CHAPITRE XXXYIII
Harmonie profonde du christianisme avec l'homme. Source unique de l'incrédulité.
Nous avons déjà pu voir que le christianisnie s'harmonie merveilleusement avec l'homme. Ce que nous avons exposé de sa doctrine sur l'origine et la destinée humaine, c'est moins de la Bible que du fond même de notre nature que nous l'avons tiré.
Il n'y a pas un principe dans notre raison, qui ne se lie à une vérité religieuse ; il n'y a pas une fibre dans notre cœur , qui , si elle est touchée par un doigt habile , ne rende un son chrétien.
— 2-23 — Les plus hauts mystères de la leligion trouvent en nous leur empreinte. Nous ne pouvons les rejeter sans nous renier nous-mêmes.
Le péché d'Adam vit encore dans notre cœur , et y fomente incessamment la conjuration de la chair contre Vesprii ' .
La Trinité divine est fidèlement reproduite dans les trois facultés , réellement distinctes entre elles , qui composent l'indivisible unité de notre ame^.
L'existence de l'Homme-Dieu , c'est-à-dire , l'union d'une personne divine avec notre nature , trouve son analogue dans l'union non moins mystérieuse de notre ame avec le corps , laquelle produit aussi \ animal-intelligent.
1 I. Pelr. II, H.
2 A la trinité psychologico-humaîne, composée jusqu'ici de \a pensée ou de Vêtre , de la connaissance et de Y amour , un penseur contemporain juge à propos de substituer le sentiment, l'imagination et la raison. {La Théorie de l'âme , etc. , par J. C. Docteur , publiée d'abord à Nancy et réimprimée à Mou tiers , 1841.) On peut s'offenser du ton rogue de l'autear et de certaines assertions peu mesurées ; mais on ne saurait nier que son sentiment n'offre , arec tous les trésors d'uno imagination brillante, un grand fonds de raison.
On peut bien dire aux incrédules, avec un prophète : « Insensés , qui ne pouvez croire , rentrez donc en vous-mêmes ^ »
Oui , l'homme est naturellement chrétien. Aussi , chose bien remarquable et constatée par une foule d'expériences^ l'infidèle à qui l'on propose pour la première fois le symbole chrétien , l'admet-il avec une extrême facilité. Ces mystères , que nos farfadets jugent si révoltants pour leur raison , il n'en demande pas même la preuve , tant ils lui paraissent naturels. — Ce n'est que lorsqu'on lui développe la théorie si amère , si astringente des devoirs ^ qu'on le voit regimber , et encore alors rendra-t-il hommage à la doctrine évangélique. — Votre religion est belle , bonne et vaut mieux que la nôtre ; mais il faut remplir son ventre , répond au missionnaire le brahme glouton - ; mais comment voulez-vous que je m'en
i lledile , proevaricalorcs , ad cor. ;' Is. XLVI , 8. )
2 Crest l'expression favorite des Brahines , caste dont Ja voracitë ëgale la fourberie, ( Voyez Mœurs , institutions et eérémonies des peuplet d& l'Inde, par M. Dubois, t. le"" , p. 384. )
— 2-25 ^ tienne à une seule femme , répond le voluptueux Asiatique? mais comment voulez-vous que je pardonne à mes ennemis et à ceux de ma tribu , dit le farouche sauvage ?
Les grands , les seuls ennemis du christianisme , ce sont les mauvaises passions. — « Quittez vos passions, et vous croirez , » a dit Pascal.
En doutez-vous? Voyez donc : Quand la foi s'en va-t-elle du cœur ? — quand les passions y commencent le tapage. — Quand y revient-elle? — lorsque la vieillesse ou la présence de la mort y ramène le calme. — On n'attaque jamais le symbole avant d'avoir fait brèche au décalogne.
Enfin , et ceci est décisif , je vous montrerai des milliers d'incrédules , très-sains d'esprit , se faire chrétiens aux approches de la mort , et tous les autres plus obstinés hésiter au moins. Montrezmoi un chrétien devenu incrédule à ce moment formidable, ou qui ait songé à se poser cette question : Ai-je bien fait de croire?
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