SUITE DU CHAPITRE TI
lia Déraison iioUtlque et morale,
ou LB PIBGB DBS OOYHAGES UBN ÉCRITS (1).
« Quelque sujet qu'on traite , ou plaisant ou sublime , » Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime. »
Si le boD sens est exigé même en poésie, à plus forle raison est-il exigible en prose. Dès lors on ne voit pas à quel titre les moralistes peuvent se croire affranchis des régies du bon sens et du sens commun, dans leurs théories de modération.
Surpris de l'apostrophe, ils vont répliquer que rien n'est plus sensé que la morale douce et pure , étayée de la froide raison. Quant à moi, j'y cherche vainement
(I) Théorie de VUnilè imiverseUe par Ce. Foohibb, t, IV, p. 477.
une lueur de raison , et je n'y trouve à chaque page qu'un tissu de folies. Choisissons pour preuve quelque fragment d'une de ces morales qui font le tour du MONDE , la morale du divin Fénélon , ami des hommes et des dieux , oracle des saines doctrines de la simple nature. Voyons, dans cette courte analyse, à queldegrë de folie les dogmes de modération peuvent conduire l'esprit humain.
Après avoir décrété de quelles couleurs les sept classes de citoyens seront habillées à Salente, et avoir assigné aux dernières classes les couleurs rose , jaune et blanc , d'où il suit que les charbonniers et fabricants d'encre seront habillés en rose , jaune et blanc. Mentor continue par le décret suivant, qui serait assez mal accueilli dans notre siècle mercantile :
(( On ne souffrira jamais aucun changement, ni pour » la nature, ni pour la forme des habits*, car il est in- » digne que des hommes destinés à une vie sérieuse et » noble s'amusent à inventer des parures affectées » (voilà le congé de réforme pour les fabricants et ouvriers de mode ) ^ <( ni qu'ils permettent que leurs )) femmes, à qui ces amusements seraient moins bon- )) teux, tombent jamais dans cet excès. ))
Le décret est galant : ainsi. Mesdames, quand vous songez à vous parer d'un colifichet, votre époux, s'il est ami des saines doctrines , doit vous défendre tout changement dans les parures et vêtements^ jamais ni