TEXTES ET HUTTES PORTATIVES
général qu'un misérable abri, fait de peaux étendues sur des bâtons.
Fig. io.
Tente lièts indiens Charmas (Amérique du Sud) Fin. 16.
Tenle des Patagons [Amérique méridionale).
L'homme, devenu pasteur, a plus de temps à consacrer aux recherches du Travail : il s'initie à l'art de filer la laine, à tresser les herbes, les joncs et les roseaux, et à divers ouvrages qui augmentent le comfortde son intérieur.
Les forces animales que la tribu pastorale a su mettre à son service, lui permettent de transporter ses ressources, et de vivre dans une aisance relati-
vement supérieure à celle des tribus chasseresses.
Mais l'habitation n'ajoute rien au comfort de la vie, tant que l'homme n'a pas su donner plus de stabilité à ses moyens d'existence ; il ne jouit guère jusque-là que des ressources naturelles : il se les ménage et se les rend plus profitables, mais il y ajoute encore fort peu par le travail.
Dans ces conditions, si la consommation peut atteindre à l'abondance sous certains rapports, le bien-être est néanmoins privé de son principal élément : — l'habitation commode; — et la nature humaine souffre de l'absence de ce qu'elle est appelée à créer par le travail.
Lorsque l'expérience a enrichi l'intelligence de l'humanité par ces différents états de la vie humaine, l'homme se livre à la culture du sol. Alors la famille s'y attache et s'y fixe : la hutte devient cabane.
Elle est faite avec plus de solidité et de recherche dans les moyens de ccRStriûre; mais lentement elle avance dans la variété des formes, et longtemps encore, chez des peuples jouissant d'une certaine organisation politique, on retrouve les formes primitives.
CASES ET MAISONS Fig 17.
Habitation du Chili (Amérique méridionale).
L'idée de planter des pieux en terre pour faire les côtés latéraux de la hutte, révèle un progrès dans l'art de bâtir. C'est ce que les Germains et les Gaulois pratiquaient déjà du temps de l'invasion des Romains. Ces pieux étaient entourés de cercles de fines perches liées de harts aux poteaux qui servaient à fixer le chaume ou le mortier, composé de foin et d'argile, dont les murs étaient revêtus.
Fig. 18.
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Habitation des Germains.
Ces cabanes se retrouvent à peu près aujourd'hui dans TOcéanie, où les peuplades vivent à deux mille ans en arrière de nous.
Fi«. 19.
Case de la Nouvelle-Calédonie (Océan Pacifique).
Des variantes de cette forme de l'habitation existent chez les divers Indiens de l'Amérique.
Fis. 20.
Maison des Indiens à Saint-Domingue {Antilles).
Chez lespeuplaples guerrières et anthropophages, on trouve l'idée de la forteresse autour de l'habitation. L'inquiétude que ces populations portent chez leurs voisins, leur fait comprendre pour ellesmêmes l'absence de sécurité, et leur fait entourer la hutte de palissades.
Fie. 21,
Case de la Nouvelle-Calédonie (Océan Pacifique).
La condition, comme le caractère des peuples, se peint ainsi dans la construction de leurs habitations.
Mais dans les endroits où les circonstances établissent, au profit de l'homme, la tranquillité, la sécurité et la paix, l'habitation prend des formes plus stables et plus durables. L'amour du travail fait concevoir des façons différentes de construire ; c'est ce qui a lieu chez les peuples paisibles et agriculteurs.
Fie. 22.
Habitation cie Taïti (Ocèanie),
La cabane n'a pas encore de cheminée, le feu se fait au centre ou contre l'un des murs de la seule pièce dont l'habitation se compose, et la fumée s'élève librement pour s'échapper par une ouverture pratiquée à l'extrémité des toits.
La forme rectangulaire prend naissance : l'habitation avec ses murs droits, bien que construite d'une façon tout aussi élémentaire que les précédentes, est mieux appropriée au germe d'industrie agricole qui se développe chez les habitants.
