H8 SOLUTION DU PROBLÈME
sur l'hypnotisme ; je ne cesserai jamais de croire et de dire que leur insuccès est du au fait qu'ils ont travaillé avec l'idée préconçue que le psyché n'existe pas, et que la physiologie neurique pouvait tout expliquer. M. Paul Richer, page 710, dit ceci :
« Par le sens de l'ouïe, le bruit hallucinatoire est .« aussi bien perçu par une oreille que par l'autre malgré « Thypocophose qui existe à gauche. Le sujet prétend, « par exemple, parfaitement bien entendre le petit cri « d'un moineau imaginaire qu'elle approche de son « oreille gauche, pendant que cette même oreille ne « perçoit pas le tic-tac de la montre que nous appli- « quons tout contre le conduit auditif.
a La même malade est anesthésique totale à l'état de « veille. Pendant le somnambulisme le même état per- « siste, et la peau peut être traversée pas de grosses « épingles, sans même que la malade s'en aperçoive. « Mais une piqûre imaginaire la faiOiorriblement souf- « frir. »
Il y a dans ces lignes deux faits qui à eux seuls pourraient tout expliquer à des gens non prévenus. Le sujet dit « qu'il entend le cri d'un moineau imaginaire », et il n'entend pas le tic-tac d'une montre appliquée contre son conduit auditif : cela prouve de la façon la plus évidente que l'ouïe est anesthésiée. Quand aux nerfs capillaires du toucher, le sujet ne sent rien lorsqu'on lui traverse la peau avec de grosses épingles : et une piqûre imaginaire la fait horriblement souffrir. Comme cela prouve bien l'exactitude de tout ce que j'ai dit plus haut !
Une autre chose non moins significative, et qui donne absolument raison à toutes mes explications sur l'hypnotisme et la suggestion, est la suivante. Messieurs les hypnotiseurs ont eu recours à la faradisation localisée des muscles de la face. La physionomie dans ce cas prend l'expression de Fe'motion que le muscle a pour fonction de porter sur le fades de l'être humain.
Lisons maintenant ce que M. Paul Richer a dit à cet égard dans ses pages 670 et G81.
« Dès nos premières expériences, nous avons vu l'at- « titude, le geste approprié, suivre l'expression que « l'excitation électrique avait imprimée h la physiono- « mie. Au fur et à mesure que le mouvement des traits « s'accentuait, on voyait, en quelque sorte spontanéce ment, tout le corps entrer en action, et compléter par « le geste l'expression du visage. Lorsque par erreur ou « tâtonnement dans le procédé opératoire, l'expression « de la physionomie ne s'accusait pas franchement, le « geste demeurait indécis.
« Une fois produit, le mouvement imprimé aux traits « du visage ne s'efface pas, malgré la cessation de la « cause qui l'a engendré, après qu'on a retiré les élec- « trodes. La physionomie demeure immobilisée en ca- « talepsie, il en est de même pour l'attitude et le geste « qui l'ont accompagnée. Le sujet se trouve ainsi trans- « formé en une sorte de statue expressive, modèle im- « mobile représentant avec une vérité saisissante les « expressions les plus variées et dont les artistes pour- « raient assurément tirer le plus grand parti. »
Page 681 : « Nous faisons contracter le peaucier pour
« obtenir l'expression de terreur et d'effroi, un mouve- « ment brusque d'expiration se produit alors suivi ou « non d'une nouvelle inspiration ; et malgré l'image « saisissante de la plus vive frayeur qui demeure « peinte sur les traits et dans les gestes du sujet, la res- « piration reprend son calme et son immobilité cata- « leptique. »
« Nous trouvons là une dissociation vraiment bien « curieuse des différents modes d'expression des pasce sions, la suggestion cataleptique par le sens muscu- « laire ne mettant en jeu que le mécanisme des mani- « festations extérieures, et laissant au repos le rouage « qui tient sous sa dépendance les manisfestations in- « times et organiques. »
Il est dit dans ce passage que quand on fait exprimer la terreur et l'effroi, la respiration reste calme ; et que l'expression de la terreur reste sur les traits du visage comme sur une statue. Il est donc clair et certain que tout cela est mécanique ; que l'âme de l'opéré est en état de sommeil ; que son intelligence, toutes ses facultés psychiques, ses sentiments et ses passions, s'il en a, ne prennent aucune part aux exercices que MM. les professeurs font faire à ceux dont ils développent V éducation hypnotique.
