‹ Solutions de la question d'OrientChapitre 2 sur 29 · TAT DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

TAT DE LA QUESTION

Je puis asfurer à la chambre que le gouvernement de S. M. n'a pis cessé de reconnaitre a nécessité de protéger Tenipire Otto ran. L<s vues des go ivemenif-nts de la France et de l'Angletorie sont identiques sur • e p int, et il n'y a pas le plus lég>r doute q e les ambassadei.rs des deux nations agissent de conceit à Constantinopls pour so.Uenir le gouvernement turc.

LORD CLARENDON. Chambre des lords, 27 mal.

La politique biin arrêtée du goivernemenl anglais c nsiste à maintenir inviolable la foi des traités et à soutenir l'intégralité et l'indépendance du gouvernement turc.

LORD JOHN RissELL. Chambre des communes, 29 mai.

Que les Turcs commencent par battre les Russes, et que les Russes finissent par écraser les Turcs et par convertir des défaites successives en une victoire définitive, ce sera une bataille , mais ce ne sera pas une solution. La question d'Orient restera, après le combat, ce qu'elle était avant : une question mal posée, conséquemment insoluble.

En doute-t-oii, et veut-on s'en conAaincre? On n'a, par la pensée , qu'à se transporter du présent dans l'avenir et qu'à supposer les Russes, après avoir été contraints par les Turcs de se replier du Danube vers le Pruth , recevant des renforts et contraignant à leur tour les Turcs à repasser le Danube et à s'abriter derrière les Balkans : c'est alors , dit-on , que l'Angleterre et la France interviendront efficacement pour arrêter la Russie dans sa course victorieuse, et pour protéger la Turquie dans sa retraite .

A ceux qui ajournent ainsi à cette époque fatale la solution nécessaire, la logique inflexible fait ces deux réponses : Premièrement, si l'Angleterre et la France sont en mesure d'imposer à la Russie leur volonté et de lui dicter des conditions réglées par l'équité, pourquoi attendre qii'un fleuve de sang ait coulé entre le Pruth et le Danube, et noyé, de Jassi à Bucharest, la Moldavie et la Valachie ? Deuxièmement, si les prétentions de la Russie sont iniques , si les résistances de la Turquie sont légitimes , connnent l'Angleterre et la France s'y prendront-elles pour contraindre la Russie victorieuse à renoncer à l'exei'cice de son droit du plus fort ?

L'inconséquence répond à la logique :

L'Angleterre et la France diront à la Russie , en lui montrant les Balkans : Vous n'irez pas plus loin !

Ce qui équi^•audrait à dire : Vous garderez la Valachie, ^ous garderez la Moldavie, -sous garderez la Bulgarie ! Tout le littoral d'Odessa à Varna vous appartiendra ; vous le fortifierez de telle sorte que , de Varna, vous n'aurez plus, pour planer sur Constantinople, qu'un coup d'aile a donner, et que vos

serres à ouvrir pour étoulfei' votre proie, avant même que la puissance la plus voisine, l'Autriche, intéressée, ait eu le temps d'en être informée par le cri d'effroi de la victime.

La logique reprend et dit :

Cette supposition admise connne un fait acconipli, et alors inême que la Russie s'arrêterait court devant la parole tonnante de l'Angietrere et de la France , serait-ce là une solution? En quoi cela simplifierait-il la question d'Orient i Comment cela la termineraitil l S'il est vrai que le sultan ait donné au czar toutes les garanties qu'il pouvait être juste de demander et d'accorder , qu'est-ce que le sultan pourra faire de plus que ce qu'il a déjà fait? S'il est vrai qut l'empire turc soit trop faible pour exister et se protéger par lui-même , sera-t-il plus fort après a^oir ét(' diminué de tout l'espace compris entre le Pruth et les Balkans? Si l'empire russe est pour la Turquie un Aoisin dangereux, le sera-t-il moins quand il aura grandi encore en puissance par l'addition à la Bessarabie, de la Moldavie, de la Valachie, de la Bulgarie, et quand il ne restera plus qu'iui seul de ces trois obstacles naturels : le Pmth, le Danube, les Balkans, qui protégeaient le faible contre le fort? Si les puissances signataires de la convention du 13 juillet 1841 acceptaient comme une solution lui tel dénoiïment , que faudrait-il penser d'elles et de la diplomatie eu-

