‹ Solness le constructeurChapitre 11 sur 14 · SOT.>*ESS · texte numérisé non relu

SOT.>*ESS

Qui les a appelés, ces aides, ces serviteurs? Moi! C'est à ma volonté qu'ils sont

Venus se soumettre. (Avec une exaltation croissante.)

188 SOLNESS

Voilà ce qu'on appelle avoir de la chance. Eh bien ! je vais vous dire ce qu'on ressent quand on la possède, cette chance. C'est comme si on avait là, sur la poitrine, une plaie vive. Et les aides, les serviteurs, vont coupant des morceaux de peau à d'autres hommes pour les greffer sur cette plaie. Mais la plaie ne guérit pas. Jamais.... jamais! Ah! si vous saviez comme elle peut cuire et faire mal par moment.

HILDE, le regardant attentivement.

Vous êtes malade, monsieur Solness, très malade.

SOLNESS

Dites fou. C'est ce que vous pensez.

HILDE

Non, je ne crois pas que vous ayez l'esprit dérangé.

SOLNESS

Qu'ai-je donc? Voyons, dites!

HILDE

Qui sait si vous n'êtes pas venu au monde avec une conscience débile.

BOLHESS

Une conscience débile ? Qu'est-ce encore que cette diablerie ?

HTLDE

Je veux dire que vous avez la conscience extrêmement délicate, d'une complexion trop fine. Elle ne supporte rien. Elle est incapable de soulever le moindre fardeau.

SOLNESS, d'un ton maussade.

Hem !... Et comment doit-elle donc être faite, d'après vous, la conscience? Pouvez-vous me le dire ?

HILDE

Votre conscience à vous, je la voudrais, comment dirai-je ?... robuste.

SOLNESS

Robuste ? Et vous ? Avez- vous la conscience robuste, dites?

HILDE

lime semble que oui. Je ne me suis jamais aperçue du contraire.

190 SOLNESS

SOLNESS

Elle n'a pas eu trop d'épreuves à subir, j'imagine.

HILDE, dont la bouche se contracte et tremble un peu.

Oh ! cela n'a pas été si simple d'abandonner mon père que j'aime de toutes mes forces.

SOLNESS

Allons donc! Pour un ou deux mois...

HILDE

Je ne reviendrai probablement jamais à la maison.

SOLNESS

Jamais ? Quelle a donc été la cause de votre départ ?

HILDE, d'un ton moitié sérieux, moitié plaisant.

Et les dix ans révolus ? Vous les oubliez de nouveau ?

SOLNESS

Quelles sornettes ! Il y avait donc à la maison quelque chose qui ne vous convenait pas? dites.

HILDE, très sérieusement.

Non. Ce qui m'en a chassée est en moi. Je me suis sentie éperonnée et poussée jusqu'ici. C'était si attrayant, d'ailleurs.

SOLNESS, vivement.

Voyez-vous, Hilde, voyez-vous ! il y a de la sorcellerie en vous tout comme en moi. C'est une sorcellerie qui fait agir les puissances du dehors. Et il faut s'y prêter. Qu'on le veuille ou non, il le faut.

HILDE

Je crois presque que vous avez raison.

SOLNESS, allant et venant dans la chambre.

Oh ! Hilde, il y a de par le monde une telle quantité de démons que nous ne voyons pasl...

HILDE

De démons aussi?

SOLNESS, s'arrêtant.

Oui, de démons, les uns bons, les autres méchants. Démons aux cheveux blonds,

192 SOLNESS

démons aux cheveux noirs. Si seulement on savait toujours de quels démons on dépend ! (Recommençant à marcher.) Bah ! il Serait

alors facile de s'arranger !

HILDE, le suivant des yeux.

Ou si Ton avait une conscience saine et forte ! Si l'on osait tout ce qu'on veut !

SOLNESS, s'arrêtant devant la console.

Je crois que, sous ce rapport, la plupart des gens sont aussi infirmes que moi.

HILDE

C'est bien possible.

SOLNESS, s'appuyant à la console.

Dans les Sagas... Avez-vous jamais lu les Sagas ?

HILDE

Oh! oui... Du temps où je lisais des livres.

