‹ Solidarité: Vue synthétique sur la doctrine deChapitre 34 sur 42 · SC1T£ DU CH. VI · texte numérisé non relu

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contre ceux qui u'obéirout pas : toutefois , si Ton doute du ridicule de ces doctrines, examinons -en pièce à pièce quelques-unes , d'où il sera évident que Fauteur veut anéantir la civilisation ; ce qui serait fort sage s'il indiquait une meilleure société; mais semblable à tous les philosophes , il veut détruire sans savoir édifier. Démontrons par des citations.

Education des Cretois, a On ne leur propose jamais )). d'autre plaisir que celui d'être invincibles par la » vertu. » Quelques-uns penseront qu'avec la vertu il faut de l'artillerie -, encore n'est-on pas sûr d'être invincible avec des vertus et des canons. Si je ne craignais les longueurs, je voudrais analyser au moins vingt balourdises dans cette proposition de plaisir moral, où il çst impossible de trouver un sens. Allons plus loin.

a En Crète, on met le courage à fouler aux pieds les » trop grandes richesses. » Encore une vingtaine de balourdises dans ce genre de courage , comme dans le plaisir précédent. Tous les riches Cretois sont occupés à fouler aux pieds des sacs d'argent! S'ils le méprisent tant , pourquoi ont-ils pris la peine de le gagner ? La belle chose que les idées morales, quand on les met en parallèle avec le bon sens !

« En Crète, on punit trois vices qui sont impunis » chez les autres peuples : l'ingratitude , la dissimula- » lion et l'avarice. » Eh ! ce sont les colonnes de la

civilisation. EgoUme, fausseté, cupidité. Si Fénélon ne veut pas de ces trois vices , il ne veut pas de la civilisation.

« En Crète, tout te monde travaille et personne ne » songe à s'enrichir. » De plus fort en plus fort l Comment se fait-il donc qu'il y ait tant de gens trop riches^ mettantleur courage à fouler aux pieds les trop grandes richesses ? Ile fortunée ! on s'y enrichit à l'excès, sans songer à rien gagner ! Le seigneur Fénélon a rêvé ici un effet de l'Harmonie sociétaire ; il ne lui restait qu'à en inventer la théorie.

(( On n'y souffre ni meubles précieux, ni festins dé- » licieux , ni habits magnifiques , etc. , etc. On y boit }) peu de vin ( c'est dommage , dans le pays de Mail^ » voisie). Tout au plusy mange^t-ondegrosses viandes, » sans ragoûts. » Encore la guerre aux ragoûts et au vin ! mais les mahométans, qui ne boivent pas devin, sont--ils meilleurs que nous ? Voyez les massacreurs de Scio, les bourreaux ottomans occupés à faire périr une nation entière dans les supplices ! Sont-ils donc moins vicieux que les buveurs anglais qui leur aident à exterminer les Grecs ?

Parlant du roi de Crète il dit : « Les lois peuvent » tout sur lui : il a les mains LiÉÉd dès qu'il veut faire » le mal ( voici les principes jacobites dans^ un traité » de morale douce et pure et d'éducation vertueuse). » Les lois, en Crète, ne veulent pas que tant d'hommes

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» serrent, par leur misère et leur lâche servitude , à » flatter Forgueii et la mollesse d'un seul homme. Le

» ROI ME DOIT RIBN AVOIR AUrDESSUS DES AUTRES ^

» il doit être plus sobre, phis exempt de faste qu'aucun » autre ^ il ne doit pas avoir plus de richesses et de » plaisirs ( la sainte égalité ) : ce n'est point pour lui- » même que les dieux l'ont fait roi ^ il ne l'est que » pour être l'homme des peuples. Quelle horrible inhu- » manité de leur arracher les doux fruits de la terre » qu'ils ne tiennent que de la nature libérale et de la )> sueur de leur front ! »

En substance, il veut qu'on supprime les impôts , qu'on rédime la liste civile, qu'on lie les mains auroi^ et que l'autorité passe au peuple. Voilà en propres termes l'argot de la jacobinière, le pendant de la loi agraire conseillée plus haut. Cependant c'est Fénélon qui parle; c'est le livre sans pareil, la boussole d'éducation , la quintessence de morale douce et pure. Eh ! trouve-t-on dans la morale autre chose que l'esprit démagogique allié, aux rêveries des folles vertus ? Tel est le piège des ouvrages bien écrits : déraison politique et morale ; pas une phrase où Ton puisse concilier l'auteur avec lui-même ; pas un précepte compatible avec le sen«^ commun ! Tout à l'heure Mentor a retrandié la musique molle et efféminée qui corrompt toute la jeumesse; et plus loin il met ses bergers en quête pour aller chercher des chansonnettes !

« Le berger revient avec sa flûte , et chante à »a » famille assemblée les nouvelles chansons qu'il a ap- )r prises dans les hameauK voisins. » Quoi , seigneur Fénélon , vous voulez qu'on mène une vie sérieuse et noble , sans aucune musique molle et efféminée ; et vous conseillez de perdre le temps à s'occuper de chansons , en changer tous les jours ! A telle page vous n'admettez que la gravité et la constance, puis au feuillet suivant vous prêchez la frivolité et la nouveauté à ces misérables Salentins. Vous dites : u Ils n'auront que du » pain et des fruits de leur propre terre, gagnés à la » sueur de leur visage. L'époux avec les chers enfants )> doivent revenir fatigués ; tous leâ maux du travail » finissent avec la journée. » Les voilà donc harassés, ne songeant qu'à trouver leur soupe aux choux et leur chftlii, n'ayant paâ le temps de courir les villages voisins pour s'y meubler l'esprit de chansons efféminées et interdites selon vos dogmes , qui a bornent la musique )) aux fêtes des temples, aux louanges des dieux et » des héros. »

Pour en finir de ces billevesées morales , voici le vertueux Narbal prouvant qu'il vaut mieux mourir que de mentir ^ soutenant que Télémaque et lui doivent aller à l'échafaud plutôt que de dire un petit mensonge qui leur sauverait la vie. Mais si nous avions raisonné de la sorte en 93 et 94, où en serions-nous P Chacun pour sauver sa vie a dit force mensonges aux comités révo-

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lutioDDaires : pour mon compte , j'ai trompé trois fois en un jour le comité et la visite domiciliaire : dans ce seul jour j'ai trois fois échappé à la guillotine par de bons mensonges , et je crois avoir bien fait, n'en

déplaise aux moralistes

Je viens d'appuyer la thèse par un aperçu des sottises dogmatiques de Télémaque ; le bonhomme Fénélon ne se doutait guère des résultats qu'aurait, en i789, sa doctrine essayée en France. Fénélon n'est pourtant pas suspect de perversité : qu'est-ce donc des auteurs écrivant bien comme lui et n'usant de ce talent que pour exciter le désordre , s'élever aux fonctions publiques en bouleversant le système social ? Ne suffirait-il pas de cette considération , pour apprendre enfin aux modernes qu'il faut, en politique sociale, se défier des ouvrages bien écrits , recourir aux inventions bien raisonnées, reconnaître enfin à quels travers systématiques, à quel degré de folie, les dogmes de modération et les jongleries oratoires peuvent conduire la politique, lorsqu'elle se confie aux systèmes des philosophes qui , en feignant de vouloir modérer les passions , ne veulent que se livrer à leurs fantaisies et y asservir tout ce qui existe.

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