SCIAT I
bre des grands écrivains , il en est bien peu qui soient constamment fidèles à leurs principes , et le plus logique est toujours celui qui renferme le moins de contradictions. Et en voilà quarante, qui, sans que Dieu s'en mêle, s'entendront à merveille pour composer un immense recueil d'histoires , de poésies et de philosophie dogmatique et morale , dans lequel l'esprit humain cherche vainement une erreur depuis près de deux mille ans 1 Encore une fois , c'est la basilique du Vatican , c'est Rome avec tous ses chefs-d'œuvre , bâtie par quelques Hurons armés de leurs haches de bois , de leurs couteaux de pierre , et agissant tous séparément.
Entre mille preuves de la divine assistance , voyez avec quel bonheur les Hagiographes ont constamment évité les nombreux écueils où toutes les logiques purement humaines sont venues se i>riser. Partout ils nous montrent Dieu comme l'Etre universel , celui qui seul est , sans jamais glisser dans le panthéisme. C'est Dieu qui opè. ' tout en nous , qui donne la vie , le mouvement , et à nos organes et à nos facultés supérieures : point de bonne pensée, point de volonté droite
qui ne vienne de lui ' ; et cependant la liberté humaine est pleinement sauve.
La philosophie n'a jamais su tenir à l'homme le langage qui lui convient. Tantôt elle enfle son orgueil et le jette dans la présomption par de.s éloges exagérés et la trop bonne opinion qu'elle lui donne de lui-même, tantôt elle l'avilit et le rebute par la hauteur et l'amertume de ses censures. La Bible , au contraire , fait sentir à l'homme son excessive faiblesse , son extrême corruption , mais toujours sans le mépriser , sans le dégrader , sans l'abattre. Si elle veut qu'il s'humilie jusqu'à reconnaître que de lui-même il n'est rien , c'est pour le relever jusqu'à Dieu. En un mot , elle nous peint tels que nous sommes, transfuges du néant destinés à trôner dans le ciel.
En morale , nulle exagération. Si par-ci par-là les conseils semblent se confondre avec les préceptes , ailleurs ils sont soigneusement distingués.
1 In ipso enim vivimus, et moveœur, et suraus. (Acl. XVIÏ . 28. ) — Non quod sufGcientes simus cogitare aliquid à nobis , etc. ( II. Cor. III , 5. ) — Deus est enim , qui operatur «nyohisrtrHle, Ptporficero.pro honà voluntulc. 'Philip. Il, 13.)
Dans la guerre à mort que l'Evangile fait à l'orgueil , qu'il était naturel de chercher à briser le moi humain , comme ont fait les théosophes de l'Inde et les quiétistes chrétiens ! — Fous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme , de tout votre esprit ' ; ce premier précepte laissait-il quelque place à l'amour de nous-mêmes? ne semblait-il pas anéantir toute recherche d'intérêt propre? D'ailleurs , le dogme était là pour dire que l'homme , ayant tout reçu de Dieu , et ne possédant en propre que le néant , devait totalement s'oublier lui-même pour n'aimer (jue Dieu. — Cependant ce sophisme logiquement inévitable, les évangéhsles l'évitent, et ils sanctifient, en le subordonnant à l'amour divin, ce fonds légitime d'amour-propre que le Créateur a placé ■ en nous. Tout en nous exhortant à aimer Dieu par le motif de ses ineffables amabilités , ils nous
1 Ce précepte , qui renferme toute la morale chre'lienno , esl lui-même un vrai miracle. Il commande, à la véritë , le plus juste, le plus le'gitime des sentiments (quoi de plus aimable que Dieu ! } ; mais ce sentiment est aussi le plus extraordinaire, le plus étranger au cœur de l'homme (quoi de moins aimé que Dieu ! j — Ce n'est pas un homme qui a prescrit cela.
y invitent plus fréquemment encore par Tappât des célestes récompenses.
Dites-moi;, qui a empêché les bateliei^ de Nazareth de vaciller sur cette lame de rasoir où nous avons Yii trébucher le cygne de Cambrai et tâtonner l'aigle de Meaux ! — Si Dieu n'est pas là , où est-il donc ?
Passons aux harmonies extérieures du christianisme.
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