ropéenne

Non ; un tel dénoûment ne serait pas mie solution, mais une aggravation de la question. L'empire turc encore diminué , ce serait le danger encore aug- ,|^

mente. Si les Russes doivent camper aux pieds des Balkans et garder Varna et Schumla, autant et mieux

vaut qu'ils prennent tout de suite Constantinople et qu'ils s"y établissent. Les positions respectives de l'Angleterre , de l'Autriche , de la France et de la Russie seront plus nettes. On saura que les traités ne protègent pas le faible et ne lient pas le fort ! on saura que l'équilibre européen est un grand mot qui sonne creux ! on saura que le droit des gens est une justice sans juges ! on saura que la diplomatie est à la guerre , qu'elle retarde , ce cpe la gangrène est à l'amputation ! Alors on ne perdra plus le temps en ajournements funestes et en paroles menteuses ; alors on reconnaîtra que faire sans hésitation les dépenses nécessaires est le moyen de s'épargner les sacrifices inutiles.

Point d'illusions dangereuses! Il est temps, grandement temps de regarder les choses en face et de les voir telles qu'elles sont.

Du jour od l'Angleterre et la France se sont interposées à Constantinople entre le sidtan et le czar, et ne se sont pas interposées à Péter^bourg entre le czar et le sultan pour empêcher l'armée russe de francKir le Pruth, de ce jour, l'Angleterre et la France, il faut le leur dire, ont envenimé la plaie au lieu de la sécher.

Ce qu'il faudrait souhaiter maintenant , ce serait que l'armée turque victorieuse forçât l'armée russe vamcue de repasser le Pnitli , parce que les choses se replaceraient ainsi dans l'état oii elles étaient le 4 juin, le jour où les deux escadres ont reçu l'ordre de lever l'ancre pour aller la jeter à Besika. Alors ce que l'Angleterre et la France n'ont pas fait à cette époque , elles pourraient encore le faire ; elles pourraient déclarer à l'empereur Nicolas que tout nouvel effort tenté de sa part pour franchir de nouveau la ligne de démarcation des deux empires serait considéré par elles comme mi fait équivalant à une mpture de tous

rapports diplomatiques et à un commencement d'hostilités motivant de leur part les plus promptes et les plus énergiques représailles.

De ces deux alternatives, l'une : ou cette déclaration catégorique suffirait pour arrêter l'empereur Nicolas, ou elle ne suffirait pas pour le contenir.

Si elle suffisait, ce seraient les traités remis en vigueur ; si elle ne suffisait pas , sur quoi donc alors l'Angleteri'e et la France se fondent-elles pour penser qu'impuissantes à empêcher les Russes de franchir le Pruth , elles ne seront pas impuissantes à les empêcher de franchir les Balkans ? Si l'Angleterre et la France sont assez fortes pour tracer au pied des Balkans une ligne que la Russie n'ose pas ou ne puisse pas dépasser , l'Angleterre et la France sont assez fortes pour tracer cette ligne sur la rive bessarabienne du Prath ; mais , si l'Angleterre et la France sont trop faibles pour contenir les Russes derrière le Pruth , elles ne seront pas moins faibles pour contenir les Russes derrière les Balkans. Alors pourquoi donner aux Turcs de fausses espérances? pourquoi les abuser et pourquoi s'abuser? pourquoi n'avoir pas le courage, la franchise, la loyauté de leur dire de céder tout de suite et de céder tout ? H y a des ménagements qui sont mortels.

Les Russes contraints de repasser le Pruth : ce dénoûment , plus désirable que probable , est le seul qu'il soit possible d'entrevoir. Mais , si les événements s'accomplissent en sens contraire de ce qu'il faut souhaiter ; si l'armée turque , au lieu de forcer l'armée russe à repasser la Pruth , est forcée de repasser le Danube et de battre en retraite derrière les Balkans, qu'arrivera-t-il l

La Turquie vaincue disparaîtra-elle comme a dispam la Pologne partagée ?

