‹ Solution du problème de la suggestion hypnotiqueChapitre 29 sur 32 · V1TI · texte numérisé non relu

V1TI

Ces Messieurs vont encore me faire cette objection : « Il est inadmissible qu'une idée pénètre un individu et ne donne pas lieu à une sensation. » Vous pouvez constater un fait physiologique qui a de l'analogie avec le fait de l'idée suggérée non assimilée, qui a de l'ana-

;ogie, disons nous, autant qu'un fait d'ordre physique puisse en voir avec un fait d'ordre psychique : le Sensoriu m est à l'élaboration des empreintes-vivantes ce que l'estomac est à l'élaboration du chyle. Il y a une quarantaine d'années, étant Officier d'infanterie en garnison, et me trouvant dans un café, j'ai vu un idiot de vingt ans qui avait dans un sachet trois à quatre douzaines de petites billes de marbre semblables à celles qui servent au jeu des enfants ; il les avala en quelques minutes sans le moindre effort apparent ; il écarta ensuite la chemise qui couvrait sa poitrine, montra son estomac gonflé par les billes ; il les remua et fit autant de bruit que s'il les avait secouées dans le sachet ; puis il tendit Ja main pour recevoir l'aumône des assistants. Je revis cette scène hideuse plusieurs fois ; carie pauvre hère allait dans ce café une ou deux fois par semaine pour demander l'aumône de cette même façon. Ces billes passaient à travers le tube digestif, en sortaient à un moment donné, sans qu'il en résultât la moindre assimilation. Pourquoi dans l'ordre psychique ce qui n'est pas ni ne saurait être assimilé par l'opération psychophysique de la sensation ne serait-il pas rejeté à la manière des billes, ou à peu près, c'est à-dire sans qu'il en reste trace chez l'individu?

Dans le sommeil normal le Jet-Spontané fonctionne d'une manière calme, régulière, comme la respiration; ses produits viennent exclusivement des eœ-sensations de l'individu, et sont ramenés normalement dans les Corps striés pendant les rêves.

Dans le sommeil hypnotique trois cas peuvent se présenter. Le premier est celui où l'hypnotisé est laissé à lui-même ; s'il n'est pas malade il ne dira rien, ne fera rien et restera calme. Le deuxième est celui où Ton parlera au sujet de lieux communs qui lui sont familiers, où l'on provoquera l'écoulement, ahaute voix du Jet-Spontané, mais où l'on n'ajoutera rien d'extérieur, d'objectif, d'étranger à ce que le Jet de l'opéré peut prendre dans ses propres empreintes-vivantes. Le troisième est celui où l'on cherchera à suggérer à l'hypnotisé des choses étrangères au produit naturel de son Jet-Spontané sans aller au-delà des limites de ses connaissances acquises. Disons tout de suite que les hypnotiseurs ont déclaré qu'un illettré ne peut pas lire1 ;etquede plus, si vousluiparlezdechosesqu'ilignore absolument, il ne répondra rien. Essayez d'avoir une conversation, avec un sujet ignorant, sur la question des

1 Rovue de l'Hypnotisme 1er août 1877, p. 54 à 56.

forces vives, sur celle de la géométrie analytique, sur celle de la parallaxe du soleil, sur celle du Rêve de Scipion » etc.; vous verrez qu'il ne saura que dire lors même que le suggesiionneur s'appellerait Flammarion ou Bertrand.

Reprenons ces trois cas un à un.

Sur le premier il n'y a rien à dire.

Le deuxième cas est celui dont les écrivains sur l'hypnotisme ont rempli leurs livres en racontant ce qu'ont dit les sujets qu'on faisait parler « sans leur suggérer aucune idée », mais en les mettant simplement sur la trace d'aventures qui leur étaient arrivées. Dans ce cas on a tout bonnement un rêve parlé, un retour dans les Corps striés des empreintes-vivantes ou des ex-sensations de l'individu ; il va de soi que ce sont les empreintes relatives aux grands événements qui reviennent le plus souvent : passions vives heureuses ou malheureuses, fortune gagnée ou perdue, honneurs, rangs, faveurs, etc.