La culture du sol, alliée au soin des bestiaux, consacre cette nouvelle forme de l'habitation, forme plus appropriée aux besoins de l'espèce humaine et au soin des animaux, mais fort éloignée encore de ce qu'elle doit être un jour, et différant peu de ce que l'homme édifie pour ses bestiaux.
Habitation de Vanikoro (Océanie).
Dans quelques contrées, le sol de l'habitation est élevé à une certaine hauteur, afin de laisser l'air circuler dessous, et de se soustraire aux reptiles dont on craint l'approche pendant le sommeil.
Fig. 24.
Habitation des îles Mariannes (Océanie).
Mais toutes ces habitations n'ont que le toit pour plafond, et il n'y a souvent, pour laisser pénétrer la
lumière, que l'ouverture de la porte et celle pratiquée dans le toit pour la sortie de la fumée du foyer. Des pierres brutes servent à supporter la marmite sur ce foyer primitif.
L'habitation a néanmoins revêtu la forme du parallélogramme, et quelques petits trous pratiqués dans le haut des murs servent à faire pénétrer à l'intérieur une lumière sombre, et l'air indispensable aux personnes qui habitent ces chaumières.
Ces demeures s'espacent de distance en distance pour servir à l'exploitation des terres de chacun ; la bourgade apparaît.
La phase industrieuse se développe lentement dans ces habitations éparses sur fe sol ; l'homme reste concentré dans un étroit individualisme ; chacun est cantonné dans le cercle des maigres ressources qu'il peut se créer, et cherche à les conserver du mieux qu'il peut. L'isolement est la loi volontaire à laquelle les hommes se condamnent, par ignorance de leur destinée, même avant que la tyrannie les divise pour régner sur des esclaves et des serfs.
Sous certaines influences topographiques : la fécondité du sol, la proximité de matériaux divers, etc., les habitations se groupent par esprit de sécurité et forment le village. L'homme, même sous l'empire des premiers appétits de sa nature, éprouve le besoin de la société de ses semblables.
Dans le fait de l'agglomération des habitations,
il est du reste des causes naturelles qui tiennent aux satisfactions de notre nature physique ; une source, un ruisseau, en ont été souvent le premier motif.
L'eau est un des éléments indispensables de notre alimentation. De combien de peine, de travail, son approvisionnement est cause au sein de nos campagnes! De nos jours encore, une infinité de ménages sont obligés d'aller jusqu'à un kilomètre de distance pour puiser à la source ou au ruisseau l'eau nécessaire, faute de puits ou d'autre moyen de se procurer cet élément indispensable à la vie.
On peut donc se représenter, par l'état des habitations des différents peuples de la Terre, et de celles encore si arriérées de nos campagnes, la pauvreté dans laquelle l'homme se trouvait au début des premiers âges, quand aujourd'hui même, en beaucoup d'endroits, il est logé dans des maisons qui ne sont encore construites que de pieux, plantés en terre, soutenant les murs d'argile et le toit de chaume.
Dans les premiers âges, le travail des métaux était inconnu, et les outils rares et difficiles à établir ; tout, ou presque tout, dans le travail du bois, devait être fait à la hache de silex ; que de peines pour débiter un arbre, pour faire une planche !
L'habitation n'a donc été généralement , pendant de longs siècles, que de misérables huttes grossièrement construites, et cela autant par le fait des difficultés que l'homme rencontre dans le travail, tant
qu'il n'a pas découvert les ressources de l'industrie, que par les entraves dont il sème lui-même sa route par ignorance des Lois de la Vie.
Au point où nous venons de voir l'habitation, la famille devient l'alvéole sociale ; c'est en elle que se résume cet intérêt qui pousse la créature humaine au travail ; elle est le lien puissant qui engage l'individu à suivre l'œuvre incessante du Travail pour conquérir sur la nature les choses nécessaires à la Vie.
