SOT.>*ESS
Qui les a appelés, ces aides, ces serviteurs? Moi! C'est à ma volonté qu'ils sont
Venus se soumettre. (Avec une exaltation croissante.)
188 SOLNESS
Voilà ce qu'on appelle avoir de la chance. Eh bien ! je vais vous dire ce qu'on ressent quand on la possède, cette chance. C'est comme si on avait là, sur la poitrine, une plaie vive. Et les aides, les serviteurs, vont coupant des morceaux de peau à d'autres hommes pour les greffer sur cette plaie. Mais la plaie ne guérit pas. Jamais.... jamais! Ah! si vous saviez comme elle peut cuire et faire mal par moment.
HILDE, le regardant attentivement.
Vous êtes malade, monsieur Solness, très malade.
SOLNESS
Dites fou. C'est ce que vous pensez.
HILDE
Non, je ne crois pas que vous ayez l'esprit dérangé.
SOLNESS
Qu'ai-je donc? Voyons, dites!
HILDE
Qui sait si vous n'êtes pas venu au monde avec une conscience débile.
BOLHESS
Une conscience débile ? Qu'est-ce encore que cette diablerie ?
HTLDE
Je veux dire que vous avez la conscience extrêmement délicate, d'une complexion trop fine. Elle ne supporte rien. Elle est incapable de soulever le moindre fardeau.
SOLNESS, d'un ton maussade.
Hem !... Et comment doit-elle donc être faite, d'après vous, la conscience? Pouvez-vous me le dire ?
HILDE
Votre conscience à vous, je la voudrais, comment dirai-je ?... robuste.
SOLNESS
Robuste ? Et vous ? Avez- vous la conscience robuste, dites?
HILDE
lime semble que oui. Je ne me suis jamais aperçue du contraire.
190 SOLNESS
SOLNESS
Elle n'a pas eu trop d'épreuves à subir, j'imagine.
HILDE, dont la bouche se contracte et tremble un peu.
Oh ! cela n'a pas été si simple d'abandonner mon père que j'aime de toutes mes forces.
SOLNESS
Allons donc! Pour un ou deux mois...
HILDE
Je ne reviendrai probablement jamais à la maison.
SOLNESS
Jamais ? Quelle a donc été la cause de votre départ ?
HILDE, d'un ton moitié sérieux, moitié plaisant.
Et les dix ans révolus ? Vous les oubliez de nouveau ?
SOLNESS
Quelles sornettes ! Il y avait donc à la maison quelque chose qui ne vous convenait pas? dites.
HILDE, très sérieusement.
Non. Ce qui m'en a chassée est en moi. Je me suis sentie éperonnée et poussée jusqu'ici. C'était si attrayant, d'ailleurs.
SOLNESS, vivement.
Voyez-vous, Hilde, voyez-vous ! il y a de la sorcellerie en vous tout comme en moi. C'est une sorcellerie qui fait agir les puissances du dehors. Et il faut s'y prêter. Qu'on le veuille ou non, il le faut.
HILDE
Je crois presque que vous avez raison.
SOLNESS, allant et venant dans la chambre.
Oh ! Hilde, il y a de par le monde une telle quantité de démons que nous ne voyons pasl...
HILDE
De démons aussi?
SOLNESS, s'arrêtant.
Oui, de démons, les uns bons, les autres méchants. Démons aux cheveux blonds,
192 SOLNESS
démons aux cheveux noirs. Si seulement on savait toujours de quels démons on dépend ! (Recommençant à marcher.) Bah ! il Serait
alors facile de s'arranger !
HILDE, le suivant des yeux.
Ou si Ton avait une conscience saine et forte ! Si l'on osait tout ce qu'on veut !
SOLNESS, s'arrêtant devant la console.
Je crois que, sous ce rapport, la plupart des gens sont aussi infirmes que moi.
HILDE
C'est bien possible.
SOLNESS, s'appuyant à la console.
Dans les Sagas... Avez-vous jamais lu les Sagas ?
HILDE
Oh! oui... Du temps où je lisais des livres.
SOLNESS
Dans les Sagas il est question de ces viki/ujs qui faisaient voile vers les pays
lointains, où ils allaient piller, incendier, tueries hommes...
