CHAPITRE XXXII
Caractère invariable des œurres de l'homme.
Il y a trois mille ans que nous voyons Thomme à l'œuvre. Qu'a-t-il fait ? Rien qui l'ait contenté , rien qu'il n'ait lui-même défait. Ses créations manquent toutes de vérité , de bonté , de beauté , et partant sont impuissantes à satisfaii'e ses trois grands désirs de connaître, de posséder , de jouir.
I. Elles ne sont pas vraies. — Vainement l'homme s'est-il flatté de découvrir cette véritémère , féconde^ universelle , qui , jetant un grand jour sur le monde moral et physique , explique sans embarras nos rappoils avec Dieu , avec nos
semt)labies , avec la nature , donne la raison fondamentale des phénomènes divins , humains , matériels, et concentre dans sa lumineuse unité la science religieuse , sociale et naturelle. Qu'a-t-il trouvé ? Quelques lueurs de vérité, si faibles, si incertaines , qu'elles se sont bientôt éteintes dans les épaisses ténèbres du scepticisme.
Parcourez toutes les écoles de philosophie non chrétienne , depuis les premières de la Grèce jusqu'à celles que notre siècle voit naître et mourir par centaines ; n'en sont-elles pas toutes à se demander s'il y a une vérité , ce qu'elle est , à quoi on peut la reconnaître? Que de contradictions sur l'Etre divin ! Quelle profonde ignorance de l'homme ! Dans les questions de physique transcendante quelle ridicule faiblesse! — Vous qui avez lu avec des yeux intelligents les systèmes sans nombre des géologues et physiciens de tous les âges, dites-nous si vous n'avez pas cru entendre un cercle de Hottentots raisonner sur la construction et le mouvement d'une montre ou d'une boîte à musique.
ÏI. Elles ne sont pas bonnes. — Quand on ignore l'origine et la destinée de l'homme , corn-
ment voudrait-on le conduire au bonheur I Aussi , à côté de quelques belles maximes de morale, puisées dans les traditions antiques^ que de turpitudes même dans le divin Platon ! Que de tâtonnements honteux dans le judicieux auteur des Tusculanes ! Quel pédantisme stoïque dans le quasi-chrétien Sénèque ! — Nous ne parlons pas des moralistes du dix-huitième siècle, qui ne voyaient entre V homme et son chien d'autre différence que Vhabit.
La société domestique et publique n'étant , ne pouvant être , que la réalisation des doctrines religieuses et morales , on peut se faire une idée de ce qu'elle fut , de ce qu'elle est encore chez les nations de formation humaine. — Malheur aux faibles! C'est le cri qui s'élève de toutes les familles , de toutes les classes de la société.
III. Elles ne sont pas belles. — Nous ne contesterons pas à l'esprit humain ses progrès dans les arts utiles et d'agrément , bien qu'il soit historiquement démontré que les grandes inventions et les chefs-d'œuvre du beau remontent aux temps religieux ; mais le dégoût de la vie a toujours été Q\\ raison des efforts que Thomme a faits poMP
embellir son existence terrestre et multiplier ses jouissances. Le suicide est là pour le prouver.
En un mot , fausseté et incohérence , pauvreté et misère , dégoût et ennui, telle est l'invariable résultat des œuvres de l'homme. — Dire maintenant qu'un tel ouvrier a fait le christianisme , c'est comme si l'on disait que cinq ou six Hurons, conduits à Rome pour y être donnés en spectacle , ont bâti la basilique de Saint-Pierre, sculpté l'Apollon du Belvédère , peint la Transfiguration de Raphaël et les galeries du Vatican.
Qu'est-ce en effet que le christianisme ? — C'est la vérité sans erreur , la bonté pure de tout mal , la beauté sans défaut ; toutes trois cependant momentanément voilées par les ombres de la foi. — Il a éclairé le monde ; il lui a procuré tous les biens, toutes les jouissances compatibles avec notre état d'épreuve. N'a-t-il pas montré par là qu'il était l'œuvre ou plutôt le reflet de celui qui est tout vrai , tout bon, tout beau!
Prouvons, car l'ignorance ne nous croirait pas ; et l'ignorance en matière de religion est plus commune qu'on ne pense.