SOLNESS

Dans les Sagas il est question de ces viki/ujs qui faisaient voile vers les pays

lointains, où ils allaient piller, incendier, tueries hommes...

HILDE

Et enlever les femmes...

SOLNESS

Qu'ils gardaient captives...

HILDE

Sur leurs bateaux, et qu'ils conduisaient chez eux...

SOLNESS

Se comportant envers elles comme de vrais sorciers.

HILDE, fixant devant elle un regard demi-voilé.

Il me semble que cela devait être bien émotionnant !

SOLNESS, avec un petit rire guttural.

D'enlever des femmes ? n'est-ce pas ?

HILDE

D'être enlevée...

SOLNESS, la regardant un instant.

Ah ! très bien.

194 SOLNESS

HILDE, comme pour changer d'entretien.

Mais où vouliez-vous en venir avec vos vikings ?

SOLNESS

C'était là des gaillards à conscience robuste ! Quand ils rentraient chez eux, ils pouvaient manger et boire. Et ils étaient avec cela, gais comme des enfants. Et les femmes, donc ! Souvent elles ne voulaient plus les quitter. Comprenez-vous cela, Hilde ?

Ces femmes ? Ah I comme je les comprends !•••

SOLNESS

Tiens, tiens! Peut-être auriez-vous fait comme elles ?

HILDB

Et pourquoi pas ?

SOLNESS

Vous auriez consenti à vivre avec un de ces hommes brutaux ?

LE CONSTRUCTEUR 19o

HILDE

Si je m'étais mise à l'aimer, ce brutal...

SOLNESS

Pourriez-vous aime** un homme de cette espèce?

HILDE

Mon Dieu 1 On ne choisit pas qui Ton veut en amour.

SOLNESS, la regardant d'un air concentré.

Oh ! non, cela dépend du sorcier qui est en nous.

HILDE, avec un demi-sourire.

Et de tous ces démons que vous connaissez si bien,... démons aux cheveux blond3, démons aux cheveux noirs.

SOLNESS, d'un ton doux et pénétré.

S'il en est ainsi, Hilde, je souhaite que les démons fassent un bon choix pour vous.

HILDE

Leur choix est fait. Définitivement.

196 SOLNESS

SOLNESS, fixant sur elle un regard profond.

Hilde.... vous êtes comme un oiseau des bois.

HILDE

Non. Je ne me cache pas dans les branches.

SOLNESS

C'est vrai. Il y aurait plutôt en vous quelque chose d'un oiseau de proie.

HILDE

Oui... peut-être. (Avec une énergie sauvage.) Et

pourquoi pas ! Pourquoi ne chercherais-je pas une proie, moi aussi? Pourquoi ne saisirais-je pas le butin qui me plaît? Si je pouvais seulement le prendre dans mes serres.... ah ! si je pouvais l'enlever!

SOLNESS

Hilde.... savez-vous ce que vous êtes?

Oui, oui, un oiseau étrange?

SOLNESS

Non. Vous êtes un jour naissant. Quand

je vous regarde, je crois voir un lever de soleil.

EILDE

Dites-moi, monsieur Solness.... êtesvous bien sûr de ne m'avoir jamais appelée... en pensée?

SOLNESS, lentement, à demi-voix.

Je suis presque sûr de l'avoir fait.

HILDE

Que me vouliez-vous ?

SOLNESS

Vous êtes la jeunesse, Hilde.

HILDE

Cette jeunesse dont vous aviez si peur?

SOLNESS, hochant légèrement la tête.

Et vers laquelle j'aspire tant, au fond.

(Hilde se lève, s'approche de la petite table et prend le portefeuille de Ragnar Brovik.)

HILDE, tendant le portefeuille à Solness,

Voici donc ces dessins...

SOLNESS. d'un ton bref et déclamatoire.

Laissez là ces barbouillages.

HILDE

Et les quelques mots que vous deviez écrire...

SOLNESS

Écrire?... Jamais de la vie!

HILDE

Puisque le vieux père est à la mort î Ne pourriez-vous pas leur faire cette joie à son fils et à lui ? Et puis, ces dessins pourront peut-être lui servir.

