CHAPITRE VIII
Les maraichers et un grand nombre d'horticulteurs utilisent comme source de chaleur le fumier de cheval. On sait que le fumier frais mis en tas, et arrosé, fermente en produisant une élévation de température très considérable. Le terreau de couches est le produit résiduaire de cette fermentation.
Pour établir une couche, le jardinier creuse le sol.
jusqu'à une trentaine de centimètres de profondeur sur une largeur qui varie généralement avec les dimensions des châssis de couche qu'il emploie. Le terrain propre à l'établissement de ces couches ou réchauds de fumier doit être perméable et sinon soigneusement drainé. Le fumier, choisi aussi frais et pailleux que possible est épandu à la fourche et régulièrement foulé aux pieds. On en entasse une épaisseur de 45 à 60 centimètres, puis on arrose fortement et régulièrement la couche ainsi formée.
A ce moment le fumier de cheval répond Île plus souvent à la composition suivante :
Hat", 2 ane 000 00 ASUEE AERS Re CE E Acide phosphoriq.45204;80 MPOLASSE Sr
a D A 2 ré 4: : 1: m4 <Y VE Le PRE CS + Gras LA
Le dernier lit pailleux est recouvert d'une petite quantité de terreau de couches déjà consommé, dans lequel se font généralement les semis ou lesrepiquages. Puis, on dispose sur les couches, des coffres en bois recouverts de châssis qui servent d'accumulateurs de chaleur (solaire et artificielle).
Les maraïichers et les horticulteurs ne placent pas immédiatement leurs plantes sur une couche qui vient d'être terminée. Ils savent trop bien qu'ils s'exposent à en faire périr les racines, car la température produite pendant les premiers jours par la fermentation atteint parfois 80°. On laisse, disent-ils, « la couche jeter son feu », après quoi, on y place les plantes en pots sans les enterrer toutefois. On attend que la température ne soit pas supérieure à 40° pour enfouir les plantes en mottes et enterrer les pots.
Après un certain nombre de semaines; on peut constater que la température de la couche est devenue semblable à celle du milieu ambiant.
Le moment est venu de la remanier ; opération qui consiste à soulever le fumier, y incorporer une petite quantité de fumier pailleux et à le retourner à la fourche de manière à le mettre largementau contact de l'air. La couche est reformée comme la première fois et de nouveau la fermentation produit de la chaleur, mais pendant un temps moins long que la première fois. Les couches de fumier peuvent être ainsi remaniées trois ou quatre fois après quoi le résidu est du terreau de couches bien consommé, plus susceptible de produire de chaleur par oxydation,
Etudions en détail ce qui se passe dans les cou-
. ches et voyons par quelle suite de transformations
passent les pailles avant d'être amenées à l'état de terreau. Ces pailles contiennent normalement une petite quantité de matières minérales, des albuminoïdes, des hydrates de carbone très attaquables, un produit ternaire dénommé la gomme de paille, une assez forte proportion de cellulose et une matière, la vasculose, qui semble former la paroi destrachées et des vaisseaux des végétaux. Ces pailles, sont dans le fumier, imbibées d’urines d'herbivores et d'excréments qui ont une réaction alcaline. Le milieu est donc propice au développement des bactéries. On pensait autrefois que l'élévation de température qui se produit dans les couches de fumier était due à l'oxydation .des pailles sous l'influence de l'air. M. Schæsing fils a montré que la principale influence oxydante, était de nature microbienne et qu'un lot de fumier stérilisé produisait environ 25 fois moins d'acide carbonique qu'un même lot laissé à l'air dans les conditions habituelles.
Pendant les premiers jours qui suivent la construction de la couche; où la température croit, pour atteindre 40, 50 et jusqu'à 80, la fermentation aérobie est très active, elle se continue, favorisée beaucoup par les arrosages pendant une période de temps assez longue au cours de laquelle la température décroit. Cette fermentation est très favorisée par les remaniages de la couche.
Pendant la première période de fermentation, les sucres et les hydrates de carbone disparaissent, et il se dégage beaucoup d'acide carbonique; bientôt la gomme de paille est attaquée à son tour. La struelure de la litière change, la masse étant moins volumineuse, la couche s'affaisse et devient plus compacte, l’aération y est de plus en plus difficile
et c'est à ce moment que commence une fermentation anaérobie curieuse; la fermentation forménique qui dissocie la cellulose pour produire du formène, gaz combustible, et de l'acide carbonique.
a con aieoie ete tion de gaz inflammable par le fumier. On lui fait traverser une solution de potasse où il se débarrasse de l'acide carbonique avant de pouvoir l'allumer. Latempérature décroît toujours dans la couche, la vasculose se transforme lentement pour devenir soluble dans les carbonates alcalins qui désagrègent aussi les combinaisons azotées. C’est ce liquide brun noir qui, imprégnant des fragments de cellulose et de brindilles ligneuses plus difficilement attaquables, constitue la partie fertile du terreau de couches.
