‹ Solution nouvelle de la question des lieux saints, suivie d'une notice sur la véritable rose de Jéricho, avec deux plans coloriés de l'église du Saint-Sépulcre indiquant l'état de possession des communions chrétiennes dans l'église du Saint-Sépulcre, avant et après l'incendie de 1808Chapitre 2 sur 5 · livre que je publie aujourd'hui n'a pas · texte numérisé non relu

livre que je publie aujourd'hui n'a pas

pour but de traiter ces grandes et délicates

questions, ïl n'a rien de politique. Je n'ai

à étudier que ce point isolé, cette idée purement religieuse : il faut pacifier par un concordat les diverses communions chrétiennes qui gardent le Saint-Sépulcre.

Je n'en suis pas moins convaincu que la solution que je propose, par là même qu'elle est toute évangélique, est évidemment la plus favorable aux intérêts de notre pays. Les peuples grandissent par la justice et trouvent leur élément de vie dans la paix. La religion surtout a besoin de paix et de justice, pour que son ministère ne soit pas compromis par le contact des intérêts humains qui ne peuvent que lui laisser leur souillure.

DE LA

Depuis mon retour à Paris du voyage que j "ai fait en Orient avec mon savant ami M. de Saulcy, membre de l'Institut, des hommes graves dans le clergé, la diplomatie et la presse, m'ont demandé ce que je pensais des lieux saints.

Ma réponse leur a paru seule bien comprendre les véritables intérêts de la religion et de l'honneur de la France. Je la donne ici telle que je l'ai développée dans mon Voyage religieux en Orient, dont je prépare la publication.

Pendant mon séjour à Jérusalem, s'élaborait le projet sérieux de faire réclamer auprès delà Porte, par le gouvernement français, la possession des lieux saints, et en particulier du Saint-Sépulcre, en faveur des religieux latins.

Au mois de mai 1851 , M. de la Valette,

notre ambassadeur auprès de la Porte, fit cette réclamation au nom de la France. De son côté, M. de Titow, ambassadeur de l'empereur de Russie , remit à la Porte un mémorandum dans lequel il demandait qu'on maintînt cette possession aux Grecs co-réligionnaires du czar. Au mois de juin, M. Botta, notre consul à Jérusalem, se rendit à Constantinoplepour appuyer, à l'aide de nouveaux documents, les réclamations de la légation française. Il y trouva M. Eugène Boré, voyageur distingué, entré récemment dans le sacerdoce, qui avait fait en 1849 le voyage de Jérusalem , muni d'instructions du gouvernement français sur la question du Saint-Sépulcre , et qui avait porté cette affaire à la connaissance du public, par un écrit publié en \ 850, avec ce titre: Questionnes lieux saints.

Les réclamations de notre ambassadeur, quoique appuyées, dit-on, par l'Autriche, ne reçurent pas de solution.

Au mois de novembre dernier, la question des lieux saints ne paraissait pas avoir fait de grands progrès. Elle se compliquait au con-*

traire et prenait un aspect purement politique. On annonça que l'empereur Nicolas avait demandé au sultan, dans une lettre autographe, le maintien du statu quo et qu'à l'appui de cette lettre, l'ambassadeur du czar avait signifié à la Porte que si elle cédait aux demandes de la France, la légation russe prendrait immédiatement ses passeports. M. de La Valette, fe à son tour, déclarait que si le ministère otto- ! man ne faisait pas droit à ses réclamations, il quitterait le palais de l'ambassade, pour attendre sur l'un des navires de la France, les in- • structions ultérieures de son gouvernement.

Voilà où en était la question il y a peu de temps. Elle avait pris la tournure que la simple expérience des affaires indiquait qu'elle devait naturellement prendre. Le czar, dont on connaît les plans de prépondérance dans l'Orient, devait profiter de cette occasion pour donner une preuve éclatante de protection à l'Eglise grecque et à l'Eglise arménienne, qui, attachent l'une et l'autre un immense intérêt à l'occupation des lieux saints.

Les événements politiques de France avaient

détourné l'attention de la question encore en litige; maintenant l'opinion publique s'en occupe vivement. Les hommes qui , dans les journaux, en avaient parlé avec le plus de sens et de modération, s'accordaient à déplorer le conflit qu'elle venait soulever, et n'hésitaient pas à déclarer que c'était une question insoluble. À leurs yeux, on ne pouvait que compromettre la Turquie vis-à-vis de ses populations chrétiennes qui ne vont pas à moins de douze millions de sujets, et vis-à-vis de la Russie, qui convoite les débris de l'empire d'Orient et ne cherche qu'un prétexte pour accomplir une révolution plus habile qu'une invasion à main armée, puisqu'elle aurait saforce dans les sympathies des populations les plus riches et les plus influentes de l'empire ottoman. La question alors se déplaçait; ce n'était plus auprès de la Porte qu'il fallait réclamer, mais à Saint- Pétersbourg; l'empereur de Russie était le seul adversaire. La question était nettement posée, mais la solution paraissait impossible.

Pour moi qui l'ai étudiée sur les lieux mêmes, à un autre point de vue que le point de vue

politique, en laissant de côté celui-ci, je Tiens apporter ma solution que je crois seule canciliable avec les intérêts bien compris du catholicisme, avec les droits de la justice, avec l'honneur et le protectorat religieux de la France et des nations catholiques de l'Europe. Je soumets ce mémoire aux lumières des hommes sans passion, qui cherchent le vrai dans de semblables matières, et qui n'écoutent pour les traiter, ni des préjugés anti-religieux, conseillers toujours aveugles, ni une exaltation de zèle souvent plus dangereuse que l'hostilité.

Avant d'aborder la question, je dois donner au lecteur tous les élémens qui le mettront à même de la suivre avec intérêt.

Ces éléments sont :

4° La statistique de la population chrétienne de Jérusalem ;

2° L'énumération des lieux saints ;

3° L'état présent de ces sanctuaires;

4° L'indication des lieux saints possédés par les diverses communions chrétiennes avant l'incendie de 1808 ;

5° Les changements apportés à cette possession depuis l'incendie de 1808 ;

6° La teneur des réclamations faites au non des franciscains déterre sainte.

1 Statistique de la population chrétienne de Jérusalem.

Plusieurs relevés de la population de Jérusalem ont été faits à diverses époques, et ils présentent tous des différences assez notables.

Celui d'Ànthimos, secrétaire du patriarche grec, fait en 1838, s'élevait à 10,920.

La même année, le docteur Robinson donnait le tableau de la population d'après les rôles du gouvernement, et en portait le chiffre à 11,000.

M. Schultz, consul de Prusse, donne, dans sa Jérusalem, un relevé plus considérable, et qui m'a paru plus exact, autant que j'ai pu en juger par les renseignements que j'ai pris k ce sujet.

Selon M. Schultz, la population s'élevait en 1 845 au chiffre de 1 5,51 0.

La population chrétienne y figure dans les proportions suivantes :

Grecs,

Catholiques,

Arméniens,

Cophtes,

Syriens, Abyssiniens,

Total pour la population chrétienne, 3390.

Au mois de janvier 1851 , le secrétaire de Terre-Sainte portait à 1,000 le chiffre de la population catholique. Quelques catholiques du rit grec qui ont un couvent k Jérusalem sont compris dans ce relevé. En acceptant ce chiffre, les catholiques ne formeraient pas encore le tiers de la population chrétienne de Jérusalem.