Mes travaux psychologiques me faisaient un devoir et m'imposaient la ne'cessité d'étudier à fond l'importante question de la suggestion. La Psychologie, par ma plume, avait prié la Physiologie de travailler avec elle à la solution de plusieurs grands problèmes. La Physiologie, aussi orgueilleuse qu'infatuée, a jeté sur sa jeune sœur un regard dédaigneux et lui a re'pondu : je ne veux ni te reconnaître ni te connaître. La Psychologie a dû agir seule ; elle n'en est pas moins arrivée à résoudre le problème de la suggestion.
L'idée qui m'a poussé avec le plus de force a été la question de la « suggestion du crime. » Chacun sait maintenant que le fait existe. Des crimes ont été suggérés et mis à exécution. Déjà plusieurs assassins ont essayé de trouver une justification à leurs crimes en prétextant que l'idée du forfait leur avait été suggérée. Je me suis dit que si la solution du problème se faisait attendre trop longtemps, les criminels finiraient par trouver là une excuse ; que les juges ne sauraient plus que penser ni que faire ; et qu'il n'y aurait plus de sécurité pour personne dans notre société corrompue.
Maintenant que l'on connaît scientifiquement l'état physiologique et psychologique de l'hypnotisé, ainsi que la cause et les effets de la suggestion criminelle,
la loi pourra et devra intervenir d'une manière efficace. Les législateurs devront faire insérer les clauses suivantes dans la loi :
« 11 est défendu de se mettre soi-même en état d'hypnotisme, surtout isolément. Tout crime commis par un citoyen qui aura violé cette loi, sera puni comme si le forfait avait été perpétré en dehors de toute influence hypnotique. »
Si on se récrie contre cette mesure, je dirai que l'on défend à un jeune homme de se mutiler pour échapper au service militaire. S'hypnotiser est une faute plus grave que de se mutiler.
« Quand, par une nécessité judiciaire, thérapeutique ou autre, il faudra mettre un être humain en état d'hypnotisme, c'est toujours un médecin (ou un homme spécialement autorisé) qui devra endormir le sujet. Deux témoins, au choix de l'opéré, jamais moins, devront assister à l'opération ; si la personne à hypnotiser se refuse à désigner elle-même les témoins, un magistrat devra les désigner. »
« En aucun cas on ne pourra suggérer Tidée d'un crime à la personne hypnotisée. »
Tout est à peu près inexact dans l'interprétation des faits, gestes et paroles relatifs aux hypnotisés. M. P. Ri-
cher, aux pages 211, 212, 242, 243, parle de l'exaltation de l'intelligence des êtres mis en état de somnambulisme ; il dit : « Quelquefois la vivacité del'encé- « phale est tellement exaltée, que les facultés intellec- « tuelles et les facultés sensoriales prennent une acti- « vite surprenante. Ainsi, dans quelques cas, les maia- « des se servent d'un langage plus distingué que celui « dont elles usent d'habitude ; on en a vu qui faisaient « des vers. » Ceci est la chose du monde la plus facile à expliquer.
En état de veille, les empreintes vivantes nous reviennent par le Jet- Spontané sous formes ft images d'objets, de reflets de choses et de lueurs de pensée d'une manière toujours plus ou moins vague, parce que les produits du Jet sont troublés par les nouvelles impressions qui ne cessent de nous arriver ; l'être en état de somnambulisme ne reçoit pas d'impressions nouvelles ; son Jet-Spontané seul fournit les choses qu'il dit; ces choses sont dites sans distractions possibles. Telle est la cause du fait qu'une personne vulgaire s'exprime plus clairement en état de somnambulisme qu'en élat de veille.