Si elle disparaît nominalement, sera-ce pour faire place à un empire grec ou pour devenir une province russe?

Si elle ne dispaïaît pas nominalement , territorialement, si elle est absorbée sans être conquise (1), comment subsistera-t-elle politiquement, moralement ?

Quelles garanties laissera-t-elle à l'Angleterre, à la France, à l'Europe?

Finalement cpu' propose-t-on f

Entre les solutions qui ont été présentées, en est-il une seule qui mérite vraiment ce noili?

Quelles sont ces prétendues solutions et ^ur {|Uel^ londenients reposentrcUes l

1 J.K ( <.)MTr, 1>K M".SriELlU)l)i: AL GV. Aïs D-lUC (■0^!?TA^T1^ .

« Siiint-rctcisliuui-ii-, 12 l'JvilPV 1S:)0.

•• Le l)Ut lie nos rehitions avec la Turquie est celui que nous nous .«oninies proposé par le traité d'Andrinople lui-même cl par le létiiblisrtcnipnt de la piiix avec le Cjraud-8eigueur.ll ne tenait (pià \\o^ armées de marcher sur Constantinople et de renverser remjjire turc. Aucune puissance ne s'y serait opposée, aucun danger immédiat ne nous aurait menacés, si nous avions porté le dernier coup à la monarcliie ottomane en Europe. J/ais, dnns VuiAnioii ilc rewiiereuf, celle monarchie kéduite a s'existeu que sotrs la l'KOTEC'TioN DE LA KTJSSiE et à ii'p.iéciitcr désormais que ses désirs, convenait mietn à nos iiUéréts polilique'i et commerciitu.r, que toute combinaison noucellc qui nous aurait forcés soit à trop étendre nos domaines par des conquêtes, soit à substituer à Vempire ottoman tle^ Etats qui navraient pas tard'.' à riKaliser avec nous de puissance, de civilisation, d'industrie et de richesse ; c'est sur ce principe de S. M. I. que se règlent aujourd'hui nos rapports avec le Divan. »

'CTcCaDN

SOLUTIONS PRESENTEES.

Ce n'est pas le hasard qui règle les destinées dfs nations, ee n'est pas un accident imprévu qui renverse ou qui maintient les trônes; il y a une cause générale qui règle les événements et les fait dépendre logiquement les uns des autres.

Loris-NAPOLÉOM. Fragments historiquei.

Les solutions présentées sont au nombre de quatre.

Savoir :

L'intégrité nominale de l'empire ottoman ; Le partage européen de la Turquie ; La création factice d'un empire grec ; La (dvilisation effective de l'empire turc.

Ce sont ces solutions que je me propose de comparer et d'examiner.

INTEGKITE NOMINALE DE L'eMPIRE OTTOMAN.

Tous les caliinets veulent l'intégrité et l'indépendance de la nionarotiie ottomane so s la dynastie actuellement régnante; tons sont disposés il faire usage de lei r'* moyens d'action et d'influenc.^ pouraFS'rer le maintien d,^ cet élément essentiel de l'éq -ilibrî politiqie.

MARÉCHAL SOULT. 17 j nllet 1-3!).

Le cabinet anglaJs, c mime le cabinet français, désire soutenir l'intégrité et l'indép.n ance de l'empire otton-.an.

LORD PALMERSTOM. 2 JU) let 1839.

S. M. I. a déclaré qu'el e était décidé.; à ne point s'écarter de la réso;!ili,in q i'c!l° avait prise de voier to-.s ses soins et tous ses efforts à la conservation intacte d^ l'em ire ottoman SO' s la dynastie aclu lie, et à vo ler à c;' b^.t tous les moyens d'.inflnenco et d'action dont elle P'inrra 'lisposer.

PRINCE DE METTER.MCH. 25 juillet 1S30.

