‹ Solution de grands problèmesChapitre 43 sur 69 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Harmonie diyine du système chrétien considéré en lui-même.

Le lecteur attentif aura déjà pu l'observer, tout s'enchaîne naturellement dans ce que nous avons exposé jusqu'ici des doctrines chrétiennes. On ne peut en ôter un seul article sans que les autres branlent.

La Bible nous montre d'abord Dieu tirant l'univers du néant. Pour donner un chef au monde matériel , il crée l'homme à son image et à sa ressemblance. Ces expressions et la complaisance avec laquelle il façonne cet ouvrage , nous annoncent la noblesse du cadet de la création et les hautes destinées qui l'attendent.

! Il faut que riiomme soit éprouvé poui* que Dieu puisse lui dire : Je reconnais en toi mon fds, viens partager mon trône, — Le chef de la révolte surs^enue précédemment parmi les aînés de la famille, se glisse dans l'Eden. La femme séduite entraîne l'homme. Le péché commence son travail d'ignominie et de mort ' . Dieu survient , et dans les vingt-quatre versets du troisième chapitre de la Genèse se trouve la raison de tous les faits divins et humains qui se succéderont jusqu'au consummatum est du Calvaire , et de là encore jusqu'à ces mots qui cloront la série des siècles : Prenez y les bénits de mon Père, etc; Allez, maudits, au feu éternel, etc.

On y voit , en effet , la profonde perversité de Satan, et la fatale , quoique divinement restreinte, influence qu'il s'est acquise sur les habitants de la terre ^. On y voit l'incroyable faiblesse de l'homme et l'action délétère du péché. On y voit briller le glaive flamboyant de la justice de

1 El aperti sunt oculi amborum, etc. (Gen. III, 7.)

2 £t tu iniidiaberis calcaneo ejus. (Gen. III, 15.

Dieu ^ , et poindre l'aurore de son infinie miséricorde-.

L'honune s'étant éloigné de Dieu , et Dieu s'étant engagé à le ramener à lui , tout dès lors , dans la marche humanitaire et dans le gouvernement divin , se coordonne à ces deux principes de dégradation et de restauration. D'un côté, progression d'erreurs et de crimes ; de l'autre , manifestation toujours croissante de lumière et de sainteté, jusqu'à ce que la lumière incréée et le Saint des Saints , venant revêtir l'humanité , amène le grand jour.

Alors Dieu est mieux connu ; d'abord , dans £on être. — Les personnalités divines , qui se laissent à peine entrevoir dans l'acte de la création commun à toutes trois ^ , se révèlent clairement dans l'œuvTe de la rédemption par un rôle distinct. — Dieu est mieux connu dans ses œuvres et ses desseins sur les enfants des hommes. — Sa par-

1 Flammeum gladium. (Gen. ill , 24.)

2 Inimicitias ponam , etc. ( Gen. III , 15. )

3 Faciamus hominem , etc. ( Gen. 1 , 26. ;

tialilé envers les Juifs dans le gouvernement du monde, la singularité des lois et des destinées de ce peuple , est expliquée. — L'implacable animosité de Dieu contre le péché , son ineffable miséricorde envers le pécheur , déjà manifestes par tant de châtiments et par tant de bienfaits , se développent avec un prodigieux éclat sur le Calvaire.

L'homme aussi doit se connaître. — Souvent il s'est posé cette question sans pouvoir la résoudre : Que suis-je ? — Pilate , en lui présentant Jésus au dernier degré d'abaissement et près de subir la mort lu plus cruelle, lui répond : Foilà ce que tu es et ce que tu mérites, — Le Crucifié, sorti du tombeau et s'asseyant à la droite du Père au sein de la gloire, lui dit aussi : Foilà ce que tu peux devenir, si tu consens à me suivre. — Dira-t-il encore qu'il n'a vu ni le ciel qu'on lui promet, ni l'enfer dont on le menace ? — La croix est là pour l'aider à mesurer avec une parfaite justesse et la hauteur infinie du trône promis à son obéissance , et la profondeur non moins grande des cachots destinés à punir ses révoltes.

L'admirable harmonie qui règne entre les

dogmes et les faits ( car le christianisme est tout historique) règne aussi entre le dogme et ki morale , et ramène toutes les parties de celle-ci à Tunité. Les préceptes moraux sortent de la doctrine comme les branches sortent du tronc , et entre tant de rameaux vous n'en trouverez pas un qui soit parasite.

Puisque l'union avec Dieu est notre fin dernière , il est naturel que notre esprit s'unisse aux pensées de l'intelligence divine par la foi , que notre cœur gravite vers le bien suprême par l'espérance et l'amour. La charité , qui seul survi\Ta à ses deux aînées quand la vue claire et la possession de Dieu auront fait disparaître la foi et l'espérance , devait être le fondement du Décalogue chrétien : aussi toutes les prescriptions de celui-ci pivotent-elles sur l'amour de Dieu et du prochain , et dans cette infinité de sentences morales que renferme la Bible , il n'en est pas une seule qui ne tende à détacher les hommes de la terre pour les faire cheminer en paix vers Dieu ' .

La morale , dans la nouvelle loi , suit dans une

i PleniUicIo ergo legis csl dilectio. ( Rom. XIÏI, 10. )

exacte proportion les développements du dogme. Les conseils évangéliques eux-mêmes ne sont point une innovation , mais bien la perfection des préceptes anciens : Ne croyez pas , dit Jésus- Christ , que je sois venu abolir la loi ou les prophètes : loin delàj je viens les accomplir K

i Matth. V , 17.

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