HILDE
Et enlever les femmes...
SOLNESS
Qu'ils gardaient captives...
HILDE
Sur leurs bateaux, et qu'ils conduisaient chez eux...
SOLNESS
Se comportant envers elles comme de vrais sorciers.
HILDE, fixant devant elle un regard demi-voilé.
Il me semble que cela devait être bien émotionnant !
SOLNESS, avec un petit rire guttural.
D'enlever des femmes ? n'est-ce pas ?
HILDE
D'être enlevée...
SOLNESS, la regardant un instant.
Ah ! très bien.
194 SOLNESS
HILDE, comme pour changer d'entretien.
Mais où vouliez-vous en venir avec vos vikings ?
SOLNESS
C'était là des gaillards à conscience robuste ! Quand ils rentraient chez eux, ils pouvaient manger et boire. Et ils étaient avec cela, gais comme des enfants. Et les femmes, donc ! Souvent elles ne voulaient plus les quitter. Comprenez-vous cela, Hilde ?
Ces femmes ? Ah I comme je les comprends !•••
SOLNESS
Tiens, tiens! Peut-être auriez-vous fait comme elles ?
HILDB
Et pourquoi pas ?
SOLNESS
Vous auriez consenti à vivre avec un de ces hommes brutaux ?
LE CONSTRUCTEUR 19o
HILDE
Si je m'étais mise à l'aimer, ce brutal...
SOLNESS
Pourriez-vous aime** un homme de cette espèce?
HILDE
Mon Dieu 1 On ne choisit pas qui Ton veut en amour.
SOLNESS, la regardant d'un air concentré.
Oh ! non, cela dépend du sorcier qui est en nous.
HILDE, avec un demi-sourire.
Et de tous ces démons que vous connaissez si bien,... démons aux cheveux blond3, démons aux cheveux noirs.
SOLNESS, d'un ton doux et pénétré.
S'il en est ainsi, Hilde, je souhaite que les démons fassent un bon choix pour vous.
HILDE
Leur choix est fait. Définitivement.
196 SOLNESS
SOLNESS, fixant sur elle un regard profond.
Hilde.... vous êtes comme un oiseau des bois.
HILDE
Non. Je ne me cache pas dans les branches.
SOLNESS
C'est vrai. Il y aurait plutôt en vous quelque chose d'un oiseau de proie.
HILDE
Oui... peut-être. (Avec une énergie sauvage.) Et
pourquoi pas ! Pourquoi ne chercherais-je pas une proie, moi aussi? Pourquoi ne saisirais-je pas le butin qui me plaît? Si je pouvais seulement le prendre dans mes serres.... ah ! si je pouvais l'enlever!
SOLNESS
Hilde.... savez-vous ce que vous êtes?
Oui, oui, un oiseau étrange?
SOLNESS
Non. Vous êtes un jour naissant. Quand
je vous regarde, je crois voir un lever de soleil.
EILDE
Dites-moi, monsieur Solness.... êtesvous bien sûr de ne m'avoir jamais appelée... en pensée?
SOLNESS, lentement, à demi-voix.
Je suis presque sûr de l'avoir fait.
HILDE
Que me vouliez-vous ?
SOLNESS
Vous êtes la jeunesse, Hilde.
HILDE
Cette jeunesse dont vous aviez si peur?
SOLNESS, hochant légèrement la tête.
Et vers laquelle j'aspire tant, au fond.
(Hilde se lève, s'approche de la petite table et prend le portefeuille de Ragnar Brovik.)
HILDE, tendant le portefeuille à Solness,
Voici donc ces dessins...
SOLNESS. d'un ton bref et déclamatoire.
Laissez là ces barbouillages.
HILDE
Et les quelques mots que vous deviez écrire...
SOLNESS
Écrire?... Jamais de la vie!
HILDE
Puisque le vieux père est à la mort î Ne pourriez-vous pas leur faire cette joie à son fils et à lui ? Et puis, ces dessins pourront peut-être lui servir.
