ASSIMILATION DE L'HUMUS PAR LES PLANTES
Ces raisons, ainsi que les récentes études de M. Dehérain sur le développement parfait des Légumineuses dans des sols contenant des matières organiques, tandis que ces plantes abondamment pourvues d'éléments minéraux prospèrent peu dans des terres sans humus, nous portent à croire que l’'humus peut, concurremment avec l’action chlorophyllienne, servir directement à l'alimentation des plantes, non pas directement peut-être sous forme d'humus ; mais après avoir subi des transformations, peut-être multiples, en tout cas, qui actuellement nous échappent.
Théodore de Saussure n’hésitait pas à dire que les matières humiques servaient directement à l'alimentation des plantes. Il disait que l'influence du terreau sur la végétation était tellement établie par la pratique que l’on pouvait admettre son action directe sur la nutrition des plantes.
M. Liebig modifia complètement ces idées plus tard ; dans son Cours de Chimie agricole, il enseigna que l’humus ne servait en rien à l'alimentation de la plante. Il disait qu'il n’était utile que comme source d’acide carbonique pouvant être absorbé par les racines, puis transporté par les vaisseaux dans les feuilles et Ià décomposé par la chlorophylile.
Cette opinion prévalut pendant longtemps, malgré les idées de MM. Malaguti et de Soubeyran qui ne purent effectuer malheureusement à cet égard GR des ‘expériences peu nettes.
M. Boussingault, à la suite de ses recherches sur l'atmosphère confinée des terres arables, montra que la matière organique du sol, productrice d'acide ‘carbonique, favorise à cet égard le développement des végétaux.
Corenwinder, dans un travail publié en 1868, émit l'opinion que cette production d'acide carbonique et l'apport de carbone assuré de la sorte aux plantes ne devait pas avoir l'importance qu'on voulait bien lui attribuer. La question, en un mot, ne faisait pas de progrès, quand M. Grandeau la reprit sous une forme singulièrement instructive. Il voulut avoir, après celles des savants, l'opinion des plantes et eut l'idée ingénieuse d'imiter pour cela le dispositif absorbant des racines en se servant du dialyseur. Celui-ci contenait de l’eau distillée intérieurement, et à l'extérieur une liqueur brune qui avait été obtenue en traitant la terre par un alcali, puis en filtrant cette solution et en la précipitant par un acide.
Nous devons faire remarquer ici que l'humus soluble ainsi obtenu ne possédait certainement plus les mêmes propriétés que l'humus primitivement contenu dans le sol. Il avait subi des traitements chimiques qui avaient dû certainement influer sur le mode de groupement de ses molécules composantes.
En tout cas, il reconnut que, dans ces conditions, les matières minérales contenues dans la solution humique dialysaient et que l'analyse les retrouvait dans le vase intérieur, mais que les matières organi- ques ne pouvaient traverser les membranes. Il en résulte, disait-il, dans ses conclusions que : 1° les éléments minéraux sont dans l’humus dans un état d’assimilabilité directe par les végétaux, et que 2° l'humus lui-même ne peut en aucun cas être absorbé par les plantes.
Ces expériences, reprises de main de maitre par M. Petermann de Gembloux (Belgique), donnèrent