L'EAU : RÉSERVOIRS ET ARROSAGES
L'habitation unitaire permet, comme on le voit , un aménagement de l'eau, impossible à réaliser au profit de l'incohérence des habitations actuelles des masses ouvrières, à la ville et au village.
Mais les usages domestiques de l'eau potable ne sont pas les seuls avantages que cet aménagement permet à l'habitant de trouver au Familistère.
Nous avons examiné, à propos de la ventilation et de l'usage de l'air, par quel moyen les cours du Palais étaient ventilées ; nous pouvons ici faire remarquer comment, de son côté, l'eau contribue à les rafraîchir pendant les chaleurs de l'été.
Les réservoirs dans lesquels l'eau monte en permanence, sont placés dans les combles de l'édifice, à quinze mètres au-dessus du sol. Au centre de chaque cour, et sous le sol, une tubulure avec robinet est adaptée à la conduite principale, de manière à permettre, par la simple pression des réservoirs, de projeter l'eau, à l'aide d'une lance, dans toutes les directions jusqu'à la> hauteur du troisième étage. Cette eau bienfaisante devient en été un heureux auxiliaire de la ventilation : elle rafraîchit l'atmos-
phère en arrosant les cours, et porte un sentiment de bien-être dans toutes les habitations du Familistère.
Dans l'habitation du pauvre, au contraire, l'eau s'emploie avec parcimonie et ignorance , et c'est là une des mille causes de malaise dont le séjour de cette habitation est entachée.
Autant il est difficile que chaque famille, abandonnée à ses seules ressources, jouisse des avantages et du bien-être que l'eau peut contribuer à nous donner, autant, sous l'empire des vues d'intérêt général que l'habitation unitaire développe , il se présente de moyens faciles pour faire concourir cet élément au bien-être et aux satisfactions de tous. Ces moyens sont donc largement mis en pratique dans le Palais Social.
Nous n'avons jusqu'ici envisagé l'eau que dans ses rapports avec la consommation alimentaire et les satisfactions domestiques , il nous reste à en examiner l'usage dans ses rapports, tant intérieurs qu'extérieurs, avec l'hygiène et la propreté.
La Propreté et l'Hygiène sont au nombre des pre-
miers besoins que la créature humaine éprouve pour entrer dans la voie de la Vie Progressive; il faut donc que la réforme architecturale en mette les moyens à ia portée de tout le monde.
Nous avons d'abord à utiliser avec soin les eaux chaudes de l'Industrie que, par une grave négligence, on laisse perdre presque généralement à leur sortie des établissements. Il serait pourtant facile de donner à ces eaux des destinations propres à satisfaire les besoins qui se pressent, les uns à côté des autres, dans les centres manufacturiers.
Au lieu de cela, les eaux chaudes coulent au ruisseau, sans emploi, tandis que la famille de l'ouvrier est obligée de dépenser une partie de ses gains pour chauffer l'eau strictement nécessaire à la propreté du linge, ou de se passer de cette propreté comme on est obligé, trop souvent, dans la famille, de se priver des bains nécessaires à la propreté du corps.
Dans le Pahais Social, tout rèçoif une destination utile au bien et au progrès de la Vie : les eaux chaudes des machines sont utilisées pour les bains, pour le lavage du linge, et pour l'arrosage des jardins. Des tuyaux de draînage, en fonte, conduisent ces eaux dans toutes les directions où elles peuvent rendre des services.
C'est dans un établissement spécial, placé près du Palais, que se réunissent, pour servir au lessivage et au lavage du linge, les eaux chaudes des ateliers industriels.
Rien n'est préjudiciable à la salubrité du logement comme les lavages permanents et imparfaits auxquels, le plus souvent, l'intérieur du ménage ouvrier est assujetti. Non- seulement on y respire les exhalaisons de la malpropreté du linge, mais, ce qui est plus grave, on y respire les émanations des eaux de lavage tombées sur le sol et qui, après avoir pénétré dans l'épaisseur des planchers ou des carrelages, s'en dégagent lentement, nuit et jour, en vapeurs fermentescibles, nuisibles à la santé.
Le logement, converti en buanderie, revêt toujours l'aspect le plus repoussant qu'il soit possible de lui donner ; la famille de l'ouvrier se trouve ainsi dans un état permanent de malaise.
Il faut, au Palais Social, enlever à Pouvrier les motifs d'éloignement de sa demeure : il faut que son logement soit un lieu de tranquillité, d'attrait et de repos ; il faut que ce logement soit l'appartement habitable, débarrassé de toutes les choses encombrantes et gênantes : le lessivage et le lavage du linge sont donc à transporter dans un établissement spécial, où chacun trouve les baquets et les appareils propres à cette opération.
Au Familistère, le lessivage se fait dans des buanderies économiques, où tous les habitants trouvent place pour leur linge.
Par le simple effet de la pente naturelle, l'eau des machines est amenée dans cet établissement au moyen de tuyaux, munis de robinets, qui versent
l'eau chaude dans soixante baquets où les familles du Familistère lavent leur linge suivant leurs besoins . Des bassins, construits en ciment, contiennent, pour le rinçage, une eau chaude constamment renouvelée; des essoreuses, sans tordre ni détériorer le linge, servent à en extraire l'eau; et des étendoirs, établis, les uns au-dessus du rez-de-chaussée des lavoirs, les autres en plein air sur le sol avoisinant le bâtiment, permettent de faire sécher le linge, sans déplacement, aussitôt lavé. Telles sont les principales dispositions installées au Familistère pour la propreté du linge.