Les catholiques qui suivent le rit latin sont ides arabes du pays. Ils ne connaissent pas d'autre langue que l'arabe, si ce n'est quelques jeunes gens qui ont passé par l'école des Pères où l'on parle italien. Le père franciscain qui est le curé de Jérusalem, prêche chaque dimanche en arabe. Mgr. Valerga, le patriarche latin, prêche aussi dans cette langue et avec une distinction telle, qu'il est

suivi même de ceux qui ne sont pas catholiques.

Il n'y a pas à Jérusalem de latins, de francs , si ce n'est les franciscains du couvent de Saint- Sauveur qui sont italiens et espagnols. On ne citerait pas à Jérusalem quatre familles qui aient conservé quelque souvenir de la descendance des anciens croisés.

Il en est de même de ceux que nous appelons les Grecs. Ils ne sont pas plus grecs que les catholiques ne sont latins. Ce sont comme eux des indigènes qui ne connaissent que l'arabe, quoique toute la liturgie de leur église soit en langue grecque.

Les Arméniens forment une nation séparée quia sa langue, sa liturgie. Elle est d'origine étrangère et s'est établie peu à peu à Jérusalem, attirée par les pèlerinages.

Il en est de même des Cophtes et des Abyssiniens; mais ils sont si peu nombreux, quvil n'y a pas à en faire mention. Dans les questions des lieux saints, ils sont patronés par les Arméniens ou les Grecs qui seuls, par leur nombre et leur fortune, ont de la prépondérance.

Àu chiffre de la population fixe de la chrétienté de Jérusalem , il faut ajouter celui de la population flottante plus difficile encore à évaluer. D'après les renseignements que j'ai pris, le nombre de pèlerins est encore considérable, et ce sont eux qui non-seulement donnent du mouvement a Jérusalem , mais y apportent l'argent qui en alimente tout le commerce. On évalue au moins à 4 2,000 le nombre de pèlerins qui viennent chaque année a Jérusalem,

Ce sont presque tous des Grecs ou des Arméniens. Les catholiques comptent à peine, dans ce nombre, pour le chiffre de 80. On voit à toute heure leurs groupes nombreux occuper le parvis de l'église du Saint-Sépulcre, attendant qu'il plaise aux Turcs d'en ouvrir les portes. Ceux que j'y ai vus avaient été attirés par la fête de Noël. Ils ne quittaient pas la sainte demeure, tant qu'ils pouvaient y pénétrer. Ils y étaient d'une édification admirable. Je n'oublierai jamais l'impression profonde que j'ai éprouvée, en entendant les prières ferventes accompagnées quelquefois de larmes

et de sanglots, de ces hommes du peuple venus de si loin et n'ayant pas voulu se donner le bonheur du pèlerinage sans le partager avec leurs mères, leurs femmes et leurs enfants,

Il y a à rougir pour l'Europe catholique de Tindifférence qu'elle montre pour le tombeau de Jésus-Christ.

2° E numération des lieux saints.

On appelle Lieux saints les églises construites sur les lieux où se sont accomplis les principaux événements de la vie de Jésus- Christ. La nomenclature n'en est pas toujours la même dans les écrivains religieux.

Voici ceux qui attirent encore aujourd' hui les pèlerins :

1° A Nazareth, l'église de l'Annonciation. — Aux Catholiques.

2° A Bethléem, l'église de la Nativité. — A toutes les communions chrétiennes.

3° ASichem, l'église de la Samaritaine sur le puits de Jacob. — Détruite.

4° A Cana, l'église où Jésus-Christ changea l'eau en vin. — Aux Grecs.

5° À Tibériade, l'église où Saint-Pierre reçut ses pouvoirs de Jésus -Christ. — Aux Catholiques.

6° À Jérusalem, l'église de la Présentation. — Aux Musulmans.

7° A Jérusalem, l'église de la Flagellation. — Aux Catholiques.

8° A Jérusalem, l'église du Saint-Sépulcre. — A toutes les communions chrétiennes.

9° A Jérusalem, l'église des Apôtres.— Aux Musulmans.

10° AumontOlivet, l'église de PAseension. — Aux Musulmans.

11° A Gethsemani, l'église où est le tombeau de la Vierge. — A toutes les communions chrétiennes.

12° A Gethsemani, la grotte de l'Agonie. — Aux Catholiques.

Je passe sous silence quelques lieux saints moins importants : l'église de Saint-Jean- Baptiste in Montana. — Aux Catholiques ; l'église de la Transfiguration au Thabor. — Détruite; l'église de la décollation, à Sébaste. — Aux Musulmans.

3° Etat présent de ces sanctuaires.

Une de ces douze principales stations est entièrement abandonnée. C'est l'église que Sainte-Hélène fit bâtir sur le puits de Jacob où Jésus-Christ parla à la Samaritaine. Il n'en reste qu'un pan de mur, d'un mètre de hauteur et quelques fûts de colonne de granit gris et de granit rose.

Trois ont été enlevées aux chrétiens par les musulmans. 1° L'église de la Présentation bâtie parJustinien dans l'enceinte du Temple. C'est aujourd'hui une belle mosquée appelée El-Àksa. Les musulmans, dit Quaresmius , y célèbrent une fête publique en l'honneur de la sainte Vierge. Le nom d'église delà Présentation est peu ancien ; le vérirable nom que nous a conservé saint Cyrille, évêque de Jérusalem, est celui-ci : l'Église neuve. 2° l'église des Apôtres bâtie sur le mont Sion. Il reste un pan de mur de vieux appareil qui peut remonter au premier âge del église chrétienne. SaintÉpiphane nous apprend qu'après le sac de Jérusalem, lorsque Adrien voulut la rebâtir, il trouva encore debout quelques édifices sur

le mont Sion, parmi lesquels il cite cette église qui était petite comme tous les oratoires primitifs : « Ecclesia Dei quœ parva erat. » Ce vieux mur fort reconnaissable aux assises de gros blocs dont il est bâti , est certainement le plus ancien reste d'église qui subsiste dans le monde chrétien. Quant à l'église actuelle qui est fort belle, c'est une église gothique bâtie au xive siècle par les Franciscains, des dons de Sanche , reine de Sicile, Les mahométans l'enlevèrent par la violence aux franciscains l'an 1561. Elle forme deux églises. C'est dans l'église haute que les musulmans montrent une construction grossière bâtie en moellons cimentés et blanchis a la i chaux, qu'ils appellent le tombeau de David. Elle est aujourd'hui dans un état de dégradation et de malpropreté qui fait honte aux musulmans et est, à Jérusalem comme àDamas et dans tout l'orient, un des indices de la décadance de l'Islamisme. 3° l'église de l'Àsceusion sur le mont Olivet. L'église est octogone; mais il n'en subsiste que le périmètre de trois mètres de hauteur avec les bases des demi-

colonnes qui décoraient l'édifice et en supportaient la coupole. Ces bases sont de style roman et indiquent le xne siècle, c'est-à-dire le temps de l'occupation des croisades. Un délicieux petit édifice en marbre blanc, également octogone dont je donnerai le dessin et le plan dans ma Jérusalem des Croisades est au milieu de l'église sur le lieu même d'où le Sauveur s'éleva au ciel. Les musulmans en ont fait une mosquée. Un vieillard déguenillé laisse pénétrer pour quelques piastres dans le précieux sanctuaire, où il montre, à côté du Mihrab, la trace d'un pied grossièrement sculpté dans une pierre.