Une couche en place n’occupe plus que les 47/00 de son volume primitif après une période d’une année et le poids du mètre cube de litière a passé de 390 à 900 kilos.
Nous avons pu analyser du terreau provenant de couches fabriquées dans le jardin potager de l'Ecole nationale d'Agriculture de Grignon et nous lui avons trouvé la composition suivante :
PAU RARES A) er) 1504000700 Densité apparente . . . 0,60
ALLO re Cr. OS ACide Dhosphorig Acide phosphoriq. soluble C#H404. . 3,98 total ne 0 02,84 :Potasse totales. 2900 CAUSE M 5" 60,95 2 Humus.5.: 007%, 00209708
Voici donc une terre artificielle d'une extrème fertilité. Au point de vue physique elle à toutes
les propriétés caractéristiques de l'humus et nous ne pourrions que répéter ce que nous avons déjà dit plusieurs fois à ce sujet. Au point de vue de sa constitution chimique, c'est un milieu d’une excessive richesse.
Il contient une quantité énorme d'azote total et renferme assez de chaux et de potasse pour que l'humus fortement azoté, placé dans des conditions convenables d'humidité et de température, puisse rapidement nitrifier. Nous avons trouvé par jour et par kilogramme de terreau de couche en expérience une production moyenne de 0 gr. 00463 d'azote nitrique, quantité considérable qui correspond à la solubilisation de 1 gr. 7 d'azote organique par kilogramme de terreau en une année.
Nitrification dans le terreau de couches
AZOTE NITRIQUE AZOTE NITRIQUE DATES trouvé trouvé par jour par kilogramme | et par kilogramme
Grammes Grammes
ZIPOCLOPTE A SOL ES 0,1200% »
15 novembre 1892.::2; 0, 09806 0, 009806 7) — A à 0,05078 0, 005078 8 décembre 1892 + . .. 0,06878 0,005292 20 — PRE 0,01014 0,003347 TT HANVIETASII SAT 0,05530 0,002632 LITÉNTICr SSSR 0,04376 0,001190
On peut voir que la production journalière d’azate nitrique est progressivement décroissante; ce qui est évidemment dù à la disparition dans les eaux de drainage de bases capables de saturer l'acide nitrique formé,
La quantité de potasse contenue dans le terreau
de couches et qui provient pour la majeure partie de l'urine des herbivores est intéressante à constater et explique avec la présence d’une notable quantité de chaux, tout entière à l’état d'humate, l'intensité de la nitrification.
On a pu voir aussi que la presque totalité de l'acide phosphorique est sous un état immédiatement assimilable,
Nous constatons donc que les maraïchers ont à leur disposition et à un prix relativement bas, si l’on défalque la valeur productive de la valeur de la chaleur dégagée; une terre artificielle sans rivale au point de vue de la fertilité et qui peut, si nous osons hasarder cette expression, servir de semence de ferment nitrique. Aliéner ou ne pas utiliser ce terreau de couches, est donc une opération détestable. Un mètre cube de terreau bien consommé pèse 900 kilos et n'est pas vendu par les producteurs (horticulteurs) plus de » francs le mètre, prix maximum. Cette quantité de terreau renferme sensiblement l'équivalent de 900 grammes de nitrate de soude en azote nitrique ; près de 3 kilos d'acide phosphorique assimilable dont la valeur estau moins de À franc le kilo; en plus 28 kil. 800 de potasse et nous ne comptons pour rien l’humus et tous les autres éléments composants. La valeur du terreau établie, même au prix de revient des éléments fertilisants susceptibles d'être achetés comme engrais, est supérieure, et de beaucoup au prix de vente.
Il faut donc dans tous les cas où on trouve du terreau de couches à ce prix en acheter et ne jamais en vendre; car toujours, son incorporation dans les composts est le gage de leur fertilité ultérieure.
Avant de terminer sur le terreau de couches nous
tenons à expliquer quelques faits assez désagréables pour les jardiniers qui se produisent parfois pendant l’utilisation des réchauds. Il arrive qu'une certaine partie de couche dégage une épouvantable odeur de sulfhydrate d’ammoniaque; les plantes qui se trouvent en cet endroit périssent parfois. La cause de cette production de sulfhydrate d'ammoniaque (le plomb) est une réduction des. sulfates, surtout de chaux qui se trouvent dans la partie basse des couches. Ce sulfate de chaux provient souvent de plâtras qui sont amenés par hasard avec le fumier. Quelquefois même des arrosages avec des eaux séléniteuses suffisent.