L'hypnotisme, tel qu'il a été compris et appliqué jusqu'à ce jour, a inspiré des soupçons et des craintes
à des gouvernements comme à des individus ; et cela se conçoit facilement. Dans des lieux publics comme dans des hôpitaux, dans des sortes d'exhibitions ou de représentations théâtrales, on met une créature humaine dans un état physiologiquement et psychologiquement faux ; on fait ou l'on peut faire d'elle une machine dangereuse : on peut lui suggérer l'idée d'un crime qui éclatera h un moment donné, comme la machine infernale placée dans le centre d'un navire pour le faire sauter; rappelez-vous la catastrophe de Bremerhafen. M. Arthur Desjardins, dans la séance de l'Académie des Sciences morales et politiques dul4 août 1880, s'est élevé avec une grande énergie contre les pratiques actuelles de l'hypnotisme. Sa critique venait d'un sentiment très louable pour la Liberté et pour la Dignité humaines, mais elle était produite en même temps par l'ignorance dans laquelle se trouve encore le monde savant comme le monde ignorant relativement à la cause de la suggestion : toute chose incomprise donne lieu à un usage abusif. M. Desjardins a dit, entre autres choses : « que les droits de l'humanité sont gravement atteints par les détestables pratiques de V hypnotisme ; et il a ajouté, à la fin de son discours que : « en les flétrissant devant l'Académie, il était assuré de son suffrage.» M. Charcot n'a pas dû être très satisfait de la sortie de son confrère de l'Institut.
Plusieurs gouvernements ayant le sentiment que la suggestion hypnotique, encore incomprise dans ses causes, pouvait faire courir des dangers à la sécurité des citoyens, ont défendu la pratique de l'hypnotisme
en public. Un journal daté du 18 janvier 1888, rapporte que l'on a interdit en Allemagne les représentations données par des magnétiseurs.
• Ces pratiques, ces critiques et ees mesures nous prouvent que nous sommes encore à une époque de tâtonnements, et que les expériences journalières, faites pendant les quinze dernières années, n'ont encore rien enseigné à personne sur les vraies causes de l'important phénomène de la suggestion. Et il en sera ainsi tant que les Savants de la Salpétrière, du Collège de France, de l'Institut, de la Société de Psychologie physiologique et de tous les détenteurs de pouvoir ou d'influence de même farine, resteront aveuglément sur le domaine exclusif de la Physiologie. Ces Messieurs nient le psyché parce qu'il le considèrent comme surnaturel : ici encore il faut s'entendre.
Les erreurs ou les brouillards du passé ont conduit les hommes à la confusion du surnaturel avec le surhumain.
Et d'abord, qu'est le surnaturel ? Les dictionnaires nous disent que : « c'est ce qui est au-dessus des forces de la nature, » ; puis ils nous enseignent en même temps que la nature : « est l'universalité des choses créées. » Si après cela vous demandez aux dictionnaires et aux savants quelles sont les forces au-dessus de la nature ou de l'universalité des choses créées (ce qui est une vraie absurdité) ? Savants et dictionnaires resteront muets les uns comme les autres.
Le mot surnaturel est donc vide de sens. Il y a un mot d'un sens profond qui doit le remplacer : c'est
le mot surhumain. Ici nous sommes en pleine réalité; nous nous heurtons de tous côtés, et chaque jour, contre le surh umain, contre le suprasensible, contre ce qui est au-dessus de nos propres forces et de nos moyens d'action. Il y a deux sortes de surhumain. L'un est relatif à l'impossible absolu ; il est certain que nous n'irons jamais en ballon sur les planètes de notre système Solaire. L'autre est relatif à l'inconnu actuel pour chaque siècle, mais que l'homme peut arriver à connaître: Voltaire disait que nous ne saurons jamais ce qu'est la pensée ni comment nous pensons ; nous savons l'un et l'autre aujourd'hui. Les vrais hommes de progrès qui font des recherches sans parti pris, sans idées préconçues, diminuent constamment le diamètre de la sphère de l'inconnu ou de la seconde sorte de surhumain. J'ai démontré le mécanisme de la pensée dans mes livres et dans mes Conférences; et en même temps j'ai fait voir l'existence et l'influence du psyché : tous les grands Istes (Monistes, Matérialistes, Spontanéistes etc.,) au lieu de vérifier la fausseté ou l'exactitude de ma démonstration 4, se sont contentés de dire : cela est impossible, parce que le psyché n'existe pas. J'ai cependant fait voir dans le paragraphe 7% de la présente troisième Section de ce Chapitre, qu'ils croient à des choses analogues, dont quelques-unes mêmes sont invérifiables ; tandis que mes lois psychiques qui, seules, peuvent aider à expliquer les causes de la sugges tion, sont de nature à être toutes contrôlées et vérifiées.