Comme le roi , mon a'igrste maître, est rersuadé que l'empire ottoman forme l'un des éléments les plus essentiels de ^éqllili^^e politique de l'Europe, la Prisse rscra de toute l'influence dont elle dispose \>o\\t contribuer à préserver de toute atteinte l'intégrité et l'indépendance de cet empire et l'autorité souveraine du su'tan.

BARON DE -WERTHER. 16 aOÛt 1839.

Ma dépêche d\i d3juillet vo:^s a fait connaître itérativement l'intenti'm invariable d" notre augcste naître do consolider de pi s en pl.is la p.iix de l'Oric-nt, etde contri.b ler à laffrancliissemcnt 'le renipire ottoman. I.e système con.servate'.:r de l'Enipereur ne repose point sur de simples apparences; il se fonde sur des faits dont le tén.oi nage est irrévocalib.

COMTE DE NESSELRODE. 25 jliillct 1839.

Intégrité de Vemjnre ottoman : Qu'est-ce que la diplomatie appelle ainsi?

Est-ce que l'intégrité de l'empire ottoman a été respectée parla Russie, s'emparant, en 1774, de tout le pays situé entre le Dniester et le Bug et de la libre navigation de la mer Noire; en 1792, de la Crimée, de Cuban et de l'île de Taman; en 1812, de

la Bessarabie et de toute la partie orientale de la Moldavie jusqu'à la rive droite du Pruth; en 1829, du Delta formé par les embouchures du Danube et d'Anapa, clé militaire et commerciale de la Circassie ?

Est-ce qu'elle a été respectée, en 1771, par l'Autriche , signant avec le sultan un traité par lequel elle s'engageait à contraindre la Russie, par la voie des négociations ou par la voie des armes, à restituer tout ce que celle-ci avait conquis sur l'empire ottoman, s'engageant à lui rendre la Valachie autrichienne et quelques districts limitrophes , le tout moyennant le payement d'une somme de 13 millions de francs, se faisant payer immédiatement la moitié de cette somme, et non-seulement n'exécutant pas la convention, mais se réunissant à la Russie contre la Porte?

Est-ce qu'elle a été respectée par l'Angleterre, la France et la Russie, créant le royaume de Grèce, au prix de l'incendie de la flotte turque à Navarin?

Est-ce qu'elle a été respectée d'abord, en 1664, par la France, envoyant à l'empereur Léopold, en guerre avec la Porte, 6,000 Français, qui battirent les Turcs à Saint-Gothard ; en 1669, par la France, envoyant 9,000 hommes au secours des Vénitiens pendant le siège de Candie ; en 1756, par la France, faisant cause commune avec l'Autriche et la Russie contre la Turquie; en 1807, par la France, permettant à la Russie d'attaquer la Moldavie; en 1830, parla France conquérant l'Algérie, et enfin en 1840, par la France prenant parti pour le vice-roi d'Egypte contre l'empereur de Turquie, pour le vassal contre le suzerain?

En 1840, c'étaient la Russie et l'Angleterre qui prenaient la défense de la Turquie contre la France ; aujourd'hui, ce sont l'Angleterre et la France qui prennent la défense de la Turquie contre la Russie. Que faut-il penser de ces étranges revirements et de ces inqualifiables contradictions? — Ce qu'il en faut penser, c'est que la diplomatie, naviguant sans boussole, erre au gré des événements. Elle n'a pas de principes et elle n'a plus de politique. Elle n'a même plus de vocabulaire : elle se sert de mots nouveaux qui n'ont aucmi sens. Aussi, quand elle parle, ne sait-elle pas et ne sait-on pas ce quelle dit. Que signifient, par exemple, ces néologismes diplomatiques : Inter- A-ENTiON, C00PÉILA.TI0N ? Par qucls actes traduire ces paroles ? Ainsi, qu'est-ce que la France est allée faire en Espagne en 1823? Qu'est-ce qu'elle a été sur le point d'y aller faire en 1836 ! Qu'est-ce qu'elle fait à Rome en 1853? Quel est enfin le rôle des deux flottes anglaise et française devant Constantinople ? On comprenait ce que voulaient dire autrefois ces termes consacrés : Alli.\nce offensive et défensive, se divisant en : 1° Sociétés de guerre contractées entre deux parties s'engageant à employer toutes leurs forces contre l'ennemi commun, et, dans ce cas, chacun des alliés étant regardé comme puissance belligérante principale; 2" Traités de secours, par lesquels les alliés ne s'engagent réciproquement qu'à fournir un secours déterminé, dans lequel cas mie seule des deux puissances est considérée coinme belligérante et l'autre n'est que puissance auxiliaire ; 3" Traités de subsides, par lesquels l'mie des deiLv puissances ne s'oblige qu'à fournir des troupes moyennant un subside ou à les mettre à la solde de l'autre puissance, sans prendre elle-même une part immédiate à la guerre, ou enfin à ne donner que des secours en argent. On ne comprend pas ce qu'on appelle aujourd'hui intervention armée ou non armée. L'envoi des deux escadres anglaise et française est un acte sans nom connu et sans signification

