CHAPITRE X
Continuation.
S'il suffit d'un cadavre pour confondre Tathée , qu'en sera-t-il d'un corps vivant !
Qu'est-ce que la vie? — A cette question les plus grands philosophes balbutient et demeurent court. — La vie , considérée dans ses causes secondes et |ses effets , c'est un milliard d'actions simultanées conspirant toutes au maintien de notre organisation.
Quel est le principe caché qui met en jeu ces innombrables rouages et coordonne tant de mouvements disparates à la production d'un phénomène unique? — Notre ame? — Si c'est elle qui opère ces merveilles, qu'elle nous les explique donc.
Qu'elle nous dise , par exemple , comment elle transforme les aliments en chyle, le chyle en sang; comment elle pousse le sang aux extrémités par les artères et le fait refluer au cœur par les veines, elle qui , avant les expériences d'Harvey , niait obstinément la circulation de ce fluide. — Tout cela se passe chez elle , sans elle , et même malgré elle.
, Quant aux mouvements que sa volonté commande , y intervient-elle autrement que comme un instrument aveugle qui ignore ce qu'il fait ? Sait-elle bien quels ressorts il faut toucher pour ouwir l'œil ou le fermer, pour lever le bras, avancer le pied , pousser un cri , articuler une parole ?
Qui ne le voit ! la M*e est un phénomène divin . Ce n'est pas nous qui vivons , c'est Dieu qui vit en nous^ A l'homme qui veut réfléchir, chaque pulsation de l'artère est une preuve irréfragable d'un être assez intelligent pour comprendre l'immense mécanisme de la vie , assez puissant pour le faire jouer.
1 Cùm ipse (Deusj det omnibus vilam, inspiralionem , e( omnia... In ipso enim viyimus, et movemur , et sumus {Act. XVII, 25, 28.)
Nous n'avons considéré que l'homme , et dans l'homme que son être matériel. Les prodiges de sagesse et de puissance que nous y découvrons , la zoologie nous les monti'erait dans ces myriades sans fin d'êtres vivants qui animent le globe, depuis l'énorme éléphant jusqu'à la chenille qui ronge le bois de saule, et depuis cette chenille dans laquelle Lyonet a compté quatre mille intentions divines ^ , jusqu'à l'animalcule infusoire dont le microscope de Spallanzani nous a révélé l'existence, l'organisme, les habitudes et l'instinct. Nous les retrouverions , ces prodiges , dans la famille incalculable des végétaux, depuis le cèdre gigantesque jusqu'à la moisissure du fromage qui paraît sur nos tables.
Quelle foule d'harmonies enchaînent les animaux entre eux, les animaux aux végétaux, les végétaux aux minéraux! Quels soins amoureux dans la
1 Voyez son Traité analomique sur celte chenille. — La conchyliologie des fossiles nous offre des merveilles encore plus étonnantes dans les vingt-six mille osselets de Vencrinite monili forme, dans les cent cinquante mille pièces osseuses et les trois cent mille vaisseaux fibreux servant de muscles à la peniarrinite irtaree. V. Jehan. Nouveau Traitédeâ science* géologiques, Elude Yc, p. 125,
conservation des espèces les plus faibles à travers la durée des siècles , au milieu de tant de causes de destruction î Chaque jour voit dépérir les colossales constructions de l'Egypte ; mais les graminées qui tapissent les bords du Nil sont aujourd'hui ce qu'elles étaient au [temps des Pharaons ; (^t les mêmes moustiques qui désolaient les constructeurs des pyramides bourdonnent encore autour de ces monuments.
Après cela serait-il nécessaire d'appeler à notre aide les mondes supérieurs, de faire marcher contre l'athée ce que l'Ecriture appelle ÏJrmée des deux? milice immense, dont les merveilleuses évolutions dans les plaines de l'espace , dont les feux si nourris , si resplendissants , publient nuit et jour le génie et la puissance du Commandant suprême.
Quoi ! nous élevons des statues aux Kepler , aux Copernic , aux Newton ; nous qualifions de génies sublimes les savants qui ont surpris quelque secret de la stratégie céleste : et l'Auteur d'un système si prodigieusement compliqué ne serait qu'un aveugle ! ! !
Enfin, cette intelligence humaine, qui seule
ici-bas pense , réfléchit , soumet au calcul les lois de la nature , s'élève au-dessus des sens pour se reporter dans le passé et s'élancer dans l'avenir , serait l'œuvre du hasard ! c'est à l'aveugle et inerte matière qu'elle devrait ses lumières, son activité î c'est la nécessité fatale qui l'aurait enrichie de la liberté !
« Ce qui ne pense pas aurait fait la pensée