Les autres églises qui sont dans les mains des chrétiens, sont entretenues et conservées avec soin , excepté la grande coupole de l'église du Saint-Sépulcre dont les plombs tombent chaque jour emportés par le vent ou même, dit-on, enlevés par les Grecsqui voudraient profiter de l'occasion d'une grande réparation, afin de se donner de nouveaux droits sur cette partie si importante de l'église du Saint-Sépulcre. Je répète, sans le garantir,

ce qu'on dit à Jérusalem sur cette dégradation qui avance chaque année. J'ai vu, au mois de février 1 851 , l'eau ruisseler de la coupole ainsi découverte , et envahir le pavé de l'église autour du saint tombeau.

f° Indication des lieux saints possédés par les | diverses communions chrétiennes avant 1-in- ; cendie de 4SO$.

Quatre des églises dont nous avons donné le tableau, sont possédées exclusivementpar les catholiques,

1° À Nazareth, la grotte et l'église de l'Annonciation. La grotte, partie taillée dans le roc, partie voûtée, montre des caractères (évidents d'antiquité et doit être rapportée au temps de sa réparation par sainte Hélène. 'L'église bâtie par les Franciscains est belle par son plan; mais les fenêtres sont décorées de ce style ignoble que les Turcs ont adopté pour leurs édifices privés, et qui donne au monument l'aspect d'une maison vulgaire.

2° A Tibériade , l'église où Saint-Pierre reçut ses pouvoirs de Jésus-Christ. Elle est d'une très-haute antiquité ; mais elle ne peut

remonter au temps d'Hélène. 3° l'église de la Flagellation, sur l'emplacement du palais de Pilate. Elle a été restaurée par les Franciscains en 1838. 4° La grotte de l'Agonie, à Gethsemani.

Les Grecs possèdent la petite église de Cana en Galilée. L'église construite par sainte Hélène n'existe plus; mais on montre encore, à Cana, deux des cruches de pierre dans lesquelles l'eau fut changée en vin. Elles ont un caractère incontestable d'antiquité. J'en donnerai le dessin.

Trois des lieux saints sont communs à toutes les communions chrétiennes : l'église du Saint-Sépulcre, l'église de Bethléem, l'église du Tombeau de la Vierge. C'est de la possession de ces trois églises que sont nées depuis deux siècles les contestations qui ont divisé les chrétiens de Jérusalem. Il importe donc de bien fixer l'état de possession de chaque nation dans ces trois églises avant l'incendie de

Le P. Quaresmius, qui avait été commissaire apostolique de Terre-Sainte pendant

plusieurs années et qui a écrit sur les lieux saints un des livres les plus complets qui existent, sera ici notre guide. Dans le détail qu'il donne minutieusement de chaque partie de l'église du Saint-Sépulcre, il ne manque pas de dire à quelle nation le soin en est confié. Ce travail est donc précieux puisqu'il est fait par un des gardiens de Terre-Sainte dont on ne révoquera pas l'autorité.

Nous commencerons par indiquer les sanctuaires occupés par chaque nation dans l'église du Saint-Sépulcre. Nous ferons ensuite le même travail pour l'église de Bethléem et pour celle du Tombeau de la Vierge.

4° Église du Saint-Sépulcre. Le plan de l'église du Saint- Sépulcre que nous donnons ici représente l'édifice avant l'incendie de

Pour bien comprendre ce que nous allons dire, il faut se rappeler que les différentes nations ont construit des habitations autour de l'église du Saint-Sépulcre pour y envoyer des religieux destinés à y passer les jours et les nuits. Comme l'église n'a qu'une seule porte

sévèrement gardée par les Turcs, les religieux ne peuvent communiquer au dehors que par un guichet qui est ouvert dans la porte, par lequel ils font passer tout ce qui est nécessaire pour leur nourriture, pendant leur séjour dans l'église.

Voici la situation de ces petits couvents qui ont sacristie, cuisine, réfectoire, chambres, caves, magasins et citernes.

Le couvent des Latins est au nord (T). On y entre de l'église par la chapelle de l'Apparition (H). Il a assez de servitudes; mais il manque d'air et de lumière, et il est malsain.

Celui des Grecs est au sud-est (U), autour du Calvaire et sur le Calvaire lui-même. Il occupe peut-être moins de place que celui des Latins, mais il est sain et aéré. On y entre derrière le Calvaire. La partie inférieure du Calvaire qui joint la chapelle d'Adam (S) leur sert de sacristie et de divan; au fond est un magasin.

L'habitation des Arméniens est au midi, à l'opposite de celle des latins (Z).

Les Cophles ont un réduit obscur au couchant de la grande coupole (G),

Les Abyssiniens habitent auprès des Arméniens (LL).

Les Syriens occupent l'abside occidentale de la grande coupole (D).

Voici maintenant les sanctuaires que chaque nation possède. Cette possession se connaît par l'usage de mettre un tapis sur l'autel et d'y allumer les lampes.

Postsession des Latins dans l'église dn Saint- Sépulcre avant

Chapelle de l'Apparition (H). Us y entretiennent 6 lampes.

Lieu de l'Invention de la Croix (P), mixte avec les Grecs : — 5 lampes.

Chapelle de la Crucifixion , partie haute du Calvaire (DD) : — 34 lampes.

Lieu où la Vierge et saint Jean se tenaient pendant la Crucifixion (V).

La Pierre de l'Onction (X) : — 8 lampes des diverses nations.

Le Saint-Sépulcre (A) :«~44 lampes; 30 des Latins, 1 4 des autres nations.

L'autel devant le Saint-Sépulcre (F).

Lieu de l'Apparition de Jésus k Madeleine (G) : — 1 lampe.

Les sept Arceaux de la Vierge (I).

Les Galeries supérieures du côté du nord.

Possession des Grecs.

Prison de Jésus-Christ (J) : — 3 lampes.

Lieu de l'Invention de la Croix (Q) mixte avec les Latins : — 4 lampes.

Lieu où Jésus-Christ fut élevé sur la Croix (C) : — 40 lampes.

La Chapelle d'Adam (R) : — 3 lampes.

Le Chœur et le Sanctuaire (KK).

Possession des Arméniens.

Chapelle de la division des vêtements (M) : — 3 lampes.

Chapelle de Sainte-Hélène (00) : — 12 lampes.

La Pierre de l'Onction (X) : — 1 lampe.

Lieu où se tenaient de loin les amis du Sauveur pendant la passion (Z) : 3 lampes. —

La Chapelle supérieure dans la galerie méridionale de la grande coupole (LL).

Possession des Syriens.

La Chapelle de l'Abside occidentale de la grande coupole (D).

Le Sépulcre de Joseph d'Arimathie (E).

Possession des Copiâtes.

Chapelle adossée au Saint-Sépulcre (B).

Possession des Abyssiniens.

Chapelle Saint-Longin (L) : — \ lampe.

Chapelle de Y Impropere (N) : — 3 lampes.

Lieu où se tenaient les femmes qui regardaient le sépulcre (LL).

Chapelle extérieure de Sainte-Marie in Golgotha, sous le vestibule (V).

Les Latins possèdent la chapelle supérieure.

Telle était la possession des diverses nations chrétiennes dans l'église du Saint-Sépulcre, avant 4 808.

Voyons ce qu'elles possédaient à la même époque dans l'église de Bethléem :

Les Latins avaient l'église inférieure et l'église supérieure.

Les Grecs avaient une petite chapelle hors de l'église, qui communiquait avec le sanctuaire par une porte.

Ils avaient de plus un autel dans la grande nef, entre les deux dernières colonnes qui séparent la nef du transept. ( Qaaresmius, II, p. 643.)