précise. C'est ce que peuvent dire, pour expliquer et justifier leur impuissance, les quatre entremetteurs qui ont échoué à Vienne. Ils n'eussent point échoué si l'envoi des deux escadres eût été la conséquence d'une alliance défensive contractée entre la Turquie d'une part, l'Angleterre et la France d'autre part, attendu que la Russie, sachant alors exactement à quoi s'en tenir, se fût conduite en conséquence. Elle ne se fût vraisemblablement pas hasardée à passer le Pmth, ce qui eût simplifié la question, laquelle s'est aggravée et compliquée par cette double difficulté : difficulté pour la Russie d'évacuer les Principautés envahies, avant d'avoir imposé ses conditions à la Turquie ; difficulté pour l'Angleterre et pour la France de rappeler leurs Hottes avant que cette évacuation des Principautés ait eu lieu.Lor^^qu'une question ne se dénoue pas d'elle-même, c'est qu'elle est mal posée. Les quatre diplomates officieux eussentils réussi à faire enfin accepter par le sultan leur note si promptement admise par le czar , qu'eussent-ils fait en définitive? Eussent-ils empêché les deux souverains d'interpréter dès le lendemain cette note tout différemment, de telle sorte que la querelle ne se fût apaisée un moment que pour se ranimer non moins vive et non moins acre ? Eussent-ils changé la situation respective des deux puissances, l'une menaçant constamment l'autre? Eussent-ils égalisé la force inégale des deux empires et mis désormais la Turquie à l'abri des atteintes de la Russie? Non; la question fût donc restée exactement dans les mêmes termes ; ils n'eussent réussi qu'à ajourner le fait de guerre ; ils n'eussent réussi qu'à faire lever quelques ligres plus haut l'épée du czar suspendue au-dessus de la ttte du sultan. Cette prolongation du statu quo n'eût pas été une solution; donc, il n'y a pas beaucoup à regretter que ce qui serait inévitablement arrivé un peu plus tard soit prématurément arrivé un peu plus tôt.

Le 2 juillet 1839, M. Berryer faisait entendre à la tribune de la chambre des députés ces paroles ;

•• Maintenir la stabilité et l'indépendance de l'empire ottoman ! ]\Iais il y a quinze ans que je l'entends dire; mais la France et l'Angleterre n'ont pas tenu un autre langage ; mais tous les actes diplomatiques, tons les traités ont sans cesse renfermé des articles stipulant qu'il s'agissait, pour les nobles Etats contractants, de maintenir et de garantir la stabilité et l'indépendance de l'empire ottoman , d'empêcher qu'aucune puissance ne tirât de conséquence du traité des moyens d'influence particulière. Et qu'en est-il résulté? C'est que de chacune des négociations diplomatiques, c'est que de chacun des traités, il est ré*sulté un affaiblissement, un démembrement de l 'empire ottoman ; et avec ces garanties données solennellement depuis quinze ans, au nom des cabinets qui sont dans la politique de conservation, qui consiste à faire de la Turquie ime barrière contre l'Orient , on n'a pas fait autre chose que de consacrer, de cimenter les actes successifs qui ont décomposé, démantelé, affaibli et conduit presque A la mort l'empire ottoman. ■

Ce que disait en 1839 M. Berryer, il pourrait, en 1853, s'il avait encore la même tribune, le répéter avec la même vérité !