SOLNESS

Je crois bien. Il bâtirait d'après ce plan. C'est une occasion qu'il s'est réservée là.... ce monsieur i

Eh ! mon Dieu !... s'il en est ainsi... ne pourriez-vous pas commettre un tout petit mensonge?

SOLNESS

Un mensonge? (Avec fureur.) Hilde,... allezvous-en avec ces maudits dessins !

HILDE, tirant légèrement le carton à elle.

Là, là, là.... vous n'allez pas me mordre, au moins... Vous parlez de sorciers. Je crois vraiment que vous agissez comme si

VOUS en étiez Un. (Regardant au tour d'elle. Où

avez-vous une plume et de l'encre ?

SOLNESS

Il n'y en a pas ici.

HILDE, se dirigeant vers la porte.

Mais j'en trouverai là, chez cette demoiselle.

SOLNESS

Restez, Hilde ! ... Je devrais mentir, ditesvous. Oh ! oui. Je pourrais le faire à cause de son vieux père que j'ai démoli dans le temps.... jeté par-dessus bord.

HILDE

Comme les autres ?

200 SOLNESS

SOLNESS

Il me fallait de la place. Mais, quant à ce Ragnar.... je ne veux pas qu'il s'élève. Pour rien au monde !

HILDE

Pauvre garçon ! Il n'est pas probable qu'il le fasse. Puisqu'il n'est bon à rien...

SOLNESS, s'approchant d'elle, dit à voix basse :

Si Ragnar Brovik arrive, il me jettera par terre. Il me démolira,... comme j'ai démoli son père.

HILDE

Il vous démolira ! Il vaut donc quelque chose?

SOLNESS

Ah ! oui, vous pouvez y compter ! Il est la jeunesse, celle qui est toute prête à frapper à ma porte,... à en finir avec le grand constructeur Solness.

HILDE, tranquillement, fixant sur lui un regard de reproche.

Et pourtant vous ne vouliez pas lui ouvrir. Fi donc !

SOLNESS

J'ai payé ma victoire de mon sang !... Et puis, j'ai peur de perdre mes aides et mes serviteurs.

HILDE

Hé! vous travaillerez seul, s'il n'y a pas d'autre moyen.

SOLNESS

Ce serait en vain, Hilde. Le revirement viendra quand même. Un peu plus tôt, un peu plus tard... L'expiation, voyez-vous, ne se laisse pas conjurer.

HILDE, saisie d'angoisse, se bouchant les oreilles.

Ne parlez pas ainsi ! Vous voulez donc me tuer!... m'enlever ce qui m'est plus cher que la vie?...

SOLNESS

Qu'est-ce donc?

HILDE

Le bonheur de vous voir grand, de vous voir une couronne en mains. Bien haut, tout en haut d'une tour d'église. (Se calmant.)

202 SOLNESS

Allons, vite un crayon ! Vous avez, au moins, un crayon sur vous ?. . .

SOLSESS, tirant un carnet de sa poche.

Il y en a un là.

HILDE, posant le portefeuille sur la table devant le sofa.

C'est bien. Maintenant, asseyons-nous.

(Solness s'assied devant la table.)

HILDE, derrière lui, se penchant par-dessus le dossier de sa chaise.

Et puis, écrivons. Gentiment, de tout notre cœur. Car ce vilain Roar... n'est-ce pas ainsi qu'il s'appelle ?

SOLNESS, écrit quelques lignes, tourne la tète et regarde Hilde.

Dites-moi, Hilde...

Quoi?

SOL5ESS

Pendant les dix années que vous m'avez attendu...

HILDB

Eh bien?

SOLNESS

Pourquoi ne m'avez-vous pas écrit ? Je vous aurais répondu.

HILDE, vivement.

Non, non, non. C'est justement ce que je ne voulais pas.

SOLNESS

Pourquoi?

HILDE

Cela aurait pu tout gâter... Mais il s'agit maintenant d'écrire un motsur ces dessins.

SOLNESS

Oui... oui...

HILDE, se penchant au-dessus de lui et le regardant écrire.

Gentiment et de tout notre cœur. Oh !

que je le hais, ce Roar.... que je le hais !

BOLNE89, écrivant.