Les Arméniens avaient leur couvent au sud-ouest. Ils entraient dans l'église par une porte qui donnait du couvent dans le vestibule de la basilique. Mais Quaresmius ne dit pas qu'ils eussent d'autel dans l'église. Cependant , comme dans son plan il y a deux autels indiqués dans la nef, et que, d'après son aveu, les Grecs en possédaient un , il est bien probable que l'autre était aux Arméniens ; les Grecs et les Arméniens ne possédaient dans l'église basse que la table de marbre faisant autel sur le lieu même où naquit Jésus. Au-dessous était une étoile d'argent sur laquelle on lisait cette inscription latine : HIC DE V1RGINE MARIA JESUS CHRISTUSNATUSEST. Les Grecs, en enlevant cette étoile au moment où les Latins ne surveillaient pas ce sanctuaire, ont commis un vol qui leur fait peu d'bonneur.

Quant a l'église du tombeau de la Vierge , à Gethsemani, la garde en appartenait aux

Latins ; mais toutes les communions y avaient un autel.

.1° L'autel des Catholiques, sur le tombeau lui-même ;

$° L'autel des Grecs, dans le transsept oriental ;

3° L'Autel des Abyssiniens, dans le transsept occidental ;

4° L'autel des Syriens , dans une petite abside, au nord, en face du tombeau ;

59 L'autel des Arméniens , a l'angle formé par le transsept oriental et la nef.

6° Le mihrab, où viennent prier les mahométans, dans le transsept oriental.

Les documents sur l'occupation des lieux saints parles diverses communions chrétiennes au xvne siècle ont une grande importance dans la question , puisqu'ils servent à donner un point de départ pour fixer les prétentions réciproques de chacune d'elles.

S° CtiaBïgemeaats apportés à la possession des liens saints depuis £SO$.

Changements de possession dans l'église du Saint-Sépulcre,

Les Latins ont perdu :

1° Le monument du Sépulcre , dont les Grecs se sont emparés après l'avoir restauré , en 1808. Cette possession des Grecs n'est pas exclusive, c'est-à-dire qu'ils ne mettent pas le moindre obstacle à ce que les Latins y célèbrent les saints mystères ; mais ils en ont l'entretien et y allument les lampes , ce que faisaient autrefois les Latins.

2° La grande coupole, au-dessus du Saint- Sépulcre, que les Grecs ont reconstruite après Tincendie. 11 faut remarquer encore que les Grecs en laissent la jouissance à toutes les communions. M. William (Holy City, I, pag. 446), sur le plan de possession des diverses communions du Saint-Sépulcre, indique même la coupole comme étant commune.

3° La pierre de Fonction, où toutes les communions allument des lampes.

•4° Les sept arceaux de la Vierge.

Il n'y a pas eu d'autre changement dans la possession des sanctuaires de l'église du Saint- Sépulcre. Il faut remarquer que les fidèles de toutes les communions vont prier à tous les

sanctuaires , sans que les possesseurs latins , grecs ou arméniens , leur fassent la moindre difficulté. Les changements qui ont eu lieu consistent en ce que telle nation répare un lieu saint, entretient le tapis d'autel et allume les lampes à la place d une autre.

Changements dans l'église de Bethléem.

Les Latins ont perdu :

1° La grande nef de l'église, dont les Grecs s'adjugent la possession exclusive :

2° Le sanctuaire et le transsept sud, dont les Grecs se sont également emparés;

3° Le transsept nord occupé par les Arméniens;

Ilsn ont conservé : 1° que 1 église inférieure; 2° que la petite église de Sainte-Catherine, située au nord , par laquelle on descend dans l'église inférieure.

Changements dans l'église de Oethsemani.

Les Latins ont perdu :

4° La possession, c'est-à-dire le soin de l'église entière, dont se sont emparés les Grecs ; 2° La possession exclusive du tombeau de la

Vierge , où les Grecs ne célébraient pas autrefois. Les Grecs s'en sont emparés; mais ils permettent aux Latins d'y célébrer.

Les autres communions y ont conservé leurs autels.

6° Teneur des réclamations faites au nom des Franciscains de Terre-Sainte.

4 e Le Saint-Sépulcre, réparé par les Grecs ;

2° La grande coupole, au-dessus;

3° La pierre de l'Onction ;

4° L'emplacement des tombeaux des rois Francs, dans la cbapelle d'Adam, sous le Calvaire.

5° Les sept arceaux de la Vierge;

6° L'église de Gethsemani et le tombeau de la Vierge ;

7° L'église supérieure de Bethléem ;

8° La possession mixte de l'autel du Calvaire, où Jésus-Christ fut élevé sur la croix.

Les Latins demandent la possession exclusive de ces lieux saints, disposés a faire aux autres communions des concessions particulières, « à la condition que ces permissions seront renouvelées tous les ans. »

Après ces préliminaires, dont on comprendra l'importance, j'arrive à la question ellemême.

Voici ce que je me propose d'examiner pour la résoudre.

I. Quelle est la nature des immeubles connus sous le nom de lieux saints, en Palestine?

II. Y a-t-il quelque nation européenne qui ait des droits de propriété sur les lieux saints, en Palestine?

III. Les Franciscains qui habitent Jérusalem et la Terre-Sainte, ont-ils un droit de propriété sur les lieux saints, et en particulier sur l'église du Saint-Sépulcre, que n'aient pas à titre égal les autres communions chrétiennes?

IV. Quel sens attache-t-on en Orient à l'idée de possession des lieux saints?

V. Les Franciscains, ont-ils, comme on l'avance, une possession de fait antérieure à celle des autres communions chrétiennes?

VI. S'il résulte de nos aperçusquechaque nation n'a qu'un droit de possession qui n'exclut pas pour l'Etat le droit de propriété, et pour les autres nations le droit d'usage, la question

des lieux saints ne se résumerait-elle pas mieux dans la nécessité de réglementer, par un concordat, tous les droits d'usage des diverses nations?

Cette solution pacifique, en prévenant pour l'avenir les usurpations, ne serait-elle pas plus avantageuse à tous les partis?

YII1. Cettesolutionneserait-ellepasun acheminement à la réunion des Eglises d'Orient avec Rome, réunion que les luttes d'intérêts privés arrêtent seules, ou retardent pour longtemps encore, pendant que des concessions mutuelles en faciliteraient la réalisation dans un prochain avenir?

IX. Ne serait-il pasplushonorable pourleslatins, au lieu de s'épuiser dans ces luttes, où' l'humanité avec ses faiblesses apparaît toujours un peu, de prendre la noble initiative de se concerter avec les autres nations chrétiennes pour que le saint tombeau ne soit plus gardé par des musulmans qui parlent, mangent et fument dans Pintérieur de l'église, n'en ouvrent la porte qu'à prix d'argent, la ferment selon leur caprice ou leur cupidité,

mais par une commission annuelle de chrétiens honorables, nommée par toutes les nations qui ont des autels au Saint-Sépulcre?

L'Europe intelligente qui n'a que de la répulsion pour des querelles de moines, n'applaudirait-elle pas à la sagesse des catholiques qui travailleraient avec ardeur à faire disparaître un des scandales qui révolte le plus, je ne dirai pas les pèlerins, car l'Europe n'en envoie plus, mais les étrangers que la science ou le plaisir des voyages amènent à Jérusalem?

Si r on a besoin de l intervention des cabinets européens, et de l'influence de la France auprès de la Porte Ottomane, pourrait-on en faire un plus noble emploi que de la faire servir à conclure, sur des bases honorables pour tous, ce concordat qui aurait de si grandes conséquences pour l'avenir religieux de l'Orient?

