‹ Solution de grands problèmesChapitre 40 sur 69 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Preure sommaire de la vërité et divinité du chrislianisme.

Il y a dix-huit siècles que le christianisme se montre aux hommes sous toutes les faces, ne craignant rien tant que de n'être pas connu '. En déclarant une guerre à mort à toutes les passions mauvaises , comme il a fait , il ne pouvait manquer d'irriter vivement la curiosité humaine. Aussi jamais doctrine n'a été examinée avec plus de soin, n'a été combattue avec une plus grande puissance et variété de moyens.

1 Unum gestil interduni , no ijrnorata damnctur. ( Tcrtull. Apalogel. I ;

Rome païenne arma contre elle , durant trois siècles, ses sophistes , ses magistrats et ses bourreaux. — Rome tombée avec ses empereurs au pied de la croix , l'hérésie jusque-là timide lève insolemment la tête, et attaque successivement tous les dogmes. Soutenue par la puissance souveraine , elle aussi unit le glaive au sophisme. — L'hérésie dort-elle an moyen âge? Le rationalisme des universités lui succède et soumet toutes les vérités au pilon de la dialectique. — Au seizième siècle c'est autour du fondement de la société chrétienne que la lutte s'engage , et le protestantisme fait les derniers efforts pour déraciner le grand arbre.

Enfin, la philosophie du dernier siècle ^ réunissant dans le cœur de son chef tout ce qu'il y a jamais eu de haine contre la religion du Christ , livre l'attaque la plus habile, la plus générale, la plus longue, la plus furieuse que l'on puisse concevoir. — Théologie, philosophie , jurisprudence, histoire, chronologie, archéologie, géographie , philologie , littérature , physique , mathématiques , astronomie , géologie , chimie , beaux-arts même, tout marche contre ce qu'on appelle l'œuvre du fanatisme et de la superstition.

On raisonne , on discute , on travestit , on calomnie , on raille, on insulte. Ce que la science et l'érudition a de plus spécieux , ce que l'éloquence a de plus séduisant , ce que la satire a de de plus corrosif, ce que l'imagination du romancier peut inventer d'obscénités et d'infamies ;, tout est mis simultanément en jeu pour coumr d'un éternel mépris , d'un ineffaçable ridicule les croyances , la morale , les pratiques , le gouvernement , les institutions et l'histoire du chiistianisme.

Ce qui rendait eucore la condition des assaillants infiniment favorable , c'est que le camp chrétien , au milieu d'un bon nombre de braves , comptait bien peu de héros. Ses Hercules avaient fini avec le dix-septième siècle , et ceux qui devaient relever leurs massues attendaient pour paî'aître l'aurore du dix-neuvième. On rencontrait par-ci par-là de bons , d'estimables écrivains , de savants apologistes, très-habiles à dévoiler un sophisme , très-capables de faire briller la vérité ; on n'en voyait aucun qui sût la faire tonner.

Enfin , la force matérielle prêta son bras à la philosq)hie. Aux arrêts persécuteurs des Parle-

ments mutinés succèdent les décrets spoliateurs et schismaliques de la Constituante, — L'assemblée législative déporte ; puis , aidée d'une armée de bourreaux , elle assomme , elle égorge , elle éventre les prêtres, et promène dans les rues leurs cœurs en chantant: ^h! il n'est point de fête quand le cœur n'en est pas ' / — Arrive la Convention avec la guillotine , les mitraillades , les noyades , le marteau des démolisseurs. — Le Directoire fait expirer le Pape dans les fers , envoie les prêtres mourir à la Guyane , et salarie les rimes infernales de Parny.

Que voyons-nous cependant? — Le paganisme a disparu avec ses sophistes et ses bourreaux. — Les hérésies se sont toutes successivement endormies dans la poussière avec leurs doctrines d'un jour et les violents édits de leui'S fauteurs. — Le rationalisme universitaire s'est évanoui dans le vide de ses pensées et les nuages de sa dialectique. — Le protestantisme se meurt d'impuissance , et voit remonter vers Rome ceux

i Toyez Chateaubriand , Génie du Christianisme , Ut. IV , ch. 8.

de ses enfants qui sont assez forts pour lutter contre le torrent du Naturalisme , assez délicats pour reculer devant la fange du Méthodisme. — Enfin , la philosopliie vollairienne n'est plus de mise. Totalement hébétée depuis que les Jacobins l'ont gorgée de sang , elle est rentrée avec eux dans les antres maçonniques. Exhumer des ordures littéraires du dernier siècle quelques sales lambeaux d'irréligion et d'obscénité , rugir dans les journaux de bas étage contre le parti-prêtre , guetter dans la rue l'occasion de briser une croix, de dévaster une église , c'est tout ce qu'elle sait faire.

Le christianisme est là seul debout au milieu des tombeaux de ses ennemis , avec toutes ses doctrines , avec ses annales , son culte , son inébranlable constitution. Il paraît dans les plus hautes chaires de nos capitales , et , déployant hardiment ses livres sacrés sur lesquels l'encre de l'hérésie et de la philosophie a coulé par torrents sans en effacer une syllabe^ il dit toujours comme son divin fondateur : Quel est celui d'entre vous qui me trouvera un défaut 'Pet dans l'immense

1 Qui» ex voLiis argucl me depeccato? ( JoaD. Vlil , 46.)

et savant auditoire qui s'étouffe à Notre-Dame ou à Saint-Sulpice , pas une âme qui ose relever le gant.

Convenons-en donc , le christianisme est sans erreur; car, s'il en renfermait une, il a trop agacé l'esprit humain pour qu'elle ne fût pas connue ; il a trop mal mené les passions pour qu'on la lui pardonnât.

C'est en vain que l'homme et le temps se sont ligués pour le détruire : il n'est donc rœu\Te ni de l'homme ni du temps.

Mais entrons dans quelque détail.

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