LE CHATEAU FÉODAL
Tant que l'homme est en proie aux vicissitudes incessantes de la guerre, il ne peut que chercher à créer au jour le jour ce qui est indispensable à son existence. Les prévisions de l'avenir n'entrent dans son esprit que pour y laisser pénétrer la crainte de l'anéantissement de ses œuvres; rien ne l'encourage à s'occuper d'autre chose que de ses besoins les plus pressants : l'image de la destruction est toujours présente à sa pensée, et les moyens d'attaque
ou de défense épuisent les ressources de son intelligence.
Une pareille instabilité des choses humaines ne peut produire qu'un état de pauvreté profonde chez les peuples.
C'est ce qui devait se passer au sein du chaos politique et social des civilisations antiques. Toute notion de Justice était absente de la Terre, le Travail était complètement sacrifié. Les vainqueurs des peuples n'étaient occupés qu'à faire affluer, sur quelques points de prédilection de leurs états, toutes les économies que la force et la violence pouvaient enlever aux nations conquises : et ces richesses, ravies aux travailleurs qui les avaient produites, allaient s'engloutir dans la construction et la prodigalité des châteaux féodaux, destinés à maintenir les peuples en servitude.
De tout temps, les hommes qui ont accaparé le gouvernement ont fait servir, à l'embellissement de leurs résidences, la plus belle partie des Richesses accumulées par le Travail.
De tous les monuments rêvés par le caprice des princes, et par les oppresseurs des peuples, pour attester leur vaine gloire, le château féodal est le plus triste exemple que le passé nous ait légué.
LE CHATEAU FÉODAL Fig. 2o.
Château féodal.
Repaire de spoliation et de rapines, le château féodal est la contradiction la plus extrême que l'architecture ait pu produire de l'habitation conforme aux intentions du Créateur.
Construit en vue de maintenir la domination du vainqueur et l'asservissement des peuples vaincus, le château féodal est la traduction de tous les instincts de la convoitise humaine au profit de la tyrannie.
C'est dans ces habitations maudites qu'allaient s'engloutir toutes les richesses créées par le Travail: c'est là que toutes les ressources du peuple s'accumulaient pour servir aux jouissances du chef et de ses favoris. Quant à ceux qui arrosaient la terre de leur sueur et de leur sang, rendus en masse taillables et corvéables à merci, ils n'avaient plus d'autre perspective que la misèrejointe aux exactions du suzerain et de ses gens de guerre. Ni pour l'homme, ni pour la famille, aucun droit n'était respecté : l'espèce humaine était traitée à l'égal de la bête par ses oppresseurs.
Une fois le château féodal élevé, le progrès de l'habitation des campagnes était impossible; il n'y avait plus de place que pour de misérables chaumières, le bien-être était effacé pour les populations, le progrès de la vie humaine était tari dans sa source, tous les raffinements de la vie se concentraient au château, et les privations étaient le lot du paysan ruiné pas les exactions des seigneurs et,