VI. Quelle a été Faction de la diplomatie européenne dans le protectorat des lieux saints?

VIL Sur quelles bases pourrait être établi le concordat sur la possession des lieux saints,

entre les diverses communions chrétiennes' Tels sont les points principaux de la question des lieux saints, que je vais successive ment parcourir.

Ils ont déjà par eux-mêmes leur évidence

Quelle est la naturelles immeubles connus sous le nom de lieux saints en Palestine?

Il ne faut pas confondre les couvents possédés par les diverses communions chrétiennes, avec les églises qui seules sont proprement les lieux saints, objet de la vénération des fidèles.

Il n'y a pas de difficulté pour les couvents et constructions diverses, possédés par les communions chrétiennes ; ce sont évidemment des propriétés privées. Elles peuvent, à ce titre, être justement réclamées quand elles ont été usurpées par la violence. Tel est le couvent du mont Sion , possession bien légitime, édifice complètement bâti des deniers de Sanche , reine de Sicile, fondatrice de ce monastère et que les Musulmans enlevèrent par la force aux franciscains à une époque peu éloignée, et re-

fusèrent de leur rendre, malgré les réclamations de la France. De telles propriétés ne peuvent être d'aucune manière du domaine public, puisqu'il y a toujours ou des titres de leur acquisition, ou la connaissance de notoriété publique de leur construction. Ces principes se tirent de la nature des propriétés privées, reconnues inviolables, même au sein des nations étrangères, par le droit des gens.

En est-il de même des églises? Qu'elles existent de temps immémorial chez des peuples qui ont d'autres croyances que la nôtre, ou qu'elles aient été bâties par les fidèles avec leur tolérance, sont-elles des propriétés particulières, possédées au même titre qu'une maison, un domaine qu'on se transmette par donation ou héritage? Ou bien ne sont-elles que des monuments publics, dans lesquels par un usage constant, les membres de diverses communions religieuses viennent célébrer les saints mystères?

La réponse n'est pas douteuse. Elles sont du domaine public. Le souverain du pays, à titre de conquête ou de longue domination, peut

en disposer sans violer le droit des gens, selon ses intérêts ou les besoins religieux des peuples. S'il consent à les abandonner au culte des religions qui ne sont pas la sienne, il ne pense pas pour cela leur en céder la propriété.

En Turquie, comme chez nous, les églises distinctes des monastères, sont du domaine de l'Etat, et ne peuvent être réclamées de personne a titre de propriété. Mais une église, construite sur un lieu saint, par une corporation qui en aurait acquis le terrain en vertu d'une donation ou d'un achat, serait une propriété privée. Telle est encore l'église du mont Sion, construite par les franciscains en même temps que leur couvent.

Y a^î-ll qnelqne nation européenne qsiï ait «les droits de propriété §nr les ïleiax saints ?

Selon le droit des gens, la conquête enlève au peuple conquis toutes les possessions dont elle s'empare. Le haut domaine sur les propriétés publiques passe complètement entre les mains du nouveau souverain, qui les régit se-

Ion les lois ou les usages de la nation qui a fait la conquête.

Après l'expulsion des Francs de la Palestine, aucune nation européenne n'a conservé de droit de propriété sur les monuments publics du pays. Par une sage politique, les vainqueurs ont pu ménager les vaincus en leur laissant la possession d'usage de leurs sanctuaires. En cela ils ont pratiqué la tolérance religieuse; et l'on peut dire qu'il n'y a pas de pays au monde où il y ait plus de liberté de conscience qu'en Orient, où se trouvent tant de religions différentes, qui ont toutes le libre exercice de leur culte. Mais ce à quoi ils n'ont pas assurément pensé, c'est de reconnaître une nation quelconque comme propriétaire des églises où ils toléraient le culte chrétien.

Lors même que le prétendu « contrat de Robert, roi de Sicile » en 1 342 , que nous allons mentionner tout à l'heure, serait une véritable acquisition, elle serait sans valeuraux yeux des Ottomans qui, au xvie siècle, ont conquis la Palestine sur les soudans d'Egypte.

Nous verrons plus loin ce que les traités on *

accordé à la France de protection sur les religieux habitants de la Terre-Sainte; ce qui est une question toute différente.

Des Franciscains ont-ils sur les lieux saints, et en particulier sur le Saint-Sépulcre , un droit que n'aient pas à titre égal les autres communions chrétiennes?

Pour que les pères latins de Jérusalem pussent revendiquer la possession exclusive du Saint Sépulcre, il faudrait que ce fût ou à titre de construction, ou a titre d'achat. Or, il est positif qu'ils n'ont ni construit, ni acheté par eux-mêmes ou par d'autres, l'église du Saint Sépulcre. L'ordre des franciscains, auquel ils appartiennent, ne commence qu'au xnie siècle, Une bulle du pape Alexandre IV, nous les montre établis en Terre-Sainte vers 1 257. Mais ce n'est qu'au xî\e siècle, en 1542, qu'ils commencent à faire le service divin dans l'église du Saint-Sépulcre. Or toutes les constructions de cette église sont antérieures a cette époque. Donc ils n'en sont pas les possesseurs à titre de construction.

Le sont-ils à titre d'achat?

M. Eugène Boré, dont nous avons parlé plus haut comme ayant traité la question des lieux saints, l'affirme positivement. Voici le passage de son livre :

« Les sultans d'Egypte et de Syrie les protégèrent (les franciscains) clans l'exercice de culte, jusqu'à l'an 1342, où l'un deux ayant contesté la propriété des sanctuaires, le roi de Sicile Robert, et sa femme Sanche les rachetèrent pour une forte somme d'argent, ainsi qu'il résulte clairement delà bulle Gratis agimus (il faut lire Gr alias agimus), publiée alors par le pape Clément VI, à Avignon. Ce fait, trop peu connu, d'une acquisition véritable, contractée de souverain à souverain par vente et par achat publics, établit et garantit tellement la propriété des religieux francs, que d'après le sentiment unanime des publicistes, elle échappe ainsi aux envahissements de la conquête; le conquérant d'un pays ne pouvant jamais s'approprier, selon le droit des gens, que les lieux communs ou publics, et devant toujours respecter les biens particuliers. Nous

insistons sur ce principe....» (Question des lieux saints, par M. Eugène Boré, Paris 1 850, page 7.)

Si je ne respectais pas profondément le caractère de M. Eugène Boré, et la vénérable corporation des Lazaristes à laquelle il appartient, j'aurais une qualification sévère pour ce passage capital de son livre. Je préfère l'excuser en disant qu'il ne s'est pas donné la peine de lire la bulle Gratias agimus, sur laquelle il fait reposer le titre de propriété des religieux francs. Il y a autant d'erreurs que de mots dans ce passage de M. Boré, comme on va le voir par la bulle elle-même qui se trouve in extenso dans le premier volume de Quaresmius, et dont nous traduirons le passage important :

a Clément, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu.... Dernièrement, le roi Robert, et Sanche, reine de Sicile, nous ont fait connaître dans une supplique qui nous a été agréable, qu'ils ont obtenu à grand prix, et avec beaucoup de peine, du soudan de Babylone, que les frères puissent demeurer continuellement dans l'église du Sépulcre du Seigneur, et y cé-

lébrer solennellement la messe et les autres offices divins ; et que de plus, le même Soudan a concédé au roi et à la reine le cénacle et la chapelle dans laquelle le Christ se montra à ses apôtres en présence du bienheureux Thomas, et que la même reine a bâti aux frères susdits un lieu sur le mont Sion, où l'on sait que sont situés le cénacle et lesdites chapelles où elle a l'intention de tenir continuellement à ses propres frais douze frères du même ordre. . . Donné à Avignon, le deuxième jour des calendes de décembre, la première année de notre pontificat. » (ElucicL Ten\ Sa>ic£. Ipag. 176 et 401.)