1 Une démonstration peut partir d'une conception erronnée et donner lieu à une fausse démonstration.
Nos savants qui passent de longues années à faire re'péter tous les jours les mêmes exercices à des femmes hystériques dont l'éducation hypnotique a été bien faite, pourraient appliquer une partie de leur temps à l'étude des phénomènes qui s'offrent souvent à leur observation.
Le temps ou la mode est à l'observation microbiologique et à l'analyse de toutes les subtances animales. Ne serait-il pas physiologiquement, pathologiquement et psychologiquement utile ou intéressant de connaître la différence qui peut exister dans la composition des larmes de joie d'avec celles de chagrin ?
Pour la même raison pourquoi n'a-t-on pas encore pris une goutte de sang, pour l'analyser, aux hommes arrêtés de temps en temps et qui, alors, entrent dans une colère si extraordinaire que, comme de vrais enragés, ils mordent les agents de la force publique, ou se mordent entre eux jusqu'à se couper le nez ou les oreilles? En même temps que leur sang, il faudrait analyser la salive de ces forcenés.
A la Salpêtrière même une analyse aurait dû être faite depuis longtemps. J'incline à penser que Vhystèrie vraie, celle de la femme, a sa source, dix-neuf fois sur vingt, dans une irritation prolongée de tout l'or-
gane génital. Celte irritation est causée par an sentiment, par un désir erotique permanent qui devient avec le temps une sorte de pensée fixe, suivant les circonstances de milieu, d'éducation, de caractère, d'habitudes et de tempérament, cette pensée erotique fixe conduit la femme à la grande hystérie, à une sorte de bestialité écœurante ou de monomanie hideuse. M. Paul Richer a parlé de cette maladie, voulue neuf fois sur dix, dans de nombreuses pages ; il n'hésite pas à qualifier les accès de ces malades : d'attaques démoniaques ; il avoue que ces femmes poussent des cris de bêtes fauves, et qu'elles mordent comme si elles étaient enragées. Aux pages 136, 160 et 228, il informe ses lecteurs que les hystériques démoniaques, à la fin de leur accès, ont une sécrétion abondante et très fétide de mucus vaginal. Aux pages 226 à 228, il raconte l'accès d'une malheureuse qui a duré 36 heures ; il a fallu la sonder ; on a retiré une grande quantité de mucus vaginal fétide : pourquoi cette matière n'a-t-elle pas été analysée? Qui nous dit que chez des personnes atteintes de pareils accès, la rage ne peut pas se déclarer comme elle se déclare chez les animaux sauvages et chez les chiens pour des causes à peu près semblables ?
Nous arrêtons ici notre démonstration. Les Conférences que nous nous proposons de faire sur le sujet achèveront de convaincre, nous l'espérons, les hommes qui cherchent la vérité pour elle-même, et non pas des arguments pour défendre tel ou tel système préconisé par un clan ou par un autre. S'il le faut et suivant l'accueil qui sera fait à notre travail, nous
prendrons les assertions et les arguments des auteurs dont nous avons cite' les ouvrages pour les soumettreau creuset de la critique. Nous ne nous soucions que de la ve'rite' parce que c'est d'elle, surtout, que l'humanité et la socie'té ont le plus pressant besoin.
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Avant propos.