*-->.c,x<ra)d:Ka-^^

PARTAGE EUROPÉEN DE l' EMPIRE OTTOMAN.

Je ne cr'is pas qu'il puisse survenir por.r l'Europe de plus iiran''e calamité que d'en être réduit à la nécessité de discuter ce qu'il faudrait faire dans le cas d'un démembrement de la Turquie.

LORD JOHN RrssELL Chambre des Communes, 3 mars 1853.

Le jour où il s'a lirait de balayer les Turcs du sol qu'ils oceupi-'Ut, îe jour où l'un détruirait les tombeaux de leurs pére^ et leurs mo-quéos, peut-être une grande résurrection nationale viendrait enflammer les deux rives du Bospliore: peulétre retrouveriez-vous un [ieup:e au milieu d.s ruines sous lesquelles ou voudrait l'ensevelir. Je ne mets pas l'Europe entière au défi: j? ne souhaite pas ce combat désespéré de la nationalité d'un peuple.

viLLEMAiN, ministre de li)tstruct. pxibliq., 2 juillet i83S*.

Le jour où les Russes s'empareront de Constantinople, r.\utrichc sera elTacée du livre des ijrandes puissances, et c'est le premier pas pour sortir du liv/e des nations.

j. DONOso coRTÈs. Caractère des alUances eicropiennes.

Si la prolongation laborieuse d'un statn quo précaire n'est réellement pas une solution; si, pris clans le sens oii les emploie ime diplomatie caduque, ces mots : " Y intégrité de l empire ottoman, " ne signifient absolument rien , ainsi que l'histoire de ces quarante années écoulées est là pour l'attester, qu'y a-t-il donc à faire? Faut-il en finir par le partage de l'empire ottoman? Le doit-on? Le peut-on? Comment s'opérerait ce partage? Amiablement par les d(''libérations d'un congres, ou violemment selon les hasards de la guerre? Par la g-uerre contre qui et entre qui? L'Autriche, intéressée, se rangerait-elle du côté de la Russie contre l'Angleterre et la France, ou du côté de l'Angleterre et de la France contre la Russie ? Entre quelles mains resteraient les clés du détroit

— iodes Dardanelles t Serait-ce entre les mains des Russes? Dans ce cas , quelles compensations ou quelles garanties la Russie donnerait-elle à l'Angleterre, à l'Autriche, à la France? La Russie, en échange de l'empire turc , consentirait-elle à restituer à la Pologne son indépendance, sa nationalité?

Partager l'empire ottoman est facile à dire ; plus difficile à faire.

L'empire ottoman se compose de possessions territoriales qui s'étendent dans les trois parties de l'ancien continent, sur xme superficie d'environ 30,000 milles carrés géographiques. Elles offrent un développement d'environ 1 ,200 lieues de côtes sur six mers différentes : l'Adriatique, la Méditerranée, la mer de Marmara , la mer Noire , la mer Rouge , et une portion du golfe Persique.

La Turquie d'Europe est formée de la Thrace, de la Roumélie, de la Thessalie, de la Bulgarie, de l'Albanie, de la Bosnie, de l'Herzégovine, de la Valachie, de la Moldavie, de la Servie, qui renferment une population de 15,500,000 habitants.

La Turquie d'Asie est formée de l'Anatolie, de la Caramanie , de l'Arménie, de la Mésopotamie, du Kourdistan, de l'Irak-Araby, des pachalicks de Trébisonde, de Si^as, d'Adana, de Marach, qui renferment une population de 16,050,000 habitants.

La Turquie d'Afrique est formée de l'Egypte, de Tripoli et Eezzan, de Tunis, qui renferment 3,800,000 habitants.

La population de la Turquie appartient à 14 races distinctes qui ont été classées ainsi qu'il suit :

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