La vie matérielle serait ainsi satisfaite, et marcherait chaque jour vers un nouveau progrès, si Fesprit de guerre n'était venu pervertir les peuples.
Mais la soif des jouissances dépassant chez certains hommes la mesure du bien-être dont ils sont capables de créer les éléments par eux-mêmes, le génie du mal leur inspire l'idée de la conquête. Ils propagent la même pensée autour d'eux, et organisent la guerre contre leurs voisins pour les dépouiller du fruit de leurs travaux.
Le vol, le brigandage, prennent alors des proportions considérables, et sont glorifiés sous le nom
d'art de la guerre, les peuples sont divisés en vainqueurs et en vaincus, en oppresseurs et en opprimés, en tyrans et en asservis.
L'esclavage des uns sert à créer la richesse des autres, et toutes les lois de la nature, comme toutes les notions de la Justice, sont renversées dans l'humanité.
La vie laborieuse et productive est ainsi troublée dans son essor, et la Richesse créée par le Travail est détournée de son emploi naturel.
Il ne faudrait pas prendre la grandeur des monuments de l'antiquité parvenus jusqu'à nous, pour mesure du bien-être des peuples qui les ont édifiés; ces constructions, au contraire, sont le résultat des exactions commises par une impitoyable tyrannie sur les peuples opprimés.
Les monuments des vainqueurs sont la dépouille des vaincus, et dans tous les temps, la misère publique et les douleurs de la vie laborieuse ont été proportionnelles au luxe dont les pouvoirs se sont entourés : c'est le peuple qui paie de son travail la splendeur dont les princes s'environnent.
Ce serait donc bien à tort que des magnificences de l'antiquité, sur quelques points de la Terre, nous en arriverions à conclure que la condition des peuples était à ce niveau.
Rome, par exemple, nous montre encore ce qu'était le luxe déployé chez les Romains, peuple enrichi des dépouilles de cent nations diverses;
mais ses monuments et son architecture, par leur fastueuse recherche et leur grandeur même, affirment davantage la misère des autres peuples qui, de tous les points de la terre, avaient été obligés de contribuer de leurs rançons [et de leur esclavage à l'érection de ces témoins de leur servitude, tandis que des misérables habitations des peuples travailleurs il ne reste rien.
La splendeur des restes des civilisations antiques ne se traduit par aucun fait qui témoigne du bien-être général des populations ; ce qui en reste prouve, au contraire, que toute laRichesse créée par le Travail ■— au lieu de s'appliquer au développement du bien-être du travailleur, au lieu d'être un moyen de lui permettre de s'élever à des progrès nouveaux dans la voie des découvertes utiles, au lieu d'être répandue sur la société entière et par tout le pays qui la produisait, — se trouvait partout absorbée par un petit nombre, vivant au sein de la mollesse et de l'opulence, véritables sangsues du corps social soutirant toutes les économies du travail par la voie des impôts, des taxes, des corvées, et de l'esclavage, pour les faire servir aux goûts effrénés de luxe dont les oppresseurs des peuples ont toujours été tourmentés.
Tandis que la grande masse des humains asservis et presque nus n'avaient que des peaux pour se couvrir, et des huttes misérables pour demeure, des temples et des palais splendides s'élevaient sur
quelques points privilégiés par la présence des tyrans, des princes et des prêtres, mais pour servir davantage à l'asservissement des masses.
A l'ombre de ce faste, il est vrai, l'art germait dans l'humanité ; et, des sacrifices énormes de cette longue suite de générations, il nous reste à étudier les ruines de l'Egypte, de l'Assyrie, de la Grèce et de Rome. Mais est-ce bien là que tant de travail humain devait aboutir, si l'humanité plus sage avait compris sa loi?
Non, et la ruine de tout ce passé de l'humanité n'a eu lieu que parce que l'homme s'était fourvoyé sous les directions les plus mauvaises, et les plus contraires au Progrès de la Vie dans l'Humanité.