N'avez-vous jamais aimé personne, Kilde ? Là, vraiment aimé?

HILDE, uuiement.

Qu'est-ce que vous dites ?

204 SOLNESS

SOLNESS

Je demande si vous n'avez jamais aimé personne.

HILDE

Quelqu'un d'autre, voulez-vous dire?

SOLNESS, la regardant.

Oui, quelqu'un d'autre. Jamais, dites?

pendant ces dix ans?... Jamais?

HILDE

Oh ! si, de temps en temps. Quand j'étais bien furieuse contre vous, de ce que vous ne veniez pas.

SOLNESS

Ainsi, vous vous êtes intéressée à d'autres?

HILDE

Un tout petit peu. Cela durait une quinzaine de jours. Mon Dieu, vous savez bien commentées choses se passent.

Écoutez, Hilde : pourquoi êtes-vous venue ?

HILDE

Ne perdons pas notre temps à bavarder.

Le pauvre vieux pourrait mourir, en attendant.

SOLNESS

Répondez-moi, Hilde. Que me voulezvous ?

HïLDE

Je veux mon royaume.

SOLNESS

Hem!...

(Il jette un rapide coup d'œil du côté de la porte de gauche, et continue d'écrire. — Madame Solness entre au même instant, portant quelques paquets.)

MADAME SOLNESS

Je vous ai apporté quelques petites choses, mademoiselle Wangel. On enverra les grands paquets plus tard.

HILDE

Oh! que vous êtes donc gentille, tout de même.

MADAME SOLNESS

Je ne fais que mon devoir, rien de plus.

206 SOLNESS

SOLNESS, relisant ce qu'il a écrit.

Aline !

MADAME SOLNESS

Halvard ?

SOLNESS

As-tu vu si elle... si la teneuse de livres est là?

MADAME SOLNESS

Oui, elle est là. Naturellement.

SOLNESS, remettant les dessins dans le portefeuille.

Hem!...

MADAME SOLNESS

Elle était au pupitre, comme toujours... quand je traverse la chambre.

SOLNESS , se levant.

En ce cas, je vais lui remettre ceci et lui dire que...

HILDE, lui ôtant des mains le portefeuille.

Oh! non, laissez-moi cette joie! (Elle s'approche de la porte, mais se retourne avant de l'ouvrir.) Comment s'appelle-t-elle?

Mile Fosli.

HILDE

Fi donc I cela a l'air si froid. Je veux savoir son petit nom.

SOLNESS

Je crois... qu'elle s'appelle Kaia

HILDE, ouvrant la porte et appelant.

Kaia!... Venez ici! Dépêchez-vous!...

M. Solness veut vous parler.

(Kaia apparaît dan3 la porte.)

KAIA, regardant Solness d'un air effrayé.

Me voici...

HILDE, lui tendant le portefeuille.

Fermez, Kaia ! Vous pouvez emporter ceci. M. Solness a écrit ce qu'il fallait.

KAIA

Oh 1 enfin !

:0LNESS

Donnez cela au vieux le plus tôt que VOUS pourrez.

208 SOLNESS

KAIA

Je vais le faire tout de suite.

Oui, oui. De cette façon, Ragnar pourra se mettre à bâtir.

KAIA

Oh ! permettez-vous qu'il vienne vous remercier pour toute...

SOLNESS, durement.

Je ne veux pas de remercîments ! Diteslui cela de ma part, s'il vous plaît.

KAIA

Oui, je...

SOLNESS

Et dites-lui aussi que dorénavant je n'ai pas besoin de ses services. Ni des vôtres.

KAIA, à voix basse et tremblante.

Ni des miens!..,

SOLNESS

Vous avez maintenant d'autres soucis, d'autres occupations. Et tout est pour le

mieux. Allons, emportez les plans et rentrez chez vous, mademoiselle Fosli. Vite l entendez-vous !

KAIA, du même ton qu'avant.

Oui, maître Solness.

(Elle sort.)

MADAME SOLNESS

Dieu, qu'elle a l'air sournois !

SOLNESS

Elle? Pauvre petite bécasse!

MADAME SOLNESS

Oh !... je vois ce que je vois, Harvard. Ainsi, tu les renvoies vraiment?