Ce sont des ferments spéciaux qui, avides d'oxygène, transforment les sulfates en sulfures, ces ferments sont eux-mêmes détruits par d'autres organismes qui dissocient les sulfures. Il se forme alors de l'acide sulfhydrique qui réagit sur le carbonate d'ammoniaque et cause dès lors l'infection signalée plus haut. Comme conclusion pratique : veillez à ne pas incorporer de plâtre dans vos couches pendant leur formation.
Au point de vue horticole, le terme compost peut être compris de deux manières différentes.
Ou bien : 1° un compost est une matière terreuse hétérogène, provenant de la décomposition d’un mélange de substances hétéroclites; en général des déchets d'exploitation, décomposés et réduits en une sorte de terreau sous l'influence de la chaux et de diverses conditions atmosphériques. Ou : ® le compost est un mélange soigneusement préparé et
souvent amendé, de terres spéciales ; ce mélange est le plus souvent destiné à des cultures ayant des exigences toutes particulières.
Dans une exploitation horticole, quelle qu'elle soit; on se trouve toujours en présence d’une accumulation de déchets de nature très variée. Feuilles mortes, débris de fleurs et de tiges, plantes inutilisables, vieilles sciures, tannées, terres usées, cadavres de petits animaux, balayures, déchets de ménage et matières fécales solides et liquides.
Toutes ces substances sont encombrantes, quelquefois désagréables à manier et le plus souvent on cherche à s'en débarrasser sans songer à leur valeur fertilisante. Cette manière de voir est à notre avis absolument condamnable, et il ne faut en aucun cas perdre ce stock peu coûteux de matières utiles, qui, après avoir subi quelques opérations simples, sont transformées en terreau assez fertile.
Pour utiliser les déchets d’une exploitation, il faut d'abord connaître approximativement le cube de matériaux qui peuvent s’'accumuler ainsi en une année. Supposons que notre établissement fournisse annuellement 40 mètres cubes de déchets.
Nous choisissons un emplacement autant que possible masqué par des plantations, peu en vue, mais cependant facilement accessible. Sur le terrain nivelé on trace le plan de trois aires susceptibles de recevoir chacune 40 mètres cubes de déchets. Notre terrain devra avoir 12 m. 50 de longueur sur 5 mètres de largeur dans notre cas spécial (ABCD).
Les côtés de ce rectangle sont tracés sur le terrain et pavés ; puis on détermine le point O à 6 m.9%5 de A. Les lignes C0-et DO seront les axes de pente. Le
point O devra se trouver à une profondeur de 75 cen-
ST
TEAERS 0 Fig 2,
timètres ; à cet endroit, on établira en contre-basune fosse étanche et couverte de 5 à # mètres cubes dans la-
quelle seront
recueillies les déjections des cabinets de l'exploitation qui seront placéS au niveau du sol en O.
Une pompe à purin à aspiration, permettra de vider cette fosse et de distribuer à l’aide de rigoles en planches, les déjections sur les tas de com-
post en for-
mation.
Autant que possible, le sol
doit être pavé
ou bétonné. On commence à former un tas de com-
post en étalant les matières hétéroclites sur l'espace FGHI du plan. On élimine avec soin les gros débris ; pierres, morceaux de bois, de fer, plâtras et, on incorpore au tout des blocs de chaux vive à raison de 1 0/0 au moins. Il faut mélanger à la pelle les vieilles terres; tannées, sciures avec 3 à #4 0/0 de chaux vive et on continue toujours de la même manière en ayant soin d'intercaler des couches de terre et des lits de débris et d’arroser. Le tas terminé ne doit pas avoir plus de 2 mètres à 2 m. 50 de hauteur ; il faut avoir eu soin de le faire arroser de temps à autre avec des matières fécales et surtout de le remuer et de le reformer sur une autre aire en hiver, pour bien mélanger les substances qui commencent à s y décomposer. Quand l’année est terminée ; on recommence la formation d’un tas identique au premier sur l'aire JKLM. Pendant cette période le premier tas doit encore être remué et on y ajoute 1 0/0 de chaux. A la fin de la deuxième année on édifie le troisième tas NPQR toujours de la même manière.
Le premier tas de compost n'est donc utilisé que trois ans après sa formation; on retrouve alors là, au lieu d’un mélange hétéroclite, un terreau doux, très riche et très fertile; des plus facile à utiliser pour le rempotage d’un grand nombre de plantes. Ce système à en outre l'avantage d’assurer la parfaite utilisation des matières fécales qui souvent, sont inutilisées dans les établissements d'horticulture, On admet à cet effet aujourd'hui avec Heiden, qu’un seul individu produit en une année :