Voici du reste le texte de la bulle :

« Ciemens episcopus Nuper siquidem

ïorumdem régis Roberti etSanciao, reginae Si- ;iliae, grata insinuatio apostolatui nostro pate- ;ecit quôd ipsi non sine maguis sumptibus et aboribus gravibus a soldano Babylonia3.... >btinuerunt quôd fratres iutra ecclesiam dooiniciSepulcri possunt continué commorari et bidem missarum solemnia, et alia divina oifiia solemniter celebrare. Et quod nihilomi-

nùs idem soldanus cœnaculum et capellam in qua Christus beato Thoma praesente post resurrectionem suam apostolis se ostendit régi et reginee concessit iisdem ; quodque ipsa regina locum aediûcavit in monte Sion infra quem cœnaculum et dictas capellae sitae fore noscuntur, praedictis fratribus, jam est diù, ubi duodecim fratres dicti ordinis sumptibus propriis continue tenere intendit... Datum Àvenione, II cal. dec. Pontif. anno ï. »

Le texte est précis ; il ne prête à aucune explication ambiguë. Robert et Sanche ont donné beaucoup d'argent, j'interprète l'expression magnis sumptibas dans son acception la plus large, et ils ont obtenu que les frères mineurs pourront demeurer continuellement dans l'église du Saint-Sépulcre, pour y célébrer solennellement l'office divin. J'ai eu beau presser le texte de la bulle, il n'en sort pas autre chose.

Je demande maintenant à tout esprit sérieux, à tout homme de bonne foi, si c'est là «une acquisition véritable, contractée de souverain à souverain, par vente et par achats publics. »

Le pouvoir de demeurer dans ï église pour y célébrer l'office divin, voilà ce que M. Boré appelle « le fait trop peu connu d'une acquisition véritable, » Comment ose-t-il dire que ce soit là un titre de propriété < tellement garantie, que d'après le sentiment unanime des publicistes, elle échappe aux envahissements de la conquête? »

Lorsque je lus le mémoire de M. Eugène Boré, que me communiqua le secrétaire de Terre-Sainte, qui en préparait une traduction italienne, je fus ébloui, je l'avoue, par ce passage ; je ne soupçonnai pas une fraude pieuse ou une erreur. Maintenant que je puis citer le document original que beancoup de lecteurs n'auront pas consulté pour vérifier l'assertion de M. Boré, je suis autorisé à déclarer que l'argument se trouve sans force et qu'il ne prouve rien de ce qu'il avançait avec tant d'assurance. Il reste donc démontré, par la bulle même du pape Clément VI, que les franciscains ne peuvent revendiquer la possession de l'église du Saint-Sépulcre à titre d'achat.

Nous arrivons à la conséquence, que cette

église n'étant pas une propriété dont on puisse constater la légitime posssession à titre de construction ou d'achat, est un édifice public soumis comme tel a toutes les lois et, il faut le dire avec tristesse, à tous les caprices des maîtres du pays où il se trouve. Ici, la logique est amère, mais il faut s'incliner devant elle. M Boré insiste lui-même « sur ce principe, que le conquérant peut s'approprier selon le droit des gens, les lieux communs et publics. »

Quel monument a été plus commun que celui où, durant dix siècles avant la permission accordée à prix d'argent aux Franciscains d'y demeurer , toutes les nations chrétiennes des différents rits de l'Orient, venaient à toute heure célébrer les saints mystères dans tant de langues diverses?

Elle n'a pas cessé un moment d'être publique, puisqu'elle était bâtie pour les besoins spirituels de la ville de Jérusalem, et que des milliers de pèlerins y affluent chaque année, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Sans doute, c'est un malheur

à mes yeux comme à ceux de nos frères dans le catholicisme, que tous ces chrétiens ne soient pas dans la communion de Rome ; mais le fait particulier de leur hétérodoxie ne peut attaquer en rien le droit qu'ils ont , comme les orthodoxes , d'aller prier dans l'église du Saint-Sépulcre où ils vénèrent comme nous le même tombeau et le même Calvaire.

D' ai Heurs , il n ' est pas possibl e de soutenir que le Saint-Sépulcre doit nous appartenir , parce que nous sommes orthodoxes. Les Orientaux se disent orthodoxes comme nous; et à quelle marque les musulmans auprès desquels nous réclamons , reconnaîtront-ils celui des deux partis qui a la véritable foi?

Je suppose que le tombeau de Mahomet soit dans une des villes de nos possessions d'Afrique récemment acquises par la conquête, à Alger par exemple : que nous ayons trouvé là, comme au Saint-Sépulcre, les différentes sectes musulmanes priant auprès de la tombe de leur prophète selon leurs rites divers. Si quelque monarque d'Orient venait nous dire : 11 y a des santons qui chantent et prient auprès du

tombeau vénéré de mon prophète. Ils ont eu dans des temps reculés la permission de s'y établir. Je viens vous demander de leur accorder la possession exclusive de ce saint temple.» parce que les autres sont desschismatiques, et qu'il est juste que ce tombeau ne soit pas profané par des sectes dont j'ai horreur ; la France répondrait à ce musulman qui arguerait de son orthodoxie, qu'elle est trèspeu au fait de la théologie islamique; qu'en s'emparant d'Alger, elle n'a voulu violenter la conscience d'aucun de ses sujets musulmans, qu'elle regarderait comme une suprême injustice , d'accéder à la supplique qu'on lui présente, puisque la concession de cette possession exclusive serait une amère douleur et une privation cruelle pour les autres sectes dont elle ne peut en aucune manière juger les erreurs; mais qu'en aucun cas elle ne peut consentir à regarder comme une propriété particulière le temple possédé par toutes les communions musulmanes ; seulement qu'elle se fera un bonheur et an devoir, s'il y a des dissensions et des haines entre les différentes

sectes au sujet de la possession de ce tombeau, de ménager un sage accommodement qui concilie tous les intérêts et satisfasse toutes les consciences.

Yoilà qu'elle serait le langage de la France; elle ne comprometterait jamais sa dignité et son droit de conquête à répondre autrement.

Il est évident qu'aux yeux de la puissance temporelle qui a le haut domaine des Lieux- Saints, les Pères de Terre-Sainte n'ont pas sur le Saint -Sépulcre d'autre droit que celui qu elle accorde elle-même. Et comme, en rigoureuse justice, elle doit aussi protection aux religieux des autres nations chrétiennes, elle leur donne, comme aux latins, un droit égal de possession et d'usage, qui n'est aux yeux de personne un droit de propriété.

Ainsi au point où nous avons amené la question, il résulte ceci, que le Saint-Sépulcre n'est pas une propriété particulière; qu'il n'a jamais été construit par un individu ou une corporation d'individus à leur usage personnel ; qu'il n'a jamais été aliéné par les princes conquérants de la Palestine au profit

dune communauté religieuse quelconque; qu'il est faux, comme on l'a avancé, en égarant ainsi l'opinion de l'Europe catholique, que ce temple auguste ait été cédé à un roi de Sicile, à prix d'argent « par vente et achat publics, par un contrat de souverain à souverain ; » que le Saint-Sépulcre est au contraire, par sa nature et sa destination , un édifice du nombre de ceux que M. Eugène Boré appelle « communs et publics, » qu'on ne peut abandonner à aucune communion particulière sans léser les droits des autres et froisser leurs croyances.