SOLNESS

Oui.

MADAME SOLNESS

Elle aussi?

SOLNESS

N'est-ce pas là ce que tu voulais?

MADAME SOLNESS

Mais comment feras-tu sans elle?...

210 SOLNESS

Ah ! oui, tu as quelqu'un en réserve, Halvard.

HILDE, gaîment.

S'il s'agit de moi, je ne suis vraiment pas bonne à mettre au pupitre.

Allons, allons, Aline.... tout s'arrangera. Ne pense plus qu'à hâter notre déménagement. Ce soir, on suspend la couronne...

(Se tournant vers Hilde) tout au haut de la tour,

Qu'en dites-vous, mademoiselle Hilde?

HILDE, fixant sur lui un regard brillant.

Oh ! que ce sera beau de vous revoir à cette hauteur l

SOLNESS

Moi!...

MADAME SOLNESS

Oh! Dieu! mademoiselle Wangel, à quoi pensez-vous? Mon mari 1... Sujet, comme il l'est, au vertige !

HILDE

Au vertige? Ah ! non, il ne l'est pas !

MADAME SOLNESS

Oh! si. •

HILDE

Mais je l'ai vu moi-même au sommet d'une tour!

MADAME SOLN'ESS

Oui, on m'en a parlé. Mais c'est impossible.

SOLNESS, avec violence.

Oui, oui ! c'est impossible ! N'empêche que j'y sois monté.

MADAME SOLNESS

Oh! Halvard, ne dis donc pas cela. Toi, qui ne peux même pas te tenir sur le balcon du second étage. Tu as toujours été ainsi.

SOLNESS

Tu pourrais bien avoir une surprise ce soir.

MADAME SOLNESS, anxieusement.

Non, non, non ! Dieu m'en garde ! Tiens, je vais de ce pas écrire au docteur. 11 saura bien te retenir.

212 SOLNESS

SOLNESS

Voyons, Aline !...

MADAME SOLNESS

Oui, Halvard, car tu es malade! Ce ne peut être que cela ! Oh ! Dieu... oh ! Dieu.

(Elle sort précipitamment par la droite.)

HILDE, regardant fixement Soiness.

Est-ce vrai, oui ou non?

Que je suis sujet au vertige?

HILDE

Que mon architecte n'ose pas, ... ne puisse pas monter aussi haut qu'il bâtit?

SOLNESS

C'est ainsi que vous comprenez les choses?

HILDE

Oui.

SOLNESS

On dirait que pas un recoin en moi ne vous échappe.

HILDE; jetant un regard par la fenêtre du coin.

U>haut. Tout en haut...

SOLNESS, s'approchant d'elle.

Là, dans une chambre, tout au haut de la tour, vous pourriez demeurer, Hilde.

Vous y seriez logée comme une princesse,

HILDE, d"un ton incertain, moitié sérieux, moitié plaisant.

Oui. C'est ce que vous m'aviez promis.

SOLNESS

Vous l'ai-je vraiment promis ?

Fi donc ! Vous m'avez dit que je deviendrais princesse, que vous me donneriez un royaume. Et puis vous avez...

Ohl

SOLNESS, la regardant attentivement.

Êtes-vous bien sûre que ce ne soit pas une espèce de rêve,... d'hallucination?...

HILDE, d'un ton provoquant.

Quoi ! ce n'est peut-être pas arrivé?

2i4 SOLNESS

SOLNESS

Je n'en sais plus rien moi-même.

(Plus bas.) Mais ce que je sais maintenant, c'est que...

HILDE

C'est que?... Dites vite I

SOLNESS

C'est que j'aurais dû le faire.

HILDE, avec audace et éclat.

Oh ! non, vous n'avez pas le vertige!

SOLNESS

Ce soir nous suspendons la couronne....

princesse Hilde !

HILDE, avec un trait amer autour de la bouche.

Oui, au-dessus de votre nouveau foyer.

Oui, au-dessus delà nouvelle maison....

qui pour moi ne sera jamais un foyer.

(Il sort par la porte donnant sur le jardin).

EILDE, fixe droit devant elle un regard voilé et se parle à demi-voix. On n'entend que les mots :

Terriblement émotionnant I

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