infirmités hideuses, la misère et les haillons! Sur la terre, Thomme seul fait tache : sa demeure seule est souillée, ses vêtements seuls sont en lambeaux !

N'y a*t-il pas là un renversement de l'ordre naturel ? Le maître doit-Il être le plus mal traité? L'homme ne doit-il jamais se relever de Tétat d'abjection où il est tombé?

En résnmé, les caractères que préseote la Théorie de Fourier ne sont-ils pas les caractères de la véhité, de la vérité que l'homme doit reconnaître à son triple aspiecU : le beau^ le bon , le Juste ?

Qu'on réfléchisse avant de répondre : c'est par de sérîduses méditations qu'il est possible de s'approprier des idées nouvelles , souvent en contradiction avec toutes les idées reçues. Il ne s'agit plus d'une de ces prétendues doctrines renfermées dans les quelques mots qu'elles inscrivent sur leurs drapeaux ; il s'agit di'une science complète , d'une découverte qui a coûté qtiaranle aimées de labeur à un homme d'un immeM^è

génie , el qui ne peut être perçue qu'après un travail consciencieux. Il fautpeser et penser pour comprendre; nous ne devons rien espérer de celui qui ne se résignera pas à cet effort -, il comprendra , mais quand il aura vu.

Pour abréger ce travail nécessaire, nous avons cherché à renfermer dans un cadre peu étendu une vue d'ensemble, un plan général de la conception. Il ne faut pas oublier qu'ainsi nous n'avons pu offrir que les grands traits, que les principes de la science ; qu'il est des détails essentiels, des développements d'une haute valeur , que nous avons dû omettre et qu'il faut chercher ailleurs , spécialement dans les livres mêmes de Fourier.

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