SOLNESS
Je crois bien. Il bâtirait d'après ce plan. C'est une occasion qu'il s'est réservée là.... ce monsieur i
Eh ! mon Dieu !... s'il en est ainsi... ne pourriez-vous pas commettre un tout petit mensonge?
SOLNESS
Un mensonge? (Avec fureur.) Hilde,... allezvous-en avec ces maudits dessins !
HILDE, tirant légèrement le carton à elle.
Là, là, là.... vous n'allez pas me mordre, au moins... Vous parlez de sorciers. Je crois vraiment que vous agissez comme si
VOUS en étiez Un. (Regardant au tour d'elle. Où
avez-vous une plume et de l'encre ?
SOLNESS
Il n'y en a pas ici.
HILDE, se dirigeant vers la porte.
Mais j'en trouverai là, chez cette demoiselle.
SOLNESS
Restez, Hilde ! ... Je devrais mentir, ditesvous. Oh ! oui. Je pourrais le faire à cause de son vieux père que j'ai démoli dans le temps.... jeté par-dessus bord.
HILDE
Comme les autres ?
200 SOLNESS
SOLNESS
Il me fallait de la place. Mais, quant à ce Ragnar.... je ne veux pas qu'il s'élève. Pour rien au monde !
HILDE
Pauvre garçon ! Il n'est pas probable qu'il le fasse. Puisqu'il n'est bon à rien...
SOLNESS, s'approchant d'elle, dit à voix basse :
Si Ragnar Brovik arrive, il me jettera par terre. Il me démolira,... comme j'ai démoli son père.
HILDE
Il vous démolira ! Il vaut donc quelque chose?
SOLNESS
Ah ! oui, vous pouvez y compter ! Il est la jeunesse, celle qui est toute prête à frapper à ma porte,... à en finir avec le grand constructeur Solness.
HILDE, tranquillement, fixant sur lui un regard de reproche.
Et pourtant vous ne vouliez pas lui ouvrir. Fi donc !
SOLNESS
J'ai payé ma victoire de mon sang !... Et puis, j'ai peur de perdre mes aides et mes serviteurs.
HILDE
Hé! vous travaillerez seul, s'il n'y a pas d'autre moyen.
SOLNESS
Ce serait en vain, Hilde. Le revirement viendra quand même. Un peu plus tôt, un peu plus tard... L'expiation, voyez-vous, ne se laisse pas conjurer.
HILDE, saisie d'angoisse, se bouchant les oreilles.
Ne parlez pas ainsi ! Vous voulez donc me tuer!... m'enlever ce qui m'est plus cher que la vie?...
SOLNESS
Qu'est-ce donc?
HILDE
Le bonheur de vous voir grand, de vous voir une couronne en mains. Bien haut, tout en haut d'une tour d'église. (Se calmant.)
202 SOLNESS
Allons, vite un crayon ! Vous avez, au moins, un crayon sur vous ?. . .
SOLSESS, tirant un carnet de sa poche.
Il y en a un là.
HILDE, posant le portefeuille sur la table devant le sofa.
C'est bien. Maintenant, asseyons-nous.
(Solness s'assied devant la table.)
HILDE, derrière lui, se penchant par-dessus le dossier de sa chaise.
Et puis, écrivons. Gentiment, de tout notre cœur. Car ce vilain Roar... n'est-ce pas ainsi qu'il s'appelle ?
SOLNESS, écrit quelques lignes, tourne la tète et regarde Hilde.
Dites-moi, Hilde...
Quoi?
SOL5ESS
Pendant les dix années que vous m'avez attendu...
HILDB
Eh bien?
SOLNESS
Pourquoi ne m'avez-vous pas écrit ? Je vous aurais répondu.
HILDE, vivement.
Non, non, non. C'est justement ce que je ne voulais pas.
SOLNESS
Pourquoi?
HILDE
Cela aurait pu tout gâter... Mais il s'agit maintenant d'écrire un motsur ces dessins.
SOLNESS
Oui... oui...
HILDE, se penchant au-dessus de lui et le regardant écrire.
Gentiment et de tout notre cœur. Oh !
que je le hais, ce Roar.... que je le hais !
BOLNE89, écrivant.
N'avez-vous jamais aimé personne, Kilde ? Là, vraiment aimé?