Onel sens attache-t-on, en Oriessf, à Têdée de possession des Bseux saints?

Pour peu qu'on ait étudié l'Orient, on voit de suite combien il est facile de se tromper en appliquant aux institutions et aux mœurs de ces contrées, les notions de droit qui servent de fondement à la civilisation européenne. Jusqu'à ce jour, le gouvernement de despotisme absurde , exercé par les pachas dans les

provinces de l'empire turc , au nom de la Forte, y a éteint depuis trois siècles toutes les notions de possession régulière et durable. En face du droit d'exaction et d'avanie qui , à toute heure, peut vous enlever jusqu'à votre dernière piastre, comment pourraient subsister ces idées de justice qui en Europe, même sous les monarchies absolues, rendent la propriété sacrée, inviolable? Il est juste de reconnaître qu'en ce moment, il s'opère dans l'empire turc une révolution pacifique mais profonde, qui ramène peu à peu aux idées pratiques d'un gouvernement sérieux et intelligent. Mais ici je ne puis parler que du passé. Or, dans ce passé, jouir d'un bien quelconque, l'avoir à son usage, c'est en être le propriétaire. On possède pour le moment, et on se contente de ce moment, car celui qui exerce le pouvoir peut vous enlever cette possession. Vous vivez sous son bon plaisir. La jouissance qu'il vous accorde, il a le droit de la reprendre quand il lui plaira, de la donnèr à d'autres, selon son intérêt ou son caprice.

Si cela est vrai de la possession en générai

dans l'ordre civil, quand il s'agit de ces biens personnels acquis par tant de travail, d'activité et de persévérance, cela est bien plus vrai encore quand il s'agit de ces biens communs et publics, sur lesquels l'autorité despotique paraît pouvoir plus légitimement mettre la main.

Toute l'histoire des lieux saints se trouve dans cette observation, et c'est pour ne l'avoir pas faite qu'on ne s'est jamais expliqué la conduite des Turcs. La parole qu'on prête à un grand visir, à qui Ton reprochait d'avoir donné aux Grecs les sanctuaires des Latins, résume tout le droit civil et politique de ces barbares : « Ces lieux appartiennent au sultan mon maître; il les concède à qui il lui plaît. Il se peut qu'ils aient toujours été aux mains des Francs, mais aujourd'hui sa Hautesse veut qu'ils soient aux Grecs. »

Maintenant que les idées de l'Europe, comme je le disais tout à l'heure, commencent à s'infiltrer dans la race turque, et qu'ils viennent s'éclairer à notre contact, il est évident que tout changera et qu'on arrivera naturelle-

ment à ces grands principes qui servent de fondement à la civilisation; mais dans l'histoire du passé, il ne faut voir que le droit de laforce.

Tout ce que les gardiens de la Terre-Sainte ont eu à souffrir jusqu'à notre siècle, est quelque chose d'inouï. On ne peut se rappeler cette longue chaîne d'avanies, de tortures, sans admirer la foi, la patience, la générosité élevée jusqu'à l'héroïsme, de ces générations pieuses quisesont consumées à la garde deslieux saints.

Quaresmius, qui avait vécu longtemps en Terre Sainte, rend sur ce point toute justice aux autres nations chrétiennes; son passage est assez intéressant pour être cité, d'autant plus qu'il contraste avec l'amertume de ceux qui voudraient enlever aux autres communions l'honneur d'avoir pris une bonne part à toutes les privations que la conservation des lieux saints leur a imposées :

« Tout le monde sait, dit-il, combien les Orientaux ont de zèle, que de travaux et de dépenses ils font, autant les évêques que les fidèles, pour conserver et augmenter les lieux saints qui leur sont confiés. C'est admirable,

continue-t-il et à peine croyable, car outre les aumônes qu'ils offrent librement et les quêtes qu'ils vont faire en Grèce, dans la haute Arménie et dans les autres contrées des infidèles, ils ont mis des droits sur les marchandises afin de subvenir aux lieux saints et d'y conserver le souvenir du Christ, notre Sauveur. Pas plus que nous ils ne peuvent habiter les lieux saints sans qu'il leur en coûte, car comme nous ils sont obligés de payer de fortes sommes aux Turcs pour la conservation des lieux saints, môme souvent plus que nous, au point de se priver du nécessaire à l'existence de chaque jour, a Omnibus compertum est quanto tamen fervore, quanto labore, quantisquesumptibus, tam prasules quam subditi studeant conservationi et augmenta locorum sanctorum eisdem creditorum... non gratis in locis sanctis habitare ant ea custodire, nam ut nos iia il 1 i multa exsolvere coguntur pro sanctorum locorum conservatione, imo haud rarô plus quam nos ut propterea necessaria corporis sustentationi subtrahere debeant. ( Elucid. Terr, Sanct., I, page 875.) »

Le vénérable franciscain, qui écrivait il y a plus de deux siècles, met ici une égalité complète de possession des lieux saints avec les autres nations chrétiennes. Il constate ce qu'elles ont souffert, ce qu'elles ont dépensé pour les conserver et les accroître encore, plus que les catholiques eux-mêmes. Pendant que M. Eugène Boré a le courage de nous dire que les Grecs ont perdu le privilège de garder les lieux saints dès le ixe siècle, où ils se séparèrent de l'Eglise catholique pour le schisme dePhotius. [Question des lieux saints, p. 4 7.) Trop de zèle rend injuste , et à quoi l'injustice ne conduirait-elle pas si l'on devenait maître? Ces chrétiens, dont il faut plaindre Terreur ne reculèrent jamais devant tous les sacrifices pour garder le précieux dépôt.

Pendant le siège de Damiette, au rapport de saint Antonin, quand les musulmans irrités méditèrent de se venger en détruisant de fond en comble le Saint-Sépulcre, cause de ces invasions incessantes de l'Occident sur l'Orient, qui parvint à calmer leur colère? c'était les Syriens, les Arméniens, les Ethiopiens , les

Géorgiens et les autres chrétiens de Jérusalem attachés à la garde des lieux saints. « Surianos, iEthiopes, Armenos, Georgianos et alios Àsise ehristianos Jerosolymam immorantes. . . ea loca dirui prohibuisse. » (Annot. , saint Antonin , cité par Quaresmius , I , p. 518.) Flétrissons ce qu'il faut flétrir, mais rendons hommage au dévouement même de ceux que nous n'aimons pas, si des chrétiens peuvent ne pas aimer des chrétiens.

Il résulte des considérations précédentes que, dans les idées de l'Orient, aucune nation chrétienne n'a de droit de propriété ou de possession permanente dans l'église du Saint- Sépulcre, autre que celui d'usage. Chacune d'elle s'y est maintenue comme elle a pu , à l'aide de sollicitations, k prix perpétuel d'argent auprès des pachas avides. Elle a cherché à garantir la place qu'elle occupe dans le lieu saint en obtenant des firmans de Constantinople, espèce de traite qu'il faut payer sans murmure , avec la pensée que votre adversaire en obtiendra un en sa faveur le lendemain , parce qu'il aura de l'argent à

donner comme vous ou un peu plus que vous.

Des Franciscains ont-ils, comme on l'avance, une possession de fait antérieure à celle des autres communions chrétiennes ?