Le troisième cas est celui qui offre le plus d'importance pour expliquer ces phénomènes incompris et appelés : « Dédoublement de la personnalité ; Objeclivalion des types ; Amnésie de la personnalité ; Dédoublement de l'intelligence ; Changement du caractère moral etc.» Ces noms ne conviennent nullement au cas en question. Quand l'hypnotiseur suggère à son sujet des choses qui rentrent dans le cercle des connaissances de l'hypnotisé, il s'empare, non de son intelligence, puisqu'elle est endormie, mais de la direction de son Jet- Spontané. Imaginez, dans une rue de Paris, une fon-

laine qui coule par un tuyau semblable à celui d'une pompe avec son robinet; supposez que ce tuyau est posé par terre et laisse couler l'eau comme s'il n'y avait pas de tuyau ; on crie « au feu » dans une maison situe'e près de cette fontaine ; vous vous trouvez là ; vous vous emparez du tuyau et vous dirigez le jet d'eau où bon vous semble. C'est un cas analogue moins le feu, mais d'ordre psychophysique, que M. Charles Richet a raconté dans ses pages 233 à 242, quand il a parlé de trois femmes M... A... etB... auxquelles on a dit successivement : « Vous êtes une paysanne ; Vous êtes une actrice ; Vous êtes un général ; Vous êtes un prêtre ; Vous êtes un matelot ; Vous êtes une religieuse ; Vous êtes un pâtissier etc. », et qui ont rempli plus ou moins bien les rôles, en paroles et par gestes, de ces divers personnages. Il n'y a là ni dédoublement de l'intelligence (puisqu'elle est endormie et que, d'ailleurs, elle ne peut pas plus se dédoubler que notre corps ; il n'y a que les dieux qui puissent avoir leur Sosie)., ni dédoublement de la personnalité, attendu que la personnalité ne peut pas plus se dédoubler que la personne. Quand un acteur joue trois ou quatre rôles différents dans une seule pièce théâtrale, est-il jamais venu à l'idée de quiconque que sa personnalité ou sa personne se soient dédoublées ? C'est cependant un fait analogue à celui qu'a rapporté M. Ch. Richet.

Voici quelques expériences qui sont à faire.

La première sera de mettre une femme (telles que Mesdames A..., B... et M..., dont il vient d'être question) dans l'état décrit juste ci-dessus pour obtenir Vob-

jectivation des types, et de lui dire: « Je veux que pendant les cinq minutes qui vont suivre vous n'entendiez plus une seule des paroles que je vais vous adresser ; je vais vous faire plusieurs questions et vous dire beaucoup de choses : il faut que mes idées n'arrivent pas jusqu'à votre esprit. Quand les cinq minutes seront écoutées, vous me direz positement si, oui ou non, vous avez entendu mes paroles. » Pendant les dites cinq minutes on lui suggérera l'idée de faire le lendemain, à une heure appropriée, le salut militaire ou le pied de nez, trois fois, à un personnage très grave ; et quand les cinq minutes seront écoulées, avant de réveiller le sujet, il faudra lui demander s'il a entendu les choses communiquées et la suggestion faite ; après avoir noté sa réponse, il faudra le réveiller ; puis s'assurer si, le lendemain, l'idée suggérée a pu recevoir son exécution.

La seconde expérience sera, après avoir mis le sujet en état d'hynotisme, de lui boucher les oreilles absolument (avec de la cire molle ou autre chose) de façon qu'il ne puisse rien entendre, et de répéter les expériences décrites dans le paragraphe ci- dessus.

Il y a des choses qui auraient dû faire deviner la vérité, me semble-t-il, aux auteurs et expérimentateurs

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