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Solution du problème social

■I. La révolution du 2i février est légitime, bien qu'elle ait été illégaie. 2. Le Gouvernement provisoire n’a pas compris la révolution.

Un grand acte vient de s’accomplir, irrésistible , irrévocable.

Que chacun, suivant son inclination, en fasse son deuil ou s’en félicite ; mais que tous se préparent à l’imprévu : car, je vous le jure, la face du monde vient d’être changée;

Royauté, monarchie constitutionnelle, système représentatif, classe travailleuse et classe bourgeoise, et bien d’autres choses que je ne suis nullement pressé de dire, tout cela est désormais aussi loin de nous que la loi Gombette et les Capitulaires de Charlemagne. L’assemblée nationale qui va se

réunir, si révolutionnaire qu’elle nous vienne, ne sera, aussi bien que la constitution qu’elle doit donner, que du provisoire. Ce n’est point avec des lambeaux de la constitution de l’an vin, de celle de l’an m ou de l’an n, flanquées du Contrat social et de toutes les déclarations de Droits de Lgfayette, de Condorcet et de Robespierre, que l’on traduira la pensée du Peuple. Notre illusion en ce moment est de croire à la possibilité d’une république dans le sens vulgaire du mot; et c’est chose risible que de voir nos tribuns arranger leurs fauteuils pour l’éternité. La dernière révolution contient autre chose : sans cela il faudrait dire qu’elle s’est accomplie par hasard, qu’elle est un accident sans cause et sans racines, en un mot, qu’elle est absurde.

Telle est aussi l’idée, tel est le doute qui, dans le secret des consciences, tourmente la nation, ceux qui occupent le pouvoir, aussi bien que ceux qui viennent de le perdre.

Tous les hommes qui, hier, s’attachaient à l’une des formes politiques maintenant disparues, conservateurs, dynastiques, légitimistes, et plus d’un même parmi les radicaux, également déroutés, regardent avec inquiétude cette République qui renaît, sous un étendard nouveau, un demi-siècle après ses funérailles. Depuis quand, se disent-ils, est-ce que les morts ressuscitent ? L’histoire rétrograde-t-elle? tourne-t-elle? se recommence-t-elle? La société a-t-efle ses époques palingénésiques, et le progrès ne serait-il qu’une série de restaurations?.

Puis, passant rapidement du doute au désespoir: Voyez, ajoutent-ils, cette révolution faite sans idée !

• ce drame renouvelé moitié de 89, moitié de 93, appris dans des romans, répété dans des tabagies, puis joué sur la place publique par des hommes qui ne savent seulement pas que ce qu’ils viennent de détruire a été la fin de ce qu’ils commencent ! D’où vient-elle, cette révolution? elle n’en sait rien. Où va-t-elle ? elle l’ignore. Qui est-elle? elle hésite sur son propre nom, tant elle-même se connaît peu, tant son apparition est factice, tant ce mot de République semble un solécisme dans notre langue.

Le premier jour, c’est le renversement du ministère.

Le second jour, c’est la chute de l’opposition.

Le troisième jour, c’est l’abdication de Louis- Philippe.

Le quatrième jour, c’est le suffrage universel.

Le cinquième jour, c’est l’organisation du travail. Le sixième, le septième jour, ce sera la communauté et le phalanstère !...

Oh ! le Gouvernement l’avait prédit : nous étions tous aveugles, nous sommes tous dupes. La République, dont personne ne voulait, a surgi de nos querelles, traînant à sa suite des saturnales inconnues. Entendez-vous les cris des Icariens, les cantiques de Cliâtel, et ce bruit confus, horrible, de toutes les sectes? Avez-vous vu ces hommes à visages sinistres, pleins du vin de la liste civile , faire des rondes à minuit, avec des chiffonnières nues, dans

la demeure royale? Avez-vous compté les cadavres de ces cent trente héros, asphyxiés par l’alcool et la fumée, dans l’orgie de leur triomphe?... Où s’arrêtera ce carnaval sanglant? Quel dénoûment à cette fahle, où l’on voit une nation entière, menée par une douzaine de mystagogues, figurer comme une troupe de comédiens?...

Et voilà, reprennent-ils, voilà l’œuvre de celle Opposition qui se prétendait clairvoyante, qui niait les passions hostiles , qui se flattait de dompter l’émeute ; qui, maîtresse un instant du pouvoir, ayant quarante mille hommes de troupes, et quatrevingt mille gardes nationaux pour faire respecter son mandai, n’a eu rien de plus pressé que de faire battre la retraite, et de laisser le champ libre à la République !

Voilà, répliquent les autres, le fruit de cette pensée immuable, qui, souillant tout, corrompant tout, ramenant tout à son égoïsme, faisant de toute vérité un mensonge , se jouant également de Dieu et des hommes, après dix-sept ans de perfidies, prétendit jusqu’à la dernière heure faire des conditions au pays, et dire à la liberté : Tu n’iras pas plus loin !

Voilà comme finissent les usurpateurs ; voilà comme sont emportés les hypocrites et les impies. La révolution de février ne peut se comparer qu’à un vomissement. Le peuple de Paris expulsant Louis-Philippe, était comme un malade qui rejette un ver par la bouche !...

Et cependant le Peuple est plus pauvre que jamais :

le bourgeois se ruine, Tourner meurt de faim, l’Etat court à la banqueroute. Oh! qu’allons-nous devenir?...

Laissons les regrets aux timides, et les lamentations aux vaincus. La vérité n’est point dans ces récriminations.

Une révolution, précipitée par l’universel dégoût, vient de se produire. Il s’agit, non de l’exploiter, mais de la définir; il s’agit d’en formuler le dogme, d’en tirer les conséquences légitimes.

Pendant que nos hommes d’Etat provisoires, saisis à l’improviste, se débattent dans le vide, cherchent leur chemin et ne trouvent que routine ou utopie, flattent le pays plutôt qu’ils ne le rassurent, proposent leurs idées au Peuple, au lieu de lui demander les siennes, se traînent dans l’ornière du vieux jacobinisme, obligés, pour excuser leur impuissance visible à tous les regards, de se réfugier dans leur dévoûment : essayons, nous, de comprendre, ou pour mieux dire, d’apprendre le Peuple.

Le Peuple, en faisant une révolution si soudaine, s’est imposé une tâche immense : le Peuple est comme ces travailleurs qui produisent d’autant plus et d’autant mieux, qu’ils sont écrasés de besogne. Le Peuple aura à souffrir, sans doute ; mais il ne faillira point à son œuvre : tout le danger est que ses chefs ne le devinent pas.

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