HILDE, uuiement.
Qu'est-ce que vous dites ?
204 SOLNESS
SOLNESS
Je demande si vous n'avez jamais aimé personne.
HILDE
Quelqu'un d'autre, voulez-vous dire?
SOLNESS, la regardant.
Oui, quelqu'un d'autre. Jamais, dites?
pendant ces dix ans?... Jamais?
HILDE
Oh ! si, de temps en temps. Quand j'étais bien furieuse contre vous, de ce que vous ne veniez pas.
SOLNESS
Ainsi, vous vous êtes intéressée à d'autres?
HILDE
Un tout petit peu. Cela durait une quinzaine de jours. Mon Dieu, vous savez bien commentées choses se passent.
Écoutez, Hilde : pourquoi êtes-vous venue ?
HILDE
Ne perdons pas notre temps à bavarder.
Le pauvre vieux pourrait mourir, en attendant.
SOLNESS
Répondez-moi, Hilde. Que me voulezvous ?
HïLDE
Je veux mon royaume.
SOLNESS
Hem!...
(Il jette un rapide coup d'œil du côté de la porte de gauche, et continue d'écrire. — Madame Solness entre au même instant, portant quelques paquets.)
MADAME SOLNESS
Je vous ai apporté quelques petites choses, mademoiselle Wangel. On enverra les grands paquets plus tard.
HILDE
Oh! que vous êtes donc gentille, tout de même.
MADAME SOLNESS
Je ne fais que mon devoir, rien de plus.
206 SOLNESS
SOLNESS, relisant ce qu'il a écrit.
Aline !
MADAME SOLNESS
Halvard ?
SOLNESS
As-tu vu si elle... si la teneuse de livres est là?
MADAME SOLNESS
Oui, elle est là. Naturellement.
SOLNESS, remettant les dessins dans le portefeuille.
Hem!...
MADAME SOLNESS
Elle était au pupitre, comme toujours... quand je traverse la chambre.
SOLNESS , se levant.
En ce cas, je vais lui remettre ceci et lui dire que...
HILDE, lui ôtant des mains le portefeuille.
Oh! non, laissez-moi cette joie! (Elle s'approche de la porte, mais se retourne avant de l'ouvrir.) Comment s'appelle-t-elle?
Mile Fosli.
HILDE
Fi donc I cela a l'air si froid. Je veux savoir son petit nom.
SOLNESS
Je crois... qu'elle s'appelle Kaia
HILDE, ouvrant la porte et appelant.
Kaia!... Venez ici! Dépêchez-vous!...
M. Solness veut vous parler.
(Kaia apparaît dan3 la porte.)
KAIA, regardant Solness d'un air effrayé.
Me voici...
HILDE, lui tendant le portefeuille.
Fermez, Kaia ! Vous pouvez emporter ceci. M. Solness a écrit ce qu'il fallait.
KAIA
Oh 1 enfin !
:0LNESS
Donnez cela au vieux le plus tôt que VOUS pourrez.
208 SOLNESS
KAIA
Je vais le faire tout de suite.
Oui, oui. De cette façon, Ragnar pourra se mettre à bâtir.
KAIA
Oh ! permettez-vous qu'il vienne vous remercier pour toute...
SOLNESS, durement.
Je ne veux pas de remercîments ! Diteslui cela de ma part, s'il vous plaît.
KAIA
Oui, je...
SOLNESS
Et dites-lui aussi que dorénavant je n'ai pas besoin de ses services. Ni des vôtres.
KAIA, à voix basse et tremblante.
Ni des miens!..,
SOLNESS
Vous avez maintenant d'autres soucis, d'autres occupations. Et tout est pour le
mieux. Allons, emportez les plans et rentrez chez vous, mademoiselle Fosli. Vite l entendez-vous !
KAIA, du même ton qu'avant.
Oui, maître Solness.
(Elle sort.)
MADAME SOLNESS
Dieu, qu'elle a l'air sournois !
SOLNESS
Elle? Pauvre petite bécasse!
MADAME SOLNESS
Oh !... je vois ce que je vois, Harvard. Ainsi, tu les renvoies vraiment?
SOLNESS
Oui.