On a dû comprendre combien il m'en a coûté de rappeler dans cet écrit les assertions de M. Eugène Boré pour les combattre. Je n'ai pas voulu engager une polémique ; seulement, je n'ai pas reculé devant la nécessité d'en relever quelques-unes dont la fausseté était palpable. Le contrat de Robert, roi de Sicile, était de ce nombre.

Je ne puis pas non plus passer sous silence une autre assertion qui se trouve à presque toutes les pages du livre de M. Boré, et qui place les Pères de Terre-Sainte comme les premiers possesseurs du Saint-Sépulcre ; par conséquent comme des hommes injustement dépouillés par la violence et la mauvaise foi des Grecs. Il y a là une partialité et en même temps un mensonge historique que le respect que je porte à M. Boré ne peut m'empêcher de signaler ici.

Nous avons vu que les Frères mineurs, dont l'ordre ne date que du xme siècle, obtiennen au xive , par les bienfaits de Sanche , reine de Sicile, la permission de s établir au Saint- Sépulcre. Depuis dix siècles, les Grecs, le& Arméniens, les Syriens, les Copthes, toutes les nations chrétiennes étaient au Saint-Sépulcre y veillaient jour et nuit, recevaient les nombreux pèlerins de leur langue, qui n'eussent pas pu se faire comprendre sans le bienfait de cette colonie pieuse de toutes les nations chrétiennes à Jérusalem. Les Grecs, les Arméniens, les Syriens et les autres ont donc onze siècles d'antériorité sur les religieux de Terre-Sainte, dans la possession de l'église du Saint-Sépulcre. Il serait difficile de prouver le contraire. Les Latins avaient fondé un chapitre de chanoines, dont l'habitation et le cloître ruinés se voient encore au levant du Saint-Sépulcre. Eussent-ils expulsé les autres chrétiens, ceuxci n'en avaient pas moins l'antériorité qu'on leur conteste ; et, en protégeant les lieux saints après le départ des Francs, ils en seraient encore les sauveurs et les véritables gardiens.

Je n'entrerai pas dans la longue discussion ! de tous les firmans dont M. Boré fait une mention continuelle. Je ne les ai pas lus; mais si je juge ces citations par celle que fait M. Boré | des bulles des papes, que j'ai lues, ces firmans me sont à bon droit suspects.

Par exemple, selon M. Boré (page 4 7), en 1238, le pape Grégoire IX investit les frères mineurs de la garde des sanctuaires; — la bulle de Grégoire IX n'en dit pas un mot ; — en 4 244, le pape Innocent IV en fait ( autant ;— la bulle d'Innocent IV n'en dit pas : un mot ; en 4 257, le pape Alexandre IV parle i comme ses prédécesseurs ; — pas un mot dans Habulle ; — en 1310, selonM. Boré, ClémentIV ! parle encore comme eux; — Clément VI ne i devient pape qu'en 1342, et c'est la première i année de son pontificat qu'il donne labulle que mous avons citée plus haut en faveur des ( frères mineurs J'avais négligé de dire qu'elle tporte la clause ad serviendum in divinis, ?parce que d'après sa constitution, l'ordre de iSaint-François ne pouvait rien posséder en "propre, et qu'il fallait aux Pères une dispense

du pape chaque fois qu'ils faisaient une acquisition.

En admettant toutefois M. Boré plus véridique avec les firmans des sultans qu'avec les bulles des papes, et plus exact en chronologie orientale que dans celle de notre moyen âge , je dirai qu'il en tire souvent des conséquences singulières. Pour soutenir sa thèse que les Franciscains « ont une antiquité qui se perd dans la nuit des temps » et que c'est une erreur de croire « qu'ils ne s'établirent à Jérusalem qu'à l'époque des croisades, » il apporte pour preuve irrécusable un titre « qu'il a lu et vérifié avec beaucoup d'autres » dans les archives du monastère de Saint-Sauveur, Cette pièce qui est du sultan Mouzzafer, en 1023, « défend de molester les religieux francs. » Quelle preuve! Et quel triomphe contre les Grecs ! « On ne trouve, de fait, le nom des Grecs ni leur présence mentionnés sous aucun des princes dominant durant ces siècles sur la Palestine, tandis que l'ordonnance précitée de Mouzzafer désigne clairement les Francs. » Donc « les Grecs ont le désa-

vantage de n'avoir aucun titre historique antérieur à celui des Francs. » (Lieux Saints, page 4 7).

La raison pour laquelle Mouzzafer et les autres sultans ne mentionnent jamais les Grecs est très simple, c'est que les Grecs ne sont grecs que de religion; ce sont des arabes de Jérusalem, par conséquent sujets naturels des sultans, jouissant de leur protection sans avoir besoin « d'ordonnances » pendant que les religieux francs qui venaient fréquemment en Terre Sainte pour en faire le pèlerinage ou pour y rester dans les monastères, avaient besoin comme étrangers, ce pour ne pas être molestés» des ordres particuliers du sultan. 11 est très-beau pour M. Boré de reconnaître l'antiquité du manuscrit arabe de Mouzzafer k l'absence des points diacritiques; c'est une heureuse chose que de savoir beaucoup de langues, mais il y a une logique vulgaire qu'il faut avoir apprise avant tout, parce que sans elle on court risque d'émettre , à tout propos, des assertions dont la pauvreté se voit quand on les dépouille du style qui les enveloppe.

Une dernière remarque qui expliquera les diplômes des princes arabes, les firmans des Turcs, les décisions des ulémas en faveur des religieux chrétiens, c'est que tous ces titres ont pour but de les maintenir dans la possession de leurs biens privés, de leurs couvents, des jardins ou pièces de terre qu'ils pouvaient cultiver, et lors même que dans leur rédaction ils parleraient des Lieux Saints ce comme d'une propriété et d'une possession, » ces paroles doivent s'entendre de la place que les religieux occupent dans les Lieux Saints, sans leur donner assurément le moindre droit sur ce que possèdent les autres nations.

Il est facile de se mettre dans la pensée que chaque fois que les autres communions chrétiennes ont été menacées comme les Pères de Terre-Sainte dans leurs possessions privées ou dans la possession des sanctuaires qu'elles occupent au Saint-Sépulcre, elles ont obtenu aussi de ces titres dont on est peu avare en Orient, puisque, comme nous l'avons vu, ils se délivrent pour de l'argent et deviennent un des revenus des vizirs et des pachas, La bu-

reaucratie turque s'inquiète peu que ses décisions soient contradictoires ; elle regarde ce qu'elles rapportent. Le backchich a toujours raison. Il n'est donc pas étonnant que les Grecs et les Arméniens aient aussi dans leurs archives un tas de ces paperasses qui ne prouvent qu'une chose, la barbarie des gouvernements dans l'Orient. Tout cela n'infirme en rien F his loire . Il reste é viden t pour nous , quoi que en dise M. Boré, que les Syriens, les Arméniens, les Grecs étaient gardiens du Saint-Sépulcre dix siècles avant les Franciscains ; qu'au moment de l'invasion des Sarrazins au vne siècle « l'église du Saint-Sépulcre fut sauvée par la constance invincible des fidèles de la Judée » (Chateaubriand, 2e mém. Itinér. I,page 4 90); que lorsque Saladin eut repris Jérusalem sur les Croisés, les Syriens rachetèrent pour une somme considérable l'église du Saint-Sépulcre, On peut par système ne pas mentionner ces choses, mais aussi on donne à d'autres le droit de les rappeler et de rendre à la vérité un hommage éclatant.

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