MADAME SOLNESS
Elle aussi?
SOLNESS
N'est-ce pas là ce que tu voulais?
MADAME SOLNESS
Mais comment feras-tu sans elle?...
210 SOLNESS
Ah ! oui, tu as quelqu'un en réserve, Halvard.
HILDE, gaîment.
S'il s'agit de moi, je ne suis vraiment pas bonne à mettre au pupitre.
Allons, allons, Aline.... tout s'arrangera. Ne pense plus qu'à hâter notre déménagement. Ce soir, on suspend la couronne...
(Se tournant vers Hilde) tout au haut de la tour,
Qu'en dites-vous, mademoiselle Hilde?
HILDE, fixant sur lui un regard brillant.
Oh ! que ce sera beau de vous revoir à cette hauteur l
SOLNESS
Moi!...
MADAME SOLNESS
Oh! Dieu! mademoiselle Wangel, à quoi pensez-vous? Mon mari 1... Sujet, comme il l'est, au vertige !
HILDE
Au vertige? Ah ! non, il ne l'est pas !
MADAME SOLNESS
Oh! si. •
HILDE
Mais je l'ai vu moi-même au sommet d'une tour!
MADAME SOLN'ESS
Oui, on m'en a parlé. Mais c'est impossible.
SOLNESS, avec violence.
Oui, oui ! c'est impossible ! N'empêche que j'y sois monté.
MADAME SOLNESS
Oh! Halvard, ne dis donc pas cela. Toi, qui ne peux même pas te tenir sur le balcon du second étage. Tu as toujours été ainsi.
SOLNESS
Tu pourrais bien avoir une surprise ce soir.
MADAME SOLNESS, anxieusement.
Non, non, non ! Dieu m'en garde ! Tiens, je vais de ce pas écrire au docteur. 11 saura bien te retenir.
212 SOLNESS
SOLNESS
Voyons, Aline !...
MADAME SOLNESS
Oui, Halvard, car tu es malade! Ce ne peut être que cela ! Oh ! Dieu... oh ! Dieu.
(Elle sort précipitamment par la droite.)
HILDE, regardant fixement Soiness.
Est-ce vrai, oui ou non?
Que je suis sujet au vertige?
HILDE
Que mon architecte n'ose pas, ... ne puisse pas monter aussi haut qu'il bâtit?
SOLNESS
C'est ainsi que vous comprenez les choses?
HILDE
Oui.
SOLNESS
On dirait que pas un recoin en moi ne vous échappe.
HILDE; jetant un regard par la fenêtre du coin.
U>haut. Tout en haut...
SOLNESS, s'approchant d'elle.
Là, dans une chambre, tout au haut de la tour, vous pourriez demeurer, Hilde.
Vous y seriez logée comme une princesse,
HILDE, d"un ton incertain, moitié sérieux, moitié plaisant.
Oui. C'est ce que vous m'aviez promis.
SOLNESS
Vous l'ai-je vraiment promis ?
Fi donc ! Vous m'avez dit que je deviendrais princesse, que vous me donneriez un royaume. Et puis vous avez...
Ohl
SOLNESS, la regardant attentivement.
Êtes-vous bien sûre que ce ne soit pas une espèce de rêve,... d'hallucination?...
HILDE, d'un ton provoquant.
Quoi ! ce n'est peut-être pas arrivé?
2i4 SOLNESS
SOLNESS
Je n'en sais plus rien moi-même.
(Plus bas.) Mais ce que je sais maintenant, c'est que...
HILDE
C'est que?... Dites vite I
SOLNESS
C'est que j'aurais dû le faire.
HILDE, avec audace et éclat.
Oh ! non, vous n'avez pas le vertige!
SOLNESS
Ce soir nous suspendons la couronne....
princesse Hilde !
HILDE, avec un trait amer autour de la bouche.
Oui, au-dessus de votre nouveau foyer.
Oui, au-dessus delà nouvelle maison....
qui pour moi ne sera jamais un foyer.
(Il sort par la porte donnant sur le jardin).
EILDE, fixe droit devant elle un regard voilé et se parle à demi-voix. On n'entend que les mots